La controverse entourant la réforme de la pension de vieillesse et l'introduction du test de ressources (means test) dans le Budget 2026-2027 pourrait avoir des conséquences politiques et administratives majeures.
Ainsi, l'on apprend que trois hauts responsables seraient désormais dans le collimateur du pouvoir : Ashok Prayag, président du comité d'experts sur les pensions, Gilbert Gnany, Chief Economic Advisor du Premier ministre, et Anandsing Acharuz, Financial Secretary. Ces trois techniciens verraient leur responsabilité engagée à la suite de la vive contestation populaire suscitée par cette réforme, qui prévoyait notamment de soumettre l'octroi de la pension de l'État à un means test.
Malaise général
Ce malaise ne s'est pas limité à l'opinion publique. Des réserves ont également été exprimées par plusieurs ministres lors de la réunion spéciale du Conseil des ministres précédant la présentation du Budget. Le scepticisme a ensuite gagné les bancs de la majorité parlementaire au moment où le ministre des Finances détaillait les mesures, comme en témoignaient les réactions observées dans l'Hémicycle.
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Face à l'ampleur de la polémique, Navin Ramgoolam a finalement été contraint de geler la mesure phare de la réforme : l'application du means test comme condition préalable pour bénéficier, en totalité ou partie, de la pension de l'État appelée à remplacer l'actuelle pension universelle. Selon des sources proches du dossier, le Premier ministre aurait très mal vécu cet épisode et chercherait désormais à situer les responsabilités.
En privé, plusieurs députés de la majorité réclameraient déjà que les trois principaux techniciens associés à ce dossier soient écartés de leurs fonctions. Gilbert Gnany serait particulièrement visé, certains lui reprochant d'avoir soutenu l'intégration des recommandations du comité d'experts sans mesurer pleinement leur impact social et politique, privilégiant avant tout les objectifs de consolidation budgétaire et respectant des engagements pris auprès de l'agence Moody's.
Erreurs... mécontentement
L'entourage du Premier ministre évoque également son mécontentement face aux erreurs relevées dans les Performance-Based Budget Estimates concernant le coût projeté de la pension de vieillesse. Ces incohérences auraient alimenté des spéculations et fragilisé davantage la communication gouvernementale. Dans ce contexte, Anandsing Acharuz pourrait être appelé à s'expliquer sur les écarts constatés entre les prévisions initiales et les chiffres révisés figurant dans les documents budgétaires officiels (voir les tableaux comparatifs).
Le cas d'Ashok Prayag apparaît tout aussi délicat. Critiqué publiquement par le ministre de l'Intégration sociale, de la sécurité sociale et de la solidarité nationale, Ashok Subron, et fortement remis en cause dans le débat public, il aurait également été recadré par le Premier ministre. Il sera appelé à revoir certaines recommandations du comité selon les directives de Navin Ramgoolam, avant la présentation de son rapport final.
Par ailleurs, les échos parvenus de ce comité montrent que le rapport intérimaire n'avait pas fait l'unanimité. Certains auraient plaidé pour un assouplissement de plusieurs propositions afin de les rendre socialement plus acceptables, mais ces suggestions auraient été écartées par le président du comité.
Le cas Prayag
L'avenir d'Ashok Prayag demeure désormais incertain. Si son nom circulait ces dernières semaines pour occuper le poste de vice-président de SBM Holdings Ltd, une fonction qui devrait être créée afin d'assister l'actuel président, Vikram Punchoo, cette perspective pourrait être affectée par les développements récents. Interrogé par l'express, ce dernier a indiqué qu'il faudra attendre l'assemblée générale prévue ce vendredi, au cours de laquelle la création du poste et l'éventuelle nomination de son titulaire devraient être examinées.
Parallèlement, l'annonce de la création d'une Independent Pensions Regulatory Authority, appelée à superviser la politique nationale en matière de pensions, a relancé les spéculations quant au profil de son futur dirigeant. Le nom d'Ashok Prayag continue d'être évoqué avec insistance, même si le contexte politique actuel pourrait rebattre les cartes.
Enfin, la situation soulève également, selon des membres du gouvernement, des interrogations concernant Touria Prayag, responsable de la communication au Prime Minister's Office et épouse d'Ashok Prayag. Sollicitée pour réagir aux questions portant sur un éventuel conflit d'intérêts, elle n'a pas souhaité faire de commentaire, nous promettant néanmoins de revenir, comme d'habitude, vers nous en cas de développement. Son entourage assure toutefois que ses fonctions se limitent à expliquer et promouvoir les décisions prises par le gouvernement, sans intervenir dans leur élaboration.
Visiblement, la réforme sur la pension continue de faire des vagues.
Gel du «Means test» : Il en coûtera Rs 10 milliards additionnelles au trésor public
Avec le gel du means test, tous ceux âgés de plus de 65 ans, quel que soit leur revenu mensuel, auront droit à une pension pleine de l'État. Cela coûterait plus de Rs 10 milliards additionnelles au Trésor public, ce qui ferait passer le déficit budgétaire de 3,7% à 5% du Produit intérieur brut (PIB) pour 2026-2027. Sans compter qu'il est fort improbable que l'accord des Chagos soit conclu dans la nouvelle année fiscale, ce qui représenterait un manque à gagner de Rs 10,6 milliards, soit 1,3 % du PIB. En somme, le déficit budgétaire dépassera nul doute les 6% du PIB en 2026-2027, ce qui ne va pas laisser Moody's insensible.