Les Troisièmes Assises africaines de la démocratie se sont ouvertes hier, mercredi 24 juin 2026, au Musée Théodore Monod de Dakar, sous le thème « La force des sociétés ». À cette occasion, le philosophe et historien Achille Mbembé, Directeur de la Fondation de l'Innovation pour la Démocratie, a appelé à remettre les citoyens et les communautés au centre des réflexions sur l'avenir du continent.
Face à un public composé d'acteurs de la société civile, d'intellectuels, de jeunes et de responsables associatifs, Achille Mbembé a défendu l'idée que la transformation de l'Afrique ne peut être portée uniquement par les États ou les marchés. Selon lui, les véritables dynamiques de changement émergent souvent des territoires, à travers des initiatives locales portées par des associations, des collectifs de femmes, des jeunes ou encore des communautés de base.
Un plaidoyer pour replacer les sociétés au cœur de la transformation du continent
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La Fondation de l'Innovation pour la Démocratie que dirige M. Mbembé fédère entre 4000 et 5000 organisations à travers le continent. Pour son Directeur, ces acteurs participent déjà à un « renouveau démocratique » qui se manifeste dans des pratiques souvent informelles mais qui influencent concrètement la vie quotidienne dans les quartiers, les villages et les villes. Les Assises africaines de la démocratie visent ainsi à favoriser les échanges d'expériences entre ces communautés afin de mutualiser les solutions et de renforcer leur impact grâce à l'intelligence collective.
Dans son intervention, Achille Mbembé a également développé sa vision d'un projet global de transformation de l'Afrique. Il a estimé que le débat actuel est trop souvent réduit aux seules dimensions économiques et marchandes. « Les êtres humains n'ont pas seulement besoin de nourriture ou de biens matériels. Ils ont aussi besoin de dignité, de sens et de perspectives », a-t-il souligné, appelant à une approche intégrale du développement capable de répondre à la diversité des aspirations humaines.
Abordant la question de la démocratie, souvent contestée sur le continent, le chercheur a défendu la pertinence de ses principes fondamentaux. L'égalité entre les citoyens, le consentement des gouvernés et le droit à la représentation politique constituent, selon lui, des valeurs universelles. Pour Achille Mbembé, « le principal défi africain n'est pas la démocratie mais plutôt la persistance de l'autocratie et du despotisme », qui ont marqué une grande partie de l'histoire contemporaine du continent.
Rappelant les luttes anticoloniales, le combat contre l'apartheid et les revendications pour la justice et l'égalité, il a affirmé que les Africains ont largement contribué à l'histoire mondiale des conquêtes démocratiques. Il a enfin insisté sur la nécessité d'investir dans l'éducation civique et la formation aux compétences démocratiques afin de consolider des sociétés où chaque citoyen dispose d'une voix, d'une place et d'un accès effectif à la justice.