Maroc: Les Lions survivent à eux-mêmes - Hakimi en patron, Rahimi en sauveur

Le match aurait pu être une simple formalité. Il a tourné au guêpier. Face à une Haïti déjà éliminée mais libérée de tout poids, le Maroc a rendu une copie brouillonne, belle par intermittence, alarmante par instants, avant de s'en remettre à ses hommes du moment pour arracher un succès 4-2 qui valide la qualification mais pas les ambitions de première place. Les Lions de l'Atlas sont deuxièmes du groupe C et affronteront en seizièmes de finale le premier du groupe F -- probablement les Pays-Bas.

Un scénario cauchemardesque

Rien ne s'est passé comme prévu. Le Maroc, censé imposer d'emblée sa supériorité technique et soigner sa différence de buts, se retrouve mené dès la 10e minute. Sur un centre de Duverne côté droit, Joseph dévie intelligemment vers le but et le ballon finit au fond. Premier coup de massue. La réaction marocaine est poussive, les espaces entre les lignes trop larges, et l'animation offensive tarde à trouver ses marques face au bloc 4-4-1-1 haïtien qui presse haut et sans complexe.

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Hakimi, comme souvent, est le premier à forcer le destin. À la 39e minute, sur une erreur grossière de Placide qui repousse un centre dévié directement sur la ligne, le capitaine surgit et pousse le ballon au fond. Soulagement de courte durée. Quatre minutes plus tard, Wilson Isidor signe ce qui restera probablement comme l'un des plus beaux buts du tournoi : récupération côté droit, une touche pour se mettre en position, et une frappe sèche, tendue, qui s'engouffre dans la lucarne gauche de Bounou sans que celui-ci ne puisse esquisser le moindre geste. 2-1 pour Haïti. Le stade d'Atlanta retient son souffle.

Mais avant même que les esprits ne se remettent de ce coup de tonnerre, Saibari répond dans la foulée. Hakimi, encore lui, pénètre dans le dos de la défense et centre à ras de terre. Saibari, arrivé au second poteau, utilise la vitesse du ballon pour placer sa frappe dans le coin inférieur. Troisième but du tournoi pour l'attaquant du Bayern Munich. 2-2 à la pause, après une première mi-temps que l'on n'est pas près d'oublier.

Hakimi, l'homme-orchestre d'un soir de chaos

Dans ce match désordonné, un homme a surnagé avec une régularité et une présence hors du commun : Achraf Hakimi. Noté 8.9 par FotMob, la plus haute note de la soirée, et ce chiffre ne ment pas. But, passe décisive, cinq occasions créées et un total de 20 occasions créées sur l'ensemble de la phase de groupes, le plus haut de tous les joueurs marocains dans l'histoire de la compétition. Sur le côté droit, il a été à la fois l'accélérateur offensif et le pompier défensif, endossant les deux rôles avec une aisance qui tranche avec les approximations collectives du reste de l'équipe.

El Khannouss, dans son flanc gauche, a livré lui aussi une prestation de qualité (8.3), tranchant dans les espaces intérieurs et cherchant constamment la combinaison courte pour percer le bloc haïtien. Chadi Riad, solide malgré la fébrilité défensive ambiante, a assuré l'essentiel en charnière dans une soirée où Bounou, rarement mis en difficulté lors des deux premiers matchs, a paru vulnérable aux transitions rapides.

La seconde période et le poids des entrées

À la reprise, aucun changement de part et d'autre. Le Maroc repart à l'attaque, mais Haïti résiste avec une discipline remarquable. Placide sort un arrêt important face à El Khannouss à la 60e minute, et Bellegarde manque la meilleure occasion haïtienne de la seconde période en hésitant face à Amrabat dans une situation de trois contre deux à la 63e.

