Journée sous haute tension au Kenya. Ce 25 juin 2026 marque le deuxième anniversaire de la Manda mano, ce mouvement de colère de la jeunesse contre une loi de finances, qui avait culminé avec la prise du Parlement par des manifestants. La répression policière ce jour-là avait fait une trentaine de morts. Des commémorations en leur honneur sont organisées ce jeudi partout dans le pays. Il s'agira aussi d'honorer les victimes de la vague de répression qui avait suivi ces manifestations. La Commission des droits de l'homme du Kenya avait alors enregistré plus de 80 cas de disparitions forcées.
Le frère de Monica Mwende a disparu depuis décembre 2024. Il se trouvait dans une rue de Mlolongo, bidonville au sud-est de la capitale du Kenya, quand des policiers l'ont approché.
« Ils sont arrivés dans une voiture Prado blanche, explique Monica Mwende. Certains avaient des uniformes, d'autres étaient en civil, avec des armes. Ils l'ont emmené et je n'ai plus jamais vu mon frère. On veut savoir où il est. S'il est mort, on veut récupérer son corps ».
« Des passages à tabac quotidiens »
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C'est à Kitengela, dans la banlieue de Nairobi, que Jamil Longton a été enlevé avec son frère. Ils ont été séquestrés pendant 32 jours dans un lieu inconnu, avant d'être relâchés sans explication. « On n'avait ni à boire, ni à manger, raconte Jamil. On nous a torturés... Des passages à tabac quotidiens. Ils avaient des armes, des menottes et nous disaient de ne plus jamais participer à une manifestation. On veut voir les droits de l'homme respectés. C'est pour cela que l'on commémore aujourd'hui ».
Malgré des dizaines de plaintes déposées contre la police pour ces violences, une seule a fait l'objet d'un procès depuis 2024. Maître Abner Mango, avocat de victimes, estime que l'État fuit ses responsabilités : « Seul l'État a la capacité de faire disparaître quelqu'un. Ils ont le monopole des armes. Ce sont eux qui peuvent faire disparaître et réapparaître soudain une personne, quand un tribunal l'ordonne. Ils savent que quand on demande justice, ce sont eux qui doivent rendre des comptes. »
Selon l'Inspection générale de la police, 120 personnes ont trouvé la mort lors de manifestations en 2024 et 2025.