Ile Maurice: Ambiance - La cocotte-minute a explosé

Les piques, à l'Assemblée nationale, font partie du jeu. Mais ce mercredi, on a eu droit à de l'attaque frontale, personnelle et ciblée. Tout commence quand la cloche sonne à 11 h 32 pour ce troisième jour de débats budgétaires.

Reza Uteem, ministre du Travail, cravate mauve, prend la parole pour répondre à la première interrogation du jour : la Private Notice Question du leader de l'opposition, Joe Lesjongard, sur le recrutement des travailleurs étrangers. Il s'y prendra longuement : plus de vingt minutes, selon Lesjongard, qui l'accuse au passage de «beating around the bush» lorsqu'il répond à l'une de ses questions supplémentaires. Le temps s'étire, se dérobe, et avec lui la dernière question supplémentaire du leader de l'opposition, que la présidente finit par lui refuser. La mèche est allumée bien avant midi.

Il est 12 h 10 quand tout bascule. Pour prouver qu'il n'y a pas eu de favoritisme dans l'attribution des permis de recrutement, Reza Uteem choisit une démonstration par l'exemple et finit par égrener des noms. Un proche de l'ancien Deputy Prime Minister Paul Bérenger, dit-il, a lui aussi déposé une demande et n'a pas été refusé. «I do not know», tente d'expliquer Paul Bérenger depuis son siège, non pas qu'il ne connaisse pas la personne, mais il n'était tout simplement pas au courant.

Uteem n'attend pas. Sans transition, il pivote vers la circonscription n° 16, Vacoas-Floréal, et cite un agent proche, dit-il, de «miss» Joanna Bérenger. «Miss», pas «Honourable», comme lors de leur premier round, ce refus du titre sonne comme une provocation délibérée dans un hémicycle qui commence à gronder.

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Joanna Bérenger se lève : «I object.» L'objection se perd, auprès de la présidente de l'Assemblée Shirin Aumeeruddy-Cziffra comme dans le brouhaha général. La présidente tente de tenir la barre, mais ses rappels à l'ordre sonnent creux, elle répète «I try to be as fair as possible», là où il faudrait trancher. Reza Uteem s'engage à justifier ses propos avant d'attaquer pour de bon et lâche un nom. Ce qui tenait encore par miracle rompt. La présidente lève la séance : «I am leaving.» Cinq minutes.

La pause ne refroidit rien. Les deux camps se font face, les mots volent d'un siège à l'autre. Joanna Bérenger, hors d'elle, lance : «Trouve ? Personn dan gouvernman pa pe defann twa.» Uteem réplique, cinglant : «Wi, al bat-bate lor TikTok.» À côté d'elle, Paul Bérenger pose discrètement la main sur le bras de sa fille pour essayer de la retenir. C'est lui, pourtant, qui aura le mot le plus juste de la matinée, lâché à l'adresse de Reza Uteem pendant l'altercation : «He always makes it personal.» Et à la présidente, qu'elle «always allows it».

Le premier round entre ces deux anciens camarades du MMM avait laissé trop de vapeur dans la cocotte pour que le couvercle résiste. À 12 h 23, la présidente relance les débats budgétaires dans une salle où la tension est presque palpable. La cocotte a explosé. Entre-temps, personne n'a pensé à demander à JoeLesjongard sa dernière question.

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