Maroc: Cliniques en stand-by forcé

Alors que l'Exécutif s'évertue à clamer - contre toute évidence - sa volonté de refondre le système de santé et de dynamiser le secteur privé, la réalité du terrain offre un spectacle d'une affligeante paralysie. Près d'une quarantaine de cliniques, d'ores et déjà prêtes à accueillir leurs premiers patients, se heurtent aujourd'hui à la passivité coupable d'un département de tutelle enlisé dans ses contradictions. Un blocage administratif inexplicable et lourd de conséquences financières, sociales et sanitaires.

Le ministère de la Santé et de la Protection sociale se retrouve une nouvelle fois au centre d'une controverse majeure, épinglé pour une gestion dont l'opacité commence à inquiéter sérieusement les observateurs. C'est à travers une question écrite, officiellement déposée le 22 juin 2026 par la députée Latifa Cherif, que le Groupe socialiste, fer de lance de l'opposition, a décidé de mettre le doigt sur la plaie.

Cette interpellation, adressée directement au ministre de tutelle, lève le voile sur une paralysie institutionnelle qui confine purement et simplement à l'absurde. Le document parlementaire révèle en effet que pas moins d'une quarantaine de dossiers de licences, expressément destinées à l'ouverture de nouvelles cliniques privées à travers le Royaume, se trouvent actuellement pris au piège d'un invraisemblable enlisement administratif.

La stupeur est d'autant plus grande que ces projets sanitaires ne souffrent d'aucune irrégularité. Les porteurs de ces investissements ont scrupuleusement respecté l'ensemble du parcours du combattant imposé par l'administration. Ils ont franchi, une à une, toutes les étapes réglementaires exigées et ont même validé avec succès les ultimes visites d'inspection technique et sanitaire.

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En vertu de la loi 131.13 relative à l'exercice de la profession médicale, qui encadre strictement la création de ces structures et définit des délais précis d'instruction, ces dossiers auraient dû être parachevés depuis longtemps. Dans les faits, il ne manque plus qu'une simple signature finale émanant des hautes sphères du ministère pour que ces portes s'ouvrent au public. Or, ce précieux sésame se fait inexplicablement attendre, plongeant les investisseurs dans un flou total et soulevant des doutes légitimes quant aux véritables motivations qui sous-tendent une telle inertie.

Au-delà de la stricte anomalie bureaucratique, cette lenteur orchestrée engendre un véritable séisme économique pour les principaux concernés. Les investisseurs, qui ont cru aux promesses d'un climat des affaires assaini et ont engagé des capitaux massifs pour étoffer l'offre de soins nationale, se retrouvent aujourd'hui pris à la gorge. Ils font face à des engagements financiers colossaux et ploient sous le poids des traites bancaires contractées pour édifier, équiper et moderniser ces établissements à la pointe de la technologie. En maintenant ces structures à l'arrêt, le ministère adresse un message désastreux aux opérateurs économiques et sabote l'essence même de l'investissement dans le secteur de la santé, un domaine pourtant vital pour la sécurité sanitaire du pays.

Le préjudice ne se limite pas aux seuls bilans comptables, il frappe également de plein fouet le tissu social. Par un cruel effet de contagion, ce blocage inexpliqué sacrifie l'avenir de centaines de professionnels de la santé. Des équipes médicales entières, composées de médecins, d'infirmiers et de techniciens spécialisés, d'ores et déjà recrutées et formées pour opérer au sein de ces nouvelles cliniques, sont condamnées à une précarité insoutenable et à une attente indéfinie. Pire encore, cette prise d'otage administrative aggrave une fracture territoriale déjà béante.

L'élue ittihadie souligne avec une justesse amère que nombre de ces infrastructures sacrifiées ont été pensées pour s'implanter en dehors de l'hyper-concentration de l'axe Casablanca-Rabat. Elles devaient pallier le déficit criant des régions défavorisées en matière d'infrastructures curatives. En refusant d'apposer une signature, la tutelle prive des bassins de population entiers d'une offre médicale de proximité vitale.

Face à ces dérives manifestes, l'heure n'est plus aux esquives verbales. Le Groupe socialiste exige désormais une reddition des comptes totale et transparente. La parlementaire ittihadie accule l'Exécutif à s'expliquer sur l'ampleur exacte de ce gel et sur le sort qui sera finalement réservé à ces dizaines de dossiers en souffrance.

Le gouvernement est formellement sommé de dévoiler publiquement les véritables raisons qui entravent la délivrance de ces autorisations, d'autant plus que l'ensemble des prérequis techniques ont été validés de longue date par ses propres services. Il lui incombe également de présenter, dans les plus brefs délais, les mesures d'urgence qu'il compte déployer pour débloquer ces investissements stratégiques, rétablir la primauté du droit et répondre enfin à la détresse sanitaire des citoyens les plus éloignés des grands pôles hospitaliers.

L'arbitraire bureaucratique, soupçonné par beaucoup de servir des agendas inavouables ou de protéger des rentes établies au détriment de l'intérêt général, ne saurait tenir lieu de politique publique. Le ministère de la Santé doit impérativement assumer ses responsabilités, car ce sabotage institutionnel se paie, en définitive, au prix le plus fort : celui de la santé et de la dignité des Marocains.

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