Réunis à Dakar hier, mardi 23 juin lors d'un atelier national de restitution du Rapport alternatif de la société civile sur les 30 ans de mise en œuvre du Programme d'action de Beijing (Beijing+30), autorités publiques, parlementaires, organisations féministes et partenaires au développement ont salué les avancées enregistrées au Sénégal tout en appelant à une meilleure application des engagements pris.
Pour la sociologue Pr Selly Ba, auteure du rapport, « les actions sur le terrain doivent être connectées » et s'inscrire dans « des programmes intégrés multisectoriels » afin de faire progresser concrètement l'égalité entre les femmes et les hommes. À l'initiative de JGEN Sénégal, l'atelier national de restitution du Rapport alternatif de la société civile sur les 30 ans de mise en oeuvre du Programme d'action de Beijing s'est tenu mardi à Dakar. Cette rencontre a permis de dresser un état des lieux des progrès accomplis, mais aussi des défis persistants en matière d'égalité de genre et de droits des femmes au Sénégal.
Initialement centré sur la période 2020-2025, le rapport a finalement été élargi à partir de 2015 afin d'intégrer des éléments jugés essentiels à l'analyse de la situation nationale. Réalisé par la sociologue Pr Selly Ba, le document de plus de 60 pages examine douze domaines clés, notamment la pauvreté, l'éducation, la santé, les médias, la sécurité, le cadre juridique ainsi que les mécanismes institutionnels de promotion de l'égalité.
Selon l'auteure, des avancées notables ont été enregistrées ces dernières années. « Rien qu'entre 2015 et 2023, en termes de protection des femmes enceintes sur le milieu de travail, le Sénégal a beaucoup fait, notamment à travers des programmes, des stratégies et des plans d'action », a-t-elle souligné.
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Toutefois, la chercheuse estime que les efforts consentis peinent encore à produire les transformations attendues sur le terrain. « Pour améliorer réellement les conditions de vie des femmes, il faut une mise en oeuvre effective, accompagnée d'un dispositif de suivi rigoureux et de ressources suffisantes », a-t-elle plaidé, rappelant que le cadre Beijing+30 vise avant tout à transformer les réalités sociales et à favoriser l'atteinte de l'égalité.
Pr Selly Ba insiste ainsi sur la nécessité d'une approche transversale. « Je suis plus pour des programmes intégrés multisectoriels. Il existe des connexions entre les différents secteurs et les actions doivent être articulées entre elles », a-t-elle expliqué. Elle appelle également à une véritable territorialisation des politiques publiques afin de mieux répondre aux réalités locales.
Le rapport met par ailleurs l'accent sur la question sensible de l'avortement. S'appuyant sur des données du ministère de la Santé, Pr Ba relève qu'en 2021 plus de 34 000 avortements clandestins auraient été enregistrés au Sénégal, un chiffre présenté comme un signal d'alerte en matière de droits et de santé des femmes.
Conçu comme un outil de plaidoyer, le document formule plusieurs recommandations à l'endroit de l'État. Selon l'auteur du rapport, il souligne notamment la nécessité de renforcer la collaboration avec les organisations de la société civile à travers une démarche de co-construction plutôt que des partenariats ponctuels.
Parmi les principaux défis identifiés figurent l'application effective des lois déjà adoptées, souvent freinée par des normes socioculturelles persistantes. « Notre Constitution consacre l'égalité entre les hommes et les femmes, mais cette égalité n'est pas encore vécue au quotidien », relève-t-elle. Elle préconise également l'ouverture de cadres de réflexion sur l'éducation sexuelle afin de définir les contenus et modalités d'enseignement les mieux adaptés au contexte national.