Madagascar: Cette fois ou jamais

Un nouvel espoir. Chaque changement de régime et de président, à l'issue d'une crise politique ou d'une élection, est toujours agrémenté d'un frêle espoir de la population. Depuis 1972, on n'a d'yeux que pour un vrai développement, une indépendance réelle du pays sur tous les plans.

À chaque fois, on a dû déchanter très vite. Tsiranana prônait la politique du ventre, Ramanantsoa promettait le développement par tous les moyens, Ratsiraka tenait en laisse le paradis socialiste inaccessible aux opposants et un Madagascar qui ne s'agenouillera jamais. Ravalomanana arrivait en messie et en donnait l'impression le temps d'un mandat avant de confondre loi de finances et comptabilité d'entreprise.

Rajaonarimampianina perdait du temps avec ses projets structurants aux dépens des priorités et des urgences. Son score à la présidentielle de 2019 en dit long quant à la déception de la population qui misait beaucoup sur ses qualités d'intellectuel et d'expert-comptable, finalement face à un échec cuisant où la corruption, l'insécurité, le délestage, les coupures d'eau, l'anarchie... n'ont pas reculé d'un empan.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Puis Rajoelina débarque, avec comme projet de développement le faste, le luxe, le rêve, les futilités, la charité et l'assistanat. Des grands mots et de beaux discours basés sur des projets impressionnants, mais loin des priorités d'une population qui se débat dans une pauvreté incommensurable. L'assistanat et la mendicité ne constituent pas un moteur de développement.

Après plus d'un demi-siècle d'errements, soit plus que le peuple d'Israël conduit par Jacob et sa famille, poussés par une terrible famine, ont mis à quitter Canaan pour rejoindre l'Égypte, où son fils Joseph est devenu patriarche. Un trajet de 400 km réalisé en 40 ans. Après plusieurs siècles d'esclavage, les Hébreux sont revenus en Israël sous la conduite de Moïse vers la Terre promise.

Ce passage de l'histoire biblique ressemble à s'y méprendre à notre parcours. On a tout vu : la famine, les épidémies de peste, le choléra, la Covid, le mpox... malgré tous les « Tolona » effectués, payés de leur vie par des martyrs morts pour des opportunistes.

À défaut de Messi qui marque un chapelet de buts au Mondial, on attend Moïse pour accomplir des miracles comme la séparation de la mer Rouge. En revanche, les dix plaies d'Égypte sont venues en guise de sanctions au Pharaon pour avoir refusé de laisser partir les Hébreux.

La Refondation conduite par le colonel Michaël Randrianirina serait-elle la solution idoine à toutes ces désillusions, ces déceptions ? On fonde en tout cas beaucoup d'espoir sur cette Refondation censée devoir tout revoir et effacer tous les mauvais choix, toutes les erreurs de parcours, tout un système de gouvernance...

Convenons-en, on ne transforme pas un pays gangrené en six mois. Personne ne peut tenir une telle gageure et redresser une situation qui frôle le fond de l'abîme. Néanmoins, certaines pratiques, certains faits, certains gestes, certains manques de jugement, certains choix, certaines entorses et certains abus rappellent un souvenir douloureux, un passé triste, une histoire inoubliable. Il n'est pas trop tard pour changer son fusil d'épaule, étant donné que la Refondation pourrait être la dernière cartouche du canon du développement.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.