Ile Maurice: Démissions à la HCC - Epreuve de vérité pour la Refondation

La nouvelle de la démission de deux hauts conseillers de la Haute cour constitutionnelle (HCC) vient ajouter un nouvel épisode à une séquence institutionnelle déjà explosive. Dans une transition politique, les départs dans une juridiction constitutionnelle ne sont jamais de simples mouvements administratifs. Ils deviennent immédiatement des signaux politiques, surtout lorsque l'institution concernée se trouve au coeur d'un bras de fer avec l'exécutif.

À Madagascar, la HCC n'est plus seulement une cour chargée d'arbitrer le droit constitutionnel. Elle est devenue l'un des lieux où se mesure la solidité réelle de la Refondation. Après les controverses sur le remplacement de certains hauts conseillers, les tensions avec la ministre de la Justice, puis les accusations visant plusieurs membres de la Cour, cette nouvelle séquence alimente une question centrale : assiste-t-on à une normalisation institutionnelle ou à une recomposition sous pression ?

La saga de la HCC a commencé par une controverse sensible : la volonté d'engager des poursuites contre certains hauts conseillers en raison de positions qu'ils auraient exprimées dans des délibérations internes. Pour la ministre de la Justice, certains comportements pouvaient justifier une suite judiciaire. Pour la HCC, au contraire, le secret des délibérations constitue une garantie fondamentale de l'indépendance des juges constitutionnels. Un magistrat constitutionnel doit pouvoir examiner toutes les hypothèses juridiques sans craindre d'être poursuivi pour une opinion exprimée dans l'exercice de ses fonctions.

L'intervention du président Michaël Randrianirina a donné une dimension supplémentaire à cette crise. En rappelant que les membres de la HCC ne peuvent être inquiétés pour les avis et positions adoptés dans l'exercice de leur mission, le chef de l'État a semblé recadrer l'action gouvernementale et conforter la juridiction constitutionnelle. Mais il a aussi rappelé qu'aucune fonction ne protège un responsable public en cas d'infraction de droit commun commise en dehors de son mandat.

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C'est précisément cette nuance qui rend la situation délicate. La Refondation promet la moralisation de l'État, mais elle doit éviter de donner l'impression que la justice devient un instrument de pression. Elle veut rompre avec les abus passés, mais elle ne peut pas construire un nouvel ordre institutionnel en affaiblissant les garanties fondamentales. Elle affirme vouloir restaurer l'autorité publique, mais cette autorité ne peut être crédible que si elle respecte les contre-pouvoirs.

Circuits d'influence

Sept mois après l'arrivée au pouvoir du colonel Randrianirina, la Refondation n'est donc plus seulement une promesse. Elle entre dans le domaine des faits. Née d'une rupture générationnelle, portée par la colère sociale et la défiance envers les élites traditionnelles, elle devait incarner un nouveau pacte national : moralisation de la vie publique, restauration de l'autorité de l'État, lutte contre les réseaux d'influence, rééquilibrage institutionnel et préparation d'un horizon politique crédible.

Mais gouverner après une rupture ne suffit pas à refonder. L'eau, l'électricité, les prix, l'emploi, la justice, la sécurité, les concertations nationales et le calendrier électoral obligent désormais le pouvoir à sortir du registre symbolique. La jeunesse qui a ouvert la brèche ne demandait pas seulement un changement de dirigeants. Elle attendait une autre manière d'exercer le pouvoir.

La question dépasse le cas d'une personne. Elle touche aux circuits d'influence. Dans une transition qui prétend rompre avec l'ancien système, la présence répétée de profils non mandatés, controversés ou difficilement identifiables alimente nécessairement les interrogations. Les accusations relayées autour de dossiers sensibles, notamment liés à l'or et aux devises, doivent naturellement être traitées avec prudence tant qu'elles ne sont pas établies judiciairement. Mais politiquement, leur effet est déjà réel : elles installent le soupçon d'un pouvoir entouré d'intermédiaires dont le rôle échappe à la lisibilité institutionnelle.

Or une Refondation ne peut pas s'accommoder durablement de l'opacité. Si elle veut être autre chose qu'un déplacement du centre du pouvoir, elle doit clarifier qui parle au nom de l'État, qui accompagne le président, qui conseille, qui négocie, qui voyage, qui décide et selon quel mandat.

L'affaire Mamy Ravatomanga avait déjà rappelé que l'économie politique malgache dépasse les frontières nationales. Elle s'inscrit dans des circuits régionaux de capitaux, protections, réputations et dépendances. Les questions autour du secteur aurifère, des flux informels et des hubs de l'océan Indien renforcent cette dimension régionale. Pour Maurice, plateforme financière et logistique majeure, ces dynamiques ne sont jamais neutres : elles peuvent produire des effets juridiques, réputationnels et diplomatiques.

La Refondation se trouve donc prise dans trois contradictions. Elle promet la rupture, mais doit prouver qu'elle ne reconduit pas les zones grises de l'ancien système. Elle invoque l'autorité de l'État, mais doit respecter l'indépendance des institutions. Elle cherche une diplomatie active et multipolaire, mais doit démontrer que celle-ci sert une stratégie nationale transparente et non des arrangements d'influence.

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