Trois ans après l'assassinat de Martinez Zogo, le procès sur la mort de l'animateur radio se poursuit devant le tribunal militaire de Yaoundé. Lors de son témoignage des lundi 22 et mardi 23 juin, le témoin Jean-Pierre Eloumou a mis en lumière la relation assidue entre Martinez Zogo et le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh. Par son témoignage et son rapport, cet expert en cybercriminalité, chargé d'exploiter les téléphones de la victime et des principaux accusés, semble pointer un animateur pris dans une lutte de clans.
L'expert a livré un témoignage ambigu. Au cours de sa déposition, il a d'abord dédouané trois des prévenus : l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, son collaborateur de l'époque Bruno Bidjang, et l'ex-directeur des renseignements extérieurs (DGRE) Maxime Eko Eko.
Puis durant le contre-interrogatoire, Jean-Pierre Eloumou a souvent bafouillé et s'est montré agacé face à certaines questions des avocats, qui estimaient son rapport biaisé, rapporte notre correspondant à Yaoundé, Richard Onanena. Ce 33e témoin a rappelé lundi 22 juin que « l'exploitation du téléphone de Martinez Zogo a permis de constater que ce dernier était un fidèle informateur du ministre d'État, secrétaire général de la présidence de la République, et du directeur adjoint du cabinet civil ».
Pour Me Claude Assira, avocat de l'État du Cameroun dans ce dossier, l'expert en cybercriminalité cherche à créer une diversion : « Je pense que, pour que nous ayons vraiment une raison particulière de nous appesantir sur les évocations de ces noms, il nous faudrait un peu plus que ce que nous avons entendu aujourd'hui. »
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En revanche, l'ancien bâtonnier Charles Tchoungang, conseil de Jean-Pierre Amougou Belinga - l'un des principaux accusés -, estime que ce nouvel élément en faveur de son client constitue une phase déterminante du procès : « Nous considérons qu'il appartient au tribunal de tirer les conséquences logiques pour essayer de voir ce que cela dit. Il va falloir qu'à un moment donné, toute la lumière soit faite sur l'assassinat de Monsieur Martinez Zogo. »
De leur côté, les avocats des ayants droit de Martinez Zogo dénoncent clairement une lutte de clans. Selon Me Calvin Job, les déclarations de l'expert viseraient en réalité à dédouaner l'un des principaux accusés : « L'expert n'a globalement couvert tous les pans de responsabilité, il s'est concentré uniquement sur un aspect précis, comme un ordre qu'on lui aurait donné. Clairement cet expert était en mission. »
L'affaire a été renvoyée aux 13 et 14 juillet prochains pour la poursuite du contre-interrogatoire du même témoin.