Tunisie: L'immigration - Une tolérance contrastée par des craintes économiques

Les citoyens sont partagés sur la libre circulation transfrontalière et souhaitent une réduction de l'immigration.

Key findings

  • Les Tunisiens expriment des opinions partagées sur la liberté de circulation transfrontalière : 51% estiment que les Nord-Africains devraient pouvoir franchir librement les frontières pour travailler et commercer, tandis que 46% pensent que leur gouvernement devrait limiter ces déplacements pour protéger ses citoyens.
  • Plus de la moitié (53%) disent qu'en pratique, franchir les frontières internationales est « difficile » ou « très difficile ».
  • Seuls 5% des répondants disent avoir entendu parler de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAf).
  • Environ deux tiers (65%) des Tunisiens pensent que les migrants ont un impact négatif sur l'économie du pays.
  • Six citoyens sur 10 disent qu'ils aimeraient ou n'auraient rien contre le fait d'avoir des travailleurs étrangers ou des immigrants (60%) et des réfugiés (64%) comme voisins.
  • Malgré cela, la plupart des Tunisiens sont favorables à un contrôle plus strict de l'immigration. Environ la moitié (49%) d'entre eux souhaitent que leur gouvernement admette moins de demandeurs d'emploi étrangers, tandis que 30% seraient favorables à la suppression totale de ce type d'immigration. Les opinions concernant les réfugiés suivent la même tendance : 51% sont favorables à une réduction de leur accueil et 26% réclament un arrêt complet.
  • Plus d'un tiers (36%) des Tunisiens disent avoir envisagé de déménager dans un autre pays, dont 26% qui ont « beaucoup » pensé à l'émigration.
  • L'intérêt pour le déménagement à l'étranger est le plus élevé chez les jeunes (65%), les citoyens les plus instruits (57%) et les sans emploi à la recherche d'un travail (53%).
  • La plupart de ceux qui ont envisagé d'émigrer citent des motivations économiques : trouver de meilleures opportunités de travail (54%), échapper aux difficultés économiques (19%) et trouver de meilleures opportunités d'affaires (13%).
  • L'Europe se distingue comme la première destination des futurs émigrants (56%), suivie de l'Amérique du Nord (25%).

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La migration est devenue l'une des caractéristiques marquantes de l'histoire récente de la Tunisie, façonnée par les pressions économiques, les bouleversements régionaux et l'évolution du contexte politique. Bien avant la révolution de 2011, la Tunisie était déjà connue comme un pays d'émigration, avec plus d'un million de Tunisiens vivant à l'étranger et des politiques nationales axées sur l'exportation de main-d'oeuvre vers l'Europe (De Bel Air, 2016).

Des villes comme Sfax et Sousse sont ensuite devenues d'importants carrefours où les migrants d'Afrique subsaharienne cherchaient du travail informel ou préparaient la suite de leur voyage (Boubakri, 2013). A mesure que de plus en plus de Tunisiens recherchaient de meilleures perspectives à l'étranger et que les migrants étrangers transitaient par le pays, la migration s'est profondément ancrée dans la vie sociale et économique de la Tunisie.

Cependant, la révolution de 2011 a profondément modifié le paysage migratoire tunisien. Après la chute du régime autoritaire, les contrôles aux frontières se sont assouplis et de nombreux jeunes tunisiens ont traversé la méditerranée en quête d'un avenir meilleur (Natter, 2015). Parallèlement, la guerre civile en Libye a poussé près d'un million de personnes déplacées vers la Tunisie et a transformé le sud de la Libye en une importante zone humanitaire, soutenue par les communautés locales, la société civile et les organisations humanitaires internationales (Boubakri, 2013). Ces mouvements migratoires ont fait de la migration un élément central de la transformation de la Tunisie, le nouvel Etat étant contraint d'intégrer le contrôle des frontières, la protection des réfugiés et la liberté de circulation à sa politique intérieure (Garelli & Tazzioli, 2017).

Les pressions économiques ont accentué ce phénomène, le chômage élevé poussant les jeunes tunisiens à envisager l'émigration tandis que l'Etat dépendait des transferts de fonds et encourageait les investissements de la diaspora (David & Marouani, 2015 ; Djelti & Zapata Barrero, 2023). Cependant, les efforts visant à développer des voies de migration légales et sûres se sont souvent heurtés à la priorité accordée par les politiques européennes à la sécurité des frontières plutôt qu'à la mobilité et à la coopération (Panebianco & Cannata, 2023). Ensemble, ces facteurs ont maintenu la question migratoire au coeur du débat national tunisien.

Ces dernières années, les préoccupations relatives à la sécurité des migrants, réfugiés et demandeurs d'asile vivant en Tunisie ou en transit par la Tunisie lors d'un périple souvent périlleux vers l'Europe (Mishra, 2025). En même temps, la protection et l'intégration des migrants engendrent des coûts qui représentent un défi pour la Tunisie (Farroukh & Habib, 2024). Ensemble, ces problèmes illustrent la complexité et les difficultés que représente la migration pour la Tunisie et pour les personnes qui traversent son territoire.

Les enquêtes d'Afrobarometer Round 10 révèlent que les Tunisiens ont des opinions partagées sur la mobilité régionale et les migrations. Nombre d'entre eux se méfient de la libre circulation en Afrique du Nord et considèrent le franchissement des frontières comme difficile. Si une majorité de Tunisiens se montrent tolérants envers les immigrés et les réfugiés à titre personnel, la plupart s'inquiètent de l'impact économique de l'immigration et souhaitent que le gouvernement la réduise, voire la supprime.

Concernant l'émigration, plus d'un sur trois Tunisiens déclarent avoir envisagé de s'installer à l'étranger, avec des taux plus élevés chez les jeunes, les personnes les plus instruites et celles en recherche d'emploi. La plupart des candidats à l'émigration sont motivés par les perspectives professionnelles et financières, et l'Europe est la destination la plus prisée.

Obaloluwa Ayooluwa Aka Obaloluwa Ayooluwa Aka is a PhD student in the Department of Political Science at the University of Kentucky.

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