Afrique: Déplacement des lions à Toronto - Les Envoyés Spéciaux sénégalais pris au piège des visas

Ils étaient venus pour couvrir un Mondial, ils se retrouvent contraints à le raconter par procuration. Mercredi, quand la délégation sénégalaise a quitté le New Jersey pour rejoindre Toronto, une trentaine de journalistes sont restés sur place. En cause, des visas américains à entrée unique, incompatibles avec un aller-retour entre les États-Unis et le Canada. Une aberration administrative qui prive l'écrasante majorité de la presse sénégalaise du troisième et dernier match des Lions, prévu vendredi, face à l'Irak.

Ils ont vu le bus s'éloigner sans eux. Dans le hall de l'hôtel, tandis que Lions embarquaient pour Toronto pour y disputer leur avenir dans ce Mondial, une scène pour le moins surréaliste s'est déroulée. Des journalistes pourtant accrédités pour couvrir la compétition sont restés bloqués sur le sol américain à cause d'une simple mention figurant sur leur visa. Depuis le début du tournoi, ils vivaient au rythme de la tanière, des séances d'entraînement, des conférences de presse, des zones mixtes. Les voilà désormais condamnés à suivre la suite de la compétition devant un écran, depuis le New Jersey ou New York, comme s'ils n'avaient jamais quitté Dakar.

La raison tient en deux mots aussi laconiques qu'implacables : single entry. Une seule entrée autorisée sur le sol américain. Quitter les Etats-Unis pour le Canada, revenait à prendre le risque de ne plus pouvoir revenir. Inenvisageable pour des reporters appelés à suivre les Lions jusqu'au terme de leur parcours, en cas de qualification pour le second tour. Ils ont donc préféré la prudence plutôt que le terrain, l'attente plutôt que le voyage.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

« C'est dommage, souffle Birane Hady Cissé, journaliste à l'Agence de presse sénégalaise (APS). Notre souhait, c'était d'être avec les Lions jusqu'au bout, comme depuis le début. On voulait être à Toronto pour assister à leur troisième sortie et espérer une qualification là-bas. Mais malgré les démarches entreprises, nous n'avons pas obtenu une deuxième autorisation d'entrée sur le territoire américain. Finalement, on va rester ici, dans le New Jersey, en espérant que les Lions reviennent nous retrouver pour le second tour. »

Derrière ces mots transparaissent autant la déception que l'inquiétude suscitée par une compétition organisée sur plusieurs territoires sans véritable dispositif facilitant la mobilité des journalistes.

Soda Thiam, de la RFM (privée), peine elle aussi à masquer son amertume. « C'est vraiment déplorable de venir couvrir une Coupe du monde et de ne faire que deux matches du Sénégal. Les Lions sont partis et nous, la presse sportive sénégalaise, on reste là. C'est comme si on était au pays. » La journaliste rappelle les démarches entreprises par l'Association nationale de la presse sportive du Sénégal (ANPS), sans succès. « On ne peut pas prendre le risque de quitter le New Jersey pour Toronto avec un visa à entrée unique. Alors il faudra se contenter de suivre le match ici, ou à New York avec la communauté sénégalaise. »

Des envoyés spéciaux bloqués qui comptent sur la solidarité des confrères

Dans cette couverture amputée, la débrouille devient une méthode de travail. Ceux restés aux États-Unis espèrent s'appuyer sur les confrères déjà présents au Canada, ou sur ceux qui, faute de visa américain, n'ont couvert que la partie canadienne du tournoi. Une solidarité de circonstance, mais devenue vitale.

« On compte sur eux, bien sûr, explique Sokhna Fall, de Zik FM et Sen TV. Pour la télévision ou la radio, c'est encore plus compliqué. On a besoin d'images, d'interviews, d'être présents aux entraînements, de sentir l'atmosphère autour de l'équipe. Là, il faudra travailler avec les réseaux sociaux de la Fédération, les retours de ceux qui sont sur place, et tous les relais possibles. » Avant de pointer, comme ses confrères, la responsabilité de l'instance organisatrice : « La FIFA devait anticiper ce type de situation. Une compétition répartie entre plusieurs pays exige des garanties de circulation pour les médias. »

Au moment où le Sénégal joue sa survie sportive, sa presse, elle, se heurte aux les frontières administratives. Et dans ce Mondial organisé dans trois pays, l'image est saisissante. Des envoyés spéciaux accrédités, installés à quelques centaines de kilomètres de Toronto, réduits à d raconter à distance un match qu'ils auraient dû couvrir au bord de la pelouse.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.