Comme en 2025, le Premier ministre a fait de la consolidation fiscale la pierre angulaire du Budget 2026-2027. Compte tenu de la dégradation des finances publiques depuis la pandémie, une telle approche trouve sa justification.
D'un point de vue comptable, le Budget tient la route. Selon les estimations du ministère des Finances, les dépenses de l'État devraient s'élever à Rs 266,7 milliards contre des recettes de Rs 235,5 milliards. Le déficit budgétaire est ainsi calculé à 3,7 % du PIB. L'objectif du gouvernement est d'accélérer le processus d'assainissement des finances publiques de sorte à ramener le déficit budgétaire à 3 % dès l'exercice financier 2027-2028.
Concernant la dette publique, elle devrait être ramenée à 85,6 % du PIB en juin 2027 et autour de 79,8 % en juin 2029, soit à la fin du quinquennat de l'Alliance du Changement.
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Mais ces estimations devront certainement être révisées à la suite de la décision du gouvernement de faire machine arrière sur tout un pan de la réforme 2.0 du système des pensions. Sous la pression populaire et des parlementaires qui, selon toute vraisemblance, n'ont pas été briefés sur les tenants et les aboutissants de la réforme, Navin Ramgoolam a annoncé à l'Assemblée nationale qu'il gelait le means test**ing, à savoir, le processus de ciblage de l'éligibilité à la pension sur la base des revenus.
Concrètement qu'est-ce que cela veut dire ? Primo, l'universalité de la pension est maintenue. Deuxio, la State Age Pension, qui devait remplacer la Basic Retirement Pension, n'a plus sa raison d'être. Tertio, le gouvernement devra revoir ses estimations sur le déficit budgétaire, à moins qu'il ne décide d'annuler certains de ses postes de dépense pour la prochaine année fiscale.
Sans l'apport des économies supplémentaires devant être réalisées sur le means testing pour la période de janvier à juin 2027, le déficit budgétaire sera sans doute plus élevé que les estimations initiales. Autre élément à prendre en considération : la démission de sir Keir Starmer comme Premier ministre britannique laisse planer un voile d'incertitude sur le Chagos deal et les Rs 10,6 milliards déjà budgétisées par le Trésor public à l'item «Chagos Archipelago» (code : 1415) dans le Consolidated Fund pour l'exercice fiscal 2026-2027.
Ainsi, l'on pourrait se retrouver avec un déficit budgétaire de plus de 4 %, voire se rapprochant des 5 %. Et qu'est-ce que cela implique qu'on va de nouveau être placé sous le radar de Moody's ? Le risque est réel que l'agence de notation rétrograde la note souveraine du pays et que celui-ci perde son statut de pays investissable (Investment grade).
Compte tenu de ces nouvelles donnes, il serait peut-être plus sage que le gouvernement mette sur pause les débats actuels sur le Finance Bill, le temps de retravailler à tête reposée ses estimations budgétaires. Il est difficilement envisageable que le Premier ministre maintienne le cap de son programme socio-économique sous sa forme actuelle.
Quelle est la solution ? Faut-il différer certains projets ? Est-ce qu'il faut raboter dans le Public Sector Investment Programme (PSIP) ? Par exemple, pour l'exercice financier 2026-2027, le gouvernement a prévu de puiser Rs 25,53 milliards du Consolidated Fund et Rs 10,19 milliards des fonds spéciaux pour financer des projets prioritaires et budgétivores.
Pour les cinq prochaines années financières, 54 % des projets qui seront réalisés sous le PSIP portent sur des travaux d'infrastructures à l'échelle du pays. Y a-t-il moyen de différer quelques-uns de ces projets, sachant que la modernisation des routes, des drains, du système de tout-à-l'égout et du système hydrique doit, malgré les contraintes budgétaires, se poursuivre ?
Moins d'une semaine après la présentation du Budget, le Premier ministre est dans une situation peu enviable. Il devra faire preuve de leadership pour réaménager le Budget sans compromettre pour autant les objectifs de relance de l'économie et d'assainissement des finances publiques.