Cote d'Ivoire: L'exécutif dessine l'architecture du futur organe électoral après la dissolution de la CEI

24 Juin 2026

Le paysage politique ivoirien s'apprête à vivre une mutation institutionnelle profonde. Un peu plus d'un mois après la décision historique de dissoudre la Commission électorale indépendante (CEI), le gouvernement est passé à la phase de concertation. Le Premier ministre Robert Beugré Mambé a convié l'ensemble de la classe politique et de la société civile pour dévoiler les grandes lignes d'une réforme tripartite, visant à rompre définitivement avec le modèle monolithique de l'ancienne instance de régulation.

La rencontre d'information, orchestrée le lundi 22 juin 2026 à Abidjan, marque le coup d'envoi d'une refonte technique attendue par l'ensemble des acteurs nationaux depuis la dissolution de la CEI actée le 6 mai 2026. Devant les délégations, le chef du gouvernement a exposé une feuille de route bâtie sur trois exigences fondamentales : la rigueur logistique pour certifier la sincérité du comptage des voix, le renforcement de la confiance publique à chaque étape du scrutin et une neutralité structurelle stricte.

Pour matérialiser cette promesse de transparence, la future administration des élections ne reposera plus sur une seule et unique entité. Selon les orientations stratégiques partagées par Robert Beugré Mambé, l'architecture institutionnelle va se fragmenter en trois pôles distincts et indépendants :

  • Un organe technique exclusivement affecté à l'organisation matérielle, au déploiement de la logistique et à la gestion des bureaux de vote ;
  • Un organe de supervision chargé de veiller au respect de la légalité, de l'équité entre les candidats et du code électoral ;
  • Un organe de recensement des votes, dont la mission centrale sera la centralisation, la vérification et la proclamation sécurisée des résultats.

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Cette mutation vise, selon la primature, à garantir à chaque citoyen ivoirien que son suffrage sera scrupuleusement respecté et comptabilisé, tout en insufflant une dynamique de modernisation globale au système électoral.

L'importance de cette séance de travail s'est reflétée dans la qualité des participants, réunissant les figures majeures de l'échiquier politique ivoirien. La coalition au pouvoir était représentée par Ibrahim Cissé Bacongo pour le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Face à lui, les principaux visages de l'opposition ont répondu à l'invitation, notamment l'ancienne Première dame Simone Ehivet Gbagbo pour le Mouvement des générations capables (MGC), Pascal Affi N'Guessan pour le Front populaire ivoirien (FPI), Charles Blé Goudé pour le Congrès panafricain pour la justice et l'égalité des peuples (COJEP) et Philippe Ezaley pour le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI-RDA).

D'après les témoignages recueillis à l'issue de la réunion et diffusés par l'agence Apanews, si la démarche inclusive du Premier ministre a été unanimement saluée, les opposants maintiennent une posture de vigilance prudente. Pascal Affi N'Guessan a reconnu le caractère innovant de la proposition tout en annonçant que son parti formulerait des amendements techniques.

De son côté, Charles Blé Goudé a rappelé que l'organe précédent était profondément décrié, exprimant son impatience de découvrir le contenu textuel précis du projet dans les prochaines semaines. Un avis partagé par Philippe Ezaley, le vice-président du PDCI-RDA, qui a souligné que l'exécutif n'avait pour l'instant exposé que des grands principes directeurs et que sa formation attendait la mouture écrite officielle pour se prononcer définitivement.

Cette réunion à la primature ne constitue que la première étape d'un long processus législatif. Le gouvernement ivoirien s'est engagé à soumettre très prochainement le projet de loi détaillé sur la table des députés et des sénateurs.

Les semaines à venir s'annoncent cruciales au Parlement, où les débats techniques autour de la composition de ces trois nouveaux organes, des critères de sélection de leurs membres et de leur autonomie financière feront l'objet de rudes négociations. L'enjeu est de taille : réussir à bâtir un consensus national solide autour de ce nouveau code électoral afin de prémunir la Côte d'Ivoire de toute contestation post-électorale lors des futurs scrutins d'envergure.

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