L'été a démarré avec les youyous poussés pour célébrer les réussites au baccalauréat. Cette saison est connue pour être celle de la joie, des heureux événements, des loisirs et des dépenses ! Loin de pouvoir serrer la ceinture durant les deux mois de travail en séance unique et des trois mois de vacances scolaires et universitaires, les pères de famille se trouvent contraints à un flot de débours. Bien rodés, certains ont cru bon de faire des économies afin de pouvoir les dépenser en été. D'autres vivent la situation au jour le jour. Quant aux séniors, certains d'entre eux estiment ne pas être de la partie !
Pour comprendre l'ampleur que prennent les dépenses estivales dans la vie d'un ménage de salariés, il faudrait anticiper le coût des loisirs et des besoins élémentaires, spécifiques à la saison caniculaire. Rien qu'en comparant les factures de la consommation d'eau et de l'électricité, la différence s'avérera notable.
Pour la consommation des ménages en eau, par exemple, les douches à répétions et le recours fréquent au lave-linge ont droit du dépassement du seuil conventionnel requis. D'un autre côté, la climatisation sinon l'utilisation du ventilateur dans le but d'atténuer la chaleur dominante du foyer, finissent par coûter cher au consommateur.
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Autres nécessités élémentaires aux ménages durant l'été : la consommation quadruplée de l'eau minérale et des boissons fraîches ainsi que des fruits et légumes. Pour bon nombre de Tunisiens, l'été est propice au régime méditerranéen. La consommation des salades et des poissons bleus monte en flèche. Pour d'autres, c'est plutôt la saison où l'on boude la cuisine et où les fast-foods gagnent du terrain. Sans compter le renouvellement de la garde-robe, les sorties et les dépenses qui s'ensuivent. Planifier un séjour dans un hôtel serait, certainement, une autre paire de manches...
Une enveloppe supplémentaire s'impose !
« Certes, l'été est un invité, comme on dit. Sauf qu'il nécessite beaucoup d'argent ! A mon humble avis, il faudrait budgétiser, faire des économies pour pouvoir garantir les dépenses estivales. Nos aïeuls mettaient toujours de l'argent dans une tirelire afin de trouver quoi dépenser dans les périodes de crise.
Cela semblerait probablement anecdotique, mais pourquoi ne pas reprendre cette astuce et au lieu de mettre des pièces de monnaie dans la tirelire, mettons plutôt des billets de vingt dinars », suggère Sarra, mariée et sans enfants. Bien qu'échappant aux exigences des enfants dans la période des vacances estivales, elle a néanmoins la conviction que l'été nécessite une enveloppe supplémentaire qui, hors séjour dans un hôtel, pourrait même atteindre les quatre mille dinars. « Pour manger dans un restaurant qui se respecte, souligne-t-elle, il faudrait pas moins de cinquante dinars par personne. Les dépenses augmentent au fur et à mesure des sorties. Cela dit, le budget spécial été serait décidément relatif d'une famille à une autre ».
Faire des économies pour la rentrée scolaire
Consacrer un budget spécial été serait idéal pour certains et utopique pour d'autres. Farouk, biologiste, est un père de famille. Interrogé sur les dépenses estivales et sur le montant qui s'impose à cet effet, il y répond par un rire ironique. « J'ai deux enfants. L'aîné passe en quatrième année de l'enseignement de base, le cadet passe au préparatoire.
Personnellement, depuis deux ans, je me débrouille savamment pour mettre de l'argent de côté, avant l'été ; soit trois cents dinars au minimum. L'objectif n'étant pas de dépenser mes économies durant la saison chaude mais plutôt d'anticiper la rentrée scolaire une fois les vacances finies », avoue-t-il.
Et d'ajouter que les dépenses estivales sont telles, qu'elles mettent les pères de famille dans l'obligation de faire des choix. « Je ne peux pas priver mes enfants des choses qu'ils aiment tant comme les glaces, les sorties à la plage, les pizzas, etc. Du coup, je préfère reléguer au second plan d'autres dépenses.
Pour les nouveaux vêtements, par exemple, je profite des soldes pour faire de bonnes affaires », indique-t-il. Et d'ajouter que pour un salarié et père de famille, il devient quasi impossible de faire de l'épargne. « Faire des économies relève de l'utopie. C'est juste une question de quelques mois puisqu'il y a toujours des occasions de dépenses exceptionnelles comme les fêtes religieuses », renchérit-il.
Les séniors s'en détachent ...
Ce qui est surprenant, c'est que les dépenses liées aux exigences de l'été n'intriguent, semble-t-il, que les jeunes ménages, notamment ceux qui ont des enfants en âge scolaire ou ceux qui optent pour un rythme de bons vivants. Les séniors, eux, ne cachent pas leur détachement d'une société plutôt consommatrice, en dépit d'un pouvoir d'achat dégringolant ! Mahmoud Chérif, retraité, vit tranquillement avec sa mère et son épouse.
Pour lui, été comme hiver, les dépenses sont les mêmes. En revanche, il est parfaitement conscient des challenges que doivent relever les jeunes ménages. « La situation économique des ménages devient difficile puisqu'au bout d'une quinzaine d'année, explique-t-il, les prix ont tout bonnement quadruplé.
Nous recevons, moi et mon épouse, des salaires de cadres, qui nous permettent de toucher près de cinq mille dinars par mois. En dépit de cette somme respectable, nous nous heurtons souvent à des pannes d'argent. Aussi évitons-nous les dépenses inutiles surtout que nos enfants ont volé de leurs propres ailes ; ma fille s'est mariée, mon fils vit à l'étranger ».
Pour Lassaâd, retraité et père de deux filles, maintenir son équilibre budgétaire est une victoire en elle-même, surtout dans un contexte commercial à dominante floue. Lui, comme bien d'autres retraités, ne dispose pas d'un revenu à même de lui permettre des caprices. C'est le cas aussi pour Yamina Somrani, grand-mère, qui vit avec son mari dans les limites de leurs moyens.
Pour cette catégorie de Tunisiens, comme pour les jeunes qui n'ont pas les moyens pour dépasser le seuil des besoins élémentaires, d'ailleurs, les dépenses estivales constituent une notion absurde ! Pour eux, été comme hiver, le défi consiste à survivre, avec les moyens du bord...