C'est à la 70e minute qu'Ouahbi actionne ses changements : triple remplacement, Rahimi pour Saibari, Yassine pour El Kaabi, Ounahi pour Brahim Diaz. Et c'est Soufiane Rahimi qui fait basculer définitivement la rencontre. Sur corner botté depuis le côté droit, Riad dévie au premier poteau et Rahimi contrôle avant d'expédier une frappe puissante dans la lucarne -- légèrement déviée par Adé au passage. 3-2 pour le Maroc à la 78e. Puis, en toute fin de match, il sert généreusement Gessime Yassine qui conclut d'une seule touche pour valider le 4-2 à la 89e. But et passe décisive en moins de 20 minutes : le rendement de Rahimi tranche cruellement avec l'inefficacité chronique d'El Kaabi en première période.

Les chiffres d'une domination trop souvent stérile

Les statistiques racontent une histoire à double lecture. Le Maroc a écrasé le débat dans tous les compartiments : 69% de possession, 542 passes contre 248, 22 tirs contre 9, 11 tirs cadrés contre 2. Un xG de 3.20 contre 0.66 pour Haïti. Et pourtant, les Grenadiers ont réussi à prendre l'avantage deux fois et ont contraint Bounou à une parade spectaculaire sur coup franc de Nazon dans les arrêts de jeu. La domination était totale. L'efficacité, elle, a longtemps manqué à l'appel.

Le tableau, seule ombre au tableau

Mohamed Ouahbi valide la qualification et enregistre un premier succès convaincant en termes de buts marqués. Mais le rêve de première place, qui aurait ouvert un tableau bien plus clément, s'est dissipé avec la victoire du Brésil 3-0 contre l'Ecosse. Les Lions de l'Atlas hériteront donc probablement des Pays-Bas de Virgil van Dijk en seizièmes de finale -- un adversaire autrement plus redoutable que le Japon qui aurait constitué le ticket d'entrée en tableau favorable.

La qualification est là, le jeu progresse, les individualités brillent. Mais cette soirée d'Atlanta laisse aussi des questions sans réponse. Pourquoi tant de laxisme défensif ? Comment une équipe aussi dominatrice peut-elle autant souffrir pour conclure ?

Les réponses attendront. Ce soir, on retient surtout le nom d'Hakimi -- capitaine, meneur, sauveur -- et celui de Rahimi, entrant décisif qui a réglé en 20 minutes ce que 90 minutes d'efforts collectifs n'avaient pas suffi à accomplir.

Les Tops

Achraf Hakimi : Le capitaine a tout fait. But, passe décisive, cinq occasions créées dans le match, vingt sur l'ensemble de la phase de groupes -- un record dans l'histoire du Maroc en Coupe du monde. Dans une soirée où le collectif a souvent failli, il a été le seul à maintenir un niveau d'exigence constant des deux côtés du terrain. Le brassard lui va bien.

Soufiane Rahimi : Vingt minutes. Un but. Une passe décisive. Le remplaçant providentiel a fait en un quart d'heure ce que certains titulaires n'avaient pas réussi en 90 minutes. Sa frappe dans la lucarne à la 78e a tué le match. Son service pour Yassine a scellé le score. Le meilleur entrant de la soirée, sans discussion.

Ismael Saibari : Troisième but en trois matchs. Toujours au bon endroit, toujours avec le bon geste. Sa reprise instantanée pour égaliser à 2-2 juste avant la pause a évité au Maroc de rentrer aux vestiaires dans la tempête. L'homme des grands moments de ce Mondial.

Bilal El Khannouss : Dans son nouveau rôle sur le flanc gauche de l'attaque marocaine, il a été tranchant dans les petits espaces, toujours disponible pour la combinaison courte, auteur de plusieurs séquences de pressing collectif qui ont mis Haïti sous pression. Le profil idéal pour déverrouiller un bloc compact.

Chadi Riad : Solide dans la tempête. Irréprochable dans les duels aériens et décisif sur le but de Rahimi avec une déviation de premier poteau qui a tout déclenché. Dans une défense qui a parfois vacillé, il a été le plus fiable.

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