Maroc: Après deux beaux préludes, la confirmation vivement attendue devant Haïti

Ce soir à Atlanta, le Maroc disputera face à Haïti sa dernière rencontre du groupe C au Mercedes-Benz Stadium. Un rendez-vous qui, à première vue, pourrait sembler anodin. Une erreur pourtant, car les grandes compétitions sont souvent remplies de ces matchs que l'on croit faciles et qui, en réalité, conditionnent toute la suite de l'aventure. Une chose est sûre : les Lions de l'Atlas auront à coeur de confirmer la belle impression, l'assurance et la maîtrise collective qu'ils dégagent depuis le début de cette Coupe du monde.

Le Maroc est attendu au tournant

Avec quatre points au compteur, après un nul, que d'aucuns ont qualifié de « prestige » face au Brésil (1-1) et une victoire maîtrisée contre l'Ecosse (1-0), le Maroc aborde cette dernière journée en position favorable. Certes, les 16es de finale lui tendent déjà les bras, mais la première place du groupe reste en jeu et pourrait peser lourd dans le tableau final.

Le football possède toutefois cette étrange manie de transformer les certitudes en mauvaises surprises. A écouter certains cafés du Royaume, le match serait déjà plié, les 16es de finale acquis et le prochain adversaire presque désigné. Une simple formalité administrative, en somme. C'est précisément ce qui doit inquiéter.

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Car les Coupes du monde ne pardonnent jamais l'excès de confiance. Haïti est certes déjà éliminé après ses défaites contre l'Ecosse (0-1) et le Brésil (0-3), mais les Grenadiers n'ont rien d'une équipe venue faire du tourisme aux Etats-Unis. Ils voudront quitter la compétition la tête haute et offrir un dernier baroud d'honneur à leurs supporters.

Finir premier ou compliquer son destin

Le véritable adversaire du Maroc à Atlanta n'est peut-être pas Haïti, mais le tableau final. Dans ce Mondial à 48 équipes, chaque place compte et peut considérablement modifier la suite du parcours. Le Brésil possède actuellement un léger avantage à la différence de buts après son succès 3-0 contre Haïti. Les Lions ont donc intérêt à s'imposer tout en soignant leur efficacité offensive.

Car depuis le début du tournoi, une légère frustration accompagne leurs belles prestations : la domination ne se traduit pas encore suffisamment au tableau d'affichage. Face à l'Ecosse, le Maroc a même battu un record africain avec 601 passes réussies tout en ne s'imposant que sur la plus petite des marges. C'est sans doute le chantier du moment.

Un match pour un passage psychologique vers une autre dimension

Il y a quatre ans, le Maroc surprenait. Aujourd'hui, il doit confirmer. Et ce n'est pas du tout le même métier. Entre euphorie nationale, calculs de qualification et cafés déjà tournés vers la finale, les Lions de l'Atlas passent, face aux Grenadiers haïtiens, un véritable examen de maturité.

L'équipe de Mohamed Ouahbi découvre progressivement une nouvelle réalité : les adversaires l'étudient, la respectent et parfois même la craignent. Le plus grand danger n'est donc pas physique, mais mental.

Comment conserver l'humilité tout en assumant ses ambitions? Comment jouer sérieusement un match que tout le monde présente comme une formalité? Comment éviter ce relâchement imperceptible qui, dans les grandes compétitions, se paie souvent au prix fort ?

Cette rencontre pourrait aussi permettre à certains joueurs de prendre davantage de responsabilités. Bouaddi symbolise la jeunesse décomplexée, Hakimi demeure le leader naturel, El Khannouss apporte sa finesse technique tandis que Saibari incarne cette génération qui ne semble craindre personne.

D'autres pourraient profiter d'un contexte moins oppressant pour exprimer davantage leur créativité. Car au-delà du résultat, le Maroc doit encore franchir un cap : apprendre à tuer les matchs. Les grandes nations ne se contentent pas de dominer, elles concrétisent.

Le merveilleux ne doit pas devenir une habitude

Voilà peut-être le véritable fil rouge de cette Coupe du monde. Les Lions de l'Atlas ne sont plus une jolie histoire. Le Maroc est devenu une nation qui compte, et cette nouvelle dimension s'accompagne d'une exigence nouvelle.

Désormais, un nul contre le Brésil n'émerveille plus totalement. Une victoire contre l'Ecosse paraît presque normale. Le pays tout entier regarde cette sélection avec une gourmandise nouvelle, comme si le merveilleux était devenu une habitude. Or, le football déteste les habitudes.

Au fond, ce Maroc-Haïti dépasse largement le simple cadre d'un dernier match de groupe. C'est un examen de maturité. Une manière de savoir si les Lions de l'Atlas sont en train de quitter définitivement le costume du surprenant outsider pour endosser celui, plus exigeant, d'une nation qui s'installe durablement parmi celles qui comptent. Car les grandes équipes ne se reconnaissent pas aux sommets qu'elles atteignent, mais à leur capacité à respecter les petites montagnes qui se dressent encore sur leur route.

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