Tunisie: Pourquoi certains retraités n'ont pas touché l'augmentation de 5 % ?

27 Juin 2026

Les récentes augmentations des salaires et des pensions accordées en Tunisie pour l'année 2026 ravivent le débat sur l'efficacité des politiques sociales et sur la capacité de l'État à protéger les catégories les plus vulnérables.

Alors que les autorités ont appliqué une hausse de 5 % des rémunérations et des pensions, de nombreux bénéficiaires de faibles retraites affirment ne constater aucune amélioration concrète de leurs revenus, dans un contexte marqué par la hausse des prix et l'érosion continue du pouvoir d'achat.

Les petites pensions exclues de la hausse ?

La controverse dépasse désormais la seule question du pourcentage de l'augmentation. Elle porte essentiellement sur les modalités d'application de cette revalorisation et sur son impact réel auprès des retraités disposant des revenus les plus modestes.

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L'universitaire et économiste Ridha Chkandali a largement contribué à alimenter ce débat en dénonçant ce qu'il a qualifié de "mère des aberrations" dans l'application des augmentations décidées en 2026.

Dans une publication relayée sur les réseaux sociaux, l'économiste raconte avoir été sollicité par l'un de ses voisins retraités, dont la pension mensuelle ne dépasse pas 260 dinars. Ce dernier souhaitait savoir s'il bénéficierait de l'augmentation accordée aux retraités.

Convaincu dans un premier temps que tous les pensionnés étaient concernés, Ridha Chkandali affirme avoir découvert que la pension de son voisin était demeurée inchangée. Après des démarches auprès des services de la Caisse nationale de sécurité sociale, il leur aurait été indiqué que les pensions inférