Afrique: Transformation bleue : l'avenir de l'alimentation se joue dans l'eau — Le continent au cœur de la stratégie de la FAO

26 Juin 2026
tribune

Des côtes aux grands lacs, le continent dispose des ressources nécessaires pour combler le déficit alimentaire : pour la FAO, une transformation durable des systèmes aquatiques peut devenir un levier majeur de développement, de nutrition et de résilience.

Un changement silencieux mais profond est en train de redessiner les systèmes agroalimentaires mondiaux. Il ne se joue pas sur la terre, mais dans l'eau. Entre océans, fleuves et lacs, la FAO identifie l'une des clés pour nourrir une population mondiale en croissance. C'est ce qu'elle appelle la Transformation bleue : un processus visant non seulement à produire davantage d'aliments aquatiques, mais aussi à le faire mieux, de manière durable, inclusive et résiliente.

La dernière édition du rapport sur La situation mondiale des pêches et de l'aquaculture, rapport phare connu sous le nom de SOFIA montre que cette transformation est déjà en cours. En 2024, la production mondiale de la pêche et de l'aquaculture a atteint 235 millions de tonnes, un niveau record, tandis que le commerce international du secteur s'élevait à 184 milliards de dollars. Aujourd'hui, près de 90 % de la production est destinée à la consommation humaine, contribuant à fournir des protéines essentielles à plus de trois milliards de personnes.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Le constat le plus marquant est que la demande continuera de croître. Au cours des dernières décennies, la consommation par habitant d'aliments aquatiques a plus que doublé, dépassant les 20 kilogrammes par an. Il s'agit d'une tendance structurelle appelée à se poursuivre. Mais cette croissance pose une question fondamentale : comment augmenter la production sans mettre en danger les écosystèmes et sans exclure les populations les plus vulnérables ? La réponse est claire : la croissance seule ne suffit pas, il faut transformer.

C'est ici que l'Afrique apparaît, non pas comme un maillon faible, mais comme un espace d'opportunités. Le continent dispose d'atouts considérables : des côtes étendues, de vastes systèmes lacustres et fluviaux, et un secteur halieutique déjà intégré dans les économies locales. Surtout, la demande y progresse rapidement et peut devenir un moteur de développement.

Aujourd'hui, les aliments aquatiques fournissent en moyenne 19 % des protéines animales en Afrique, avec des niveaux encore plus élevés dans certains pays. Dans le même temps, la disponibilité par habitant reste la plus faible au monde.

C'est dans ce paradoxe apparent que réside le potentiel :

La Transformation bleue permet de transformer un besoin en levier de croissance, en réduisant l'écart entre l'offre et la demande et en renforçant la sécurité alimentaire

En 2024, le continent a produit 7,1 millions de tonnes issues de la pêche maritime et 3,7 millions de tonnes provenant des eaux continentales, preuve que la base productive existe déjà. Mais le véritable saut qualitatif pourrait venir de l'aquaculture.

À l'échelle mondiale, l'aquaculture est le principal moteur de croissance du secteur. En Afrique, elle ne représente encore que 18 % de la production totale d'animaux aquatiques. Pourtant, elle connaît une expansion rapide, avec une croissance de 455 % depuis 2000, la plus élevée au monde. Cela signifie que la trajectoire est tracée – le défi est de l'accélérer en créant des conditions favorables aux investissements, à l'innovation et à la diffusion des technologies.

La Transformation bleue commence précisément par-là : avec des politiques capables d'accompagner cette dynamique. Il ne s'agit pas seulement de produire plus, mais de repenser l'ensemble du système alimentaire lié à l'eau afin de le rendre plus solide. Cela implique d'améliorer la gestion des pêcheries, aujourd'hui limitée par des contraintes biologiques et de plus en plus exposée au changement climatique.

Il s'agit également de renforcer les chaînes de valeur, de réduire les pertes et d'augmenter la valeur ajoutée locale. Dans de nombreux contextes africains, l'amélioration des infrastructures, de la conservation et de l'accès aux marchés peut accroître la disponibilité alimentaire sans augmenter la pression sur les écosystèmes.

Dans le même temps, un élément essentiel doit être pris en compte : l'intégration des aliments aquatiques dans les politiques de nutrition. En Afrique, où leur contribution protéique est déjà élevée, ils peuvent jouer un rôle décisif dans l'amélioration de la qualité des régimes alimentaires, notamment dans les régions où l'accès à une alimentation diversifiée et abordable reste limité.

Enfin, toute stratégie doit tenir compte des limites environnementales. Le changement climatique et la dégradation des écosystèmes représentent des menaces croissantes. Sans adaptation, la productivité pourrait diminuer dans les prochaines décennies, mettant en péril les progrès réalisés.

C'est pourquoi la Transformation bleue n'est pas seulement une politique sectorielle. C'est une vision à long terme qui relie production, nutrition, environnement et développement.

Pour l'Afrique, elle représente une opportunité majeure : transformer ses ressources naturelles en systèmes agroalimentaires plus solides, créer des emplois, améliorer la sécurité alimentaire et renforcer la résilience des communautés.

Le message est clair :

L'avenir de l'alimentation ne se jouera pas uniquement sur terre. Il se jouera de plus en plus dans l'eau — et l'Afrique a toutes les cartes en main pour en être protagoniste

---------------------------

Maurizio Martina est Directeur général adjoint de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.