Le ministre de la Sécurité sociale, Ashok Subron, avait parlé, lundi dernier lors de sa conférence de presse, après sa rencontre avec les syndicalistes sur la réforme proposée de la pension, d'une proposition qui concerne une disposition de ladite réforme qui sera plus tard impossible à modifier par un prochain gouvernement. L'argument du «verrouillage» juridique est une technique classique pour sanctuariser des réformes économiques, mais le dossier de la State Age Pension (SAP) vient de connaître un rebondissement.
Le «verrouillage» : L'intention initiale du gouvernement
Le gouvernement de l'Alliance du changement a initialement justifié le remplacement de la Basic Retirement Pension (BRP) universelle par la SAP ciblée par un impératif de soutenabilité des finances publiques et de protection à long terme. L'idée derrière l'inscription de critères stricts (comme le means test) dans une loi-cadre, ou dans le Finance Bill, est d'ancrer la réforme dans la structure légale du pays. Cela poursuit deux objectifs politiques et économiques.
D'abord, empêcher le revirement. Soit rendre difficile pour un futur gouvernement de réintroduire une pension universelle sans devoir modifier lourdement la loi de finances ou faire face à des contraintes budgétaires strictes.
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Ensuite, garantir la discipline budgétaire. Selon le gouvernement et les rapports d'experts, le coût de la pension universelle est devenu «insoutenable» (frôlant les 8 % du PIB). Fixer un ciblage légal permet de plafonner les dépenses de l'État de manière permanente.
Le revirement : Le «Means Test» a été gelé et abandonné
L'actualité a complètement bousculé cette stratégie. Face aux critiques généralisées au sein de l'opinion publique et à des tensions majeures entre les partenaires de la coalition gouvernementale (provoquant des menaces de démission), le Premier ministre Navin Ramgoolam a annoncé le lundi 22 juin le gel et l'abandon du mécanisme de means testing.
En effet moins de trois jours après la présentation du Budget 2026-2027, le ciblage des revenus (qui prévoyait de réduire ou supprimer la pension pour ceux touchant plus de Rs 14 000 par mois) a été retiré. Le gouvernement a concédé que l'application d'un test de ressources était rejetée par la population, qui considère la pension comme un droit universel acquis depuis 1958.
Ce recul politique va fragiliser les prévisions budgétaires, le Premier ministre ayant admis que l'abandon du ciblage aggravera le déficit public et la dette nationale. Le gouvernement cherche toujours des moyens de pérenniser le système de retraite, mais le projet de verrouiller l'exclusion des plus riches par un test de ressources est désormais écarté des débats de la loi de finances.
Pour Nita Deerpalsing, ancienne députée du Parti travailliste et ancienne Deputy Chairman of Committees au Parlement, il est essentiel que la question de la pension ne serve pas d'instrument électoral. «Dans l'esprit, je trouve que c'est une bonne chose, car la question de la pension ne doit pas être traitée comme un outil électoral. Mais la proposition du Comité des experts de modifier la loi afin d'empêcher toute modification future par un autre gouvernement est totalement inacceptable. Bann exper-la finn depas zot limit par boukou.»
Selon elle, pour empêcher qu'un autre gouvernement manipule la caisse publique pour en tirer des profits électoraux, il faut instaurer une Fiscal Responsibility Act qui limiterait les déficits à un certain seuil. Ce processus impose une responsabilité sur les futures administrations afin d'éviter des dépenses excessives qui impacteraient les générations futures. «En effet, si un gouvernement consacre ses ressources à des projets de grande envergure sans contrôle, il pourrait engendrer des conséquences désastreuses à long terme. La mise en place de clauses dans la législation pour contenir le déficit s'avère être une priorité pour empêcher des abus futurs de la part des dirigeants politiques.»
Selon l'ancienne députée rouge, le gouvernement ferait mieux de redoubler d'efforts dans la lutte contre la corruption au lieu de chercher à mettre au point un système de ciblage des pensions. «Il est évident que les décisions présentes auront des répercussions sur les décennies à venir. La prise en charge des problèmes économiques actuels, y compris la gestion des déficits, les pensions et les dépenses publiques, requiert une attention collective et une volonté politique ferme. Il faut s'engager à cibler les abus et promouvoir une gestion transparente et responsable des finances publiques.»
Pour Jocelyn Chan Low, historien et observateur éclairé de la scène politique, le gouvernement actuel n'a pas de mandat pour modifier le régime des pensions, et encore moins de modifier la loi pour verrouiller la réforme «C'est totalement anticonstitutionnel et antidémocratique. C'est une confiscation de la démocratie par des experts, des économistes et des actuaires. La question qu'il faut aussi poser c'est s'il y aura une majorité de trois quarts pour voter une loi pareille ?»
Khushal Lobine, député et leader des Nouveaux Démocrates, affirme de son côté que l'éducation gratuite, la santé gratuite et la pension universelle sont des piliers fondamentaux de la société mauricienne. Formé dans la Fabian Society, il considère que préserver l'État-providence est essentiel. Selon lui, ces éléments sont inestimables et représentent l'âme des Mauriciens, enracinés dans leur culture. Il insiste sur la nécessité de maintenir, voire de renforcer, ces valeurs pour assurer la cohésion sociale au sein d'une société multiculturelle.
Sa form parti ADN tou bann Morisien. Si on veut amener un changement comme la réforme électorale et la réforme constitutionnelle, il doit y avoir une consultation avec le public mauricien», affirme-t-il.