Sénégal: Lutte contre les nouvelles drogues - Quand les noms brouillent la traque

La multiplication des drogues synthétiques au Sénégal constitue aujourd'hui l'un des principaux défis auxquels sont confrontés les services de sécurité et les acteurs de la prévention.

C'est l'alerte lancée hier, mardi 23 juin par Idrissa Cissé, commissaire de police divisionnaire de classe exceptionnelle et coordonnateur national du Comité interministériel de lutte contre la drogue (CILD), en marge d'un atelier organisé par le Bureau des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel (UNOWAS) et l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) sur le thème : « L'émergence de nouvelles drogues au Sénégal : enjeux et défis pour la jeunesse et les forces de sécurité ».

Selon le coordonnateur national du Comité interministériel de lutte contre la drogue (CILD), le cannabis demeure la substance la plus consommée dans le pays en raison de son accessibilité et de son coût relativement faible. Mais la situation se complique avec l'apparition de nouvelles substances synthétiques dont les appellations changent constamment.

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« Les Sénégalais, çà et là, l'appellent "khouche", "pouf"... Je me perds même dans les appellations tellement c'est difficile de cerner l'étendue de ces types de drogues », a-t-il déclaré. Une réalité qui rend la lutte plus complexe pour les forces de sécurité. « Pour les drogues traditionnelles, nous avons une certaine maîtrise des routes, des lieux de provenance. Il s'agit de la cocaïne, de l'héroïne ou encore du haschich. Nous savons cartographier et faire face avec nos unités de répression », a-t-il expliqué.

En revanche, les drogues synthétiques représentent un défi inédit. « C'est une mer à boire », a insisté le commissaire Idrissa Cissé, soulignant que ces substances sont souvent obtenues à partir de mélanges de médicaments et d'autres produits chimiques. « Ce sont des produits très nocifs, mortels, plus puissants que certaines variétés de drogues et qui se vendent à vil prix. Le "khouche", on peut l'avoir à 500 francs, mais il est très puissant. Les cas d'overdose sont fréquents. »

Face à cette menace, les autorités misent sur une double approche. D'un côté, une répression sans concession contre les trafiquants. « Le trafic de drogue va persister. Les États ne peuvent pas promettre son éradication. Notre rôle est de réduire drastiquement l'offre de drogue. La répression est systématique. Il n'y a pas de négociation avec les réseaux criminels », a-t-il martelé, saluant les récentes saisies opérées par la douane, l'OCRTIS et les autres services spécialisés.

De l'autre, une prise en charge humaine des consommateurs. Évoquant le Centre de prise en charge intégrée des addictions de Dakar (CEPIAD), il a rappelé que les usagers doivent être considérés comme « des victimes, des malades à guérir », plutôt que comme de simples délinquants.

Le responsable a également insisté sur l'urgence de renforcer la prévention, notamment dans les établissements scolaires et universitaires où le phénomène progresse. Concernant l'ampleur réelle de la consommation au Sénégal, il a indiqué qu'une nouvelle enquête nationale est en préparation avec l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), afin de disposer de données « exactes, scientifiques et techniquement défendables » sur la prévalence des drogues dans le pays.

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