Afrique: Mondial 2030 - Le Maroc à l'épreuve du chrono

A Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech, Fès, Agadir, dans quatre ans, le coup de sifflet inaugural d'un Mondial inédit, organisé conjointement par le Maroc, l'Espagne et le Portugal, résonnera sur deux continents. Ainsi, pour le Royaume chérifien, l'échéance de 2030 dépasse largement le cadre sportif. En effet, c'est tout un pays qui se transforme à coup de grues, de bulldozers et de milliards de dirhams. Cependant, derrière la vitrine des chantiers pharaoniques, certains projets accusent bien des retards qui suscitent nombre d'interrogations...

Un chantier à l'échelle nationale

Il suffit de traverser le boulevard Zerktouni à Casablanca ou bien de longer la Corniche d'Aïn Diab pour s'en convaincre. Le Maroc est devenu, en l'espace de quelques années, un gigantesque chantier à ciel ouvert et l'enveloppe budgétaire globale dédiée à cette mobilisation est colossale.

Selon des estimations relayées par nombre de cabinets spécialisés, les besoins d'investissements ayant trait à l'organisation de la Coupe du monde dépassent 50 milliards de dirhams, répartis entre infrastructures sportives, transport, hôtellerie et urbanisme. Le financement combine budget de l'Etat, recours aux entreprises publiques et aux emprunts internationaux. D'ailleurs, le Royaume a émis en mars 2025 un emprunt obligatoire de deux milliards sur les marchés financiers, destiné, en partie, à ce grand chantier.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

A cela s'ajoutent près de 150 milliards de dirhams consacrés spécifiquement aux transports et infrastructures de mobilité ; entre autres des aéroports, des lignes à grande vitesse, des tramways et des réseaux routiers. En tout état de cause, le programme « aéroports 2030 » illustre bien cette ambition en visant à faire passer la capacité aéroportuaire nationale de 38 à 80 millions de passagers par an, avec en tête de file un nouveau terminal T3 à l'aéroport Mohammed V de Casablanca, doté d'une piste supplémentaire et d'une gare LGV intégrée.

Réfection des infrastructures : le stade, vitrine du pays

Le symbole de cette vaste mobilisation reste, sans conteste, le Grand stade Hassan II de Benslimane. En effet, avec une capacité annoncée de 115.000 places, l'enceinte ambitionne de devenir la plus grande du monde et de ravir au Santiago Bernabéu de Madrid l'honneur d'accueillir la finale du Mondial.

Confié au consortium marocain formé par les Travaux généraux de construction de Casablanca et la Société générale des travaux du Maroc, sur la base d'un projet architectural signé par le cabinet américain Populous en collaboration avec les architectes marocains Oualalou et Choi, le chantier a démarré par les travaux de terrassement à l'été 2024. Par ailleurs, début 2026, les fondations profondes sont quasiment achevées et les premières structures en béton armé commencent à s'élever. La livraison reste programmée pour fin 2027, voire 2028 selon certaines sources.

Toutefois, le stade de Benslimane n'est que la pointe émergée d'un vaste programme de mise à niveau. Une convention signée en octobre 2023 entre le gouvernement et la Caisse de dépôt et de gestion a mobilisé environ 9,5 milliards de dirhams pour conformer six stades aux normes de la Confédération africaine de football entre 2023 et 2025, puis une seconde enveloppe de 4,5 à 6 milliards de dirhams pour les hisser aux exigences de la FIFA entre 2025 et 2028.

D'autre part, l'on peut noter que si les résultats sont contrastés, ils sont globalement encourageants. En effet, à Rabat, le stade Prince Moulay Abdellah a été inauguré avec une capacité proche de 69.000 places et une pelouse hybride inédite en Afrique. Les stades de Fès, Marrakech et Agadir, quant à eux, ont atteint la phase de réception technique pour la Coupe d'Afrique des nations, avant leur adaptation aux normes du Mondial. Le Grand stade de Marrakech, lui, a fermé ses portes au printemps 2026 pour une restructuration majeure : suppression de la piste d'athlétisme, augmentation de la capacité, toit à 360 degrés. Le calendrier imposé aux entreprises candidates pour ces travaux est réservé à environ quinze mois, un rythme qui en dit long sur la pression qui pèse sur le secteur.

Rénovation des paysages urbain et rural

Au-delà des stades et équipements sportifs, c'est le visage même des villes hôtes qui se redessine. A Casablanca, poumon économique du Royaume, le plan de transport urbain 2026-2030 mise sur la complémentarité entre quatre lignes de tramway et deux lignes de busway déjà opérationnelles, complétées par un futur réseau ferroviaire urbain et périurbain estimé à 20 milliards de dirhams comprenant trois lignes reliant le Grand stade Hassan II, l'aéroport Mohammed V et la gare de Casa-Port.

Là-dessus, les grands noeuds routiers ne sont pas en reste. Le réaménagement du carrefour de Sidi Maârouf, traversé chaque jour par plus de 140.000 véhicules, ou celui d'Aïn Harrouda, doté d'une enveloppe de 750 millions de dirhams, affichaient au printemps 2026, un taux d'avancement avoisinant les 80%. Le port de Casablanca fait également l'objet d'une refonte de cinq milliards de dirhams, avec la création d'un nouveau port de pêche, d'un chantier naval moderne et d'un terminal de croisière.

Pour sa part, l'hôtellerie suit le même mouvement. Plus de 150 nouveaux établissements devraient sortir de terre d'ici 2030, accompagnés de programmes de financement dédiés. Le secteur ferroviaire, enfin, concentre l'un des projets les plus emblématiques : la ligne à grande vitesse Kénitra-Marrakech, longue de 430 kilomètres pour un budget de 53 milliards de dirhams, dont certains tronçons affichaient un taux d'avancement de 65% à l'automne 2025, pour une mise en service attendue fin 2029.

Renouvellement des structures urbaines : une zone d'ombre

C'est sur ce dernier point que le tableau se nuance le plus nettement. En effet, si les grands chantiers emblématiques avancent à un rythme soutenu, les structures urbaines plus diffuses - espaces verts, zones industrielles, équipements de proximité - accusent un retard que les autorités elles-mêmes reconnaissent...

Certains stades urbains plus modestes illustrent ce même décalage. A Casablanca, plusieurs enceintes sportives anciennes aux gradins en béton vétustes et sans sièges, attendent toujours le lancement effectif de leur reconstruction et cela commence à accuser un retard significatif.

Une course contre le temps assumée

Face à tant de zones de friction, les responsables en charge des grands chantiers affichent une confiance plutôt mesurée. Si les dirigeants de la Société nationale de réalisation et de gestion des stades assurent que les grands équipements sportifs, à commencer par le stade de Benslimane, seront livrés dans les délais, il est à craindre, en revanche que certains chantiers pourraient être repoussés.

Ainsi, à quatre ans de l'échéance, le Maroc avance sur deux rythmes distincts : celui soutenu et médiatisé des grands stades et des infrastructures de transport structurantes et celui moins documenté des aménagements urbains de second rang, des espaces verts et de certains équipements de proximité où les annonces ambitieuses peinent parfois à se traduire en travaux concrets sur le terrain. Et c'est précisément sur cette seconde catégorie de projets que se jouera, sans doute, la véritable réussite de l'héritage urbain du Mondial 2030.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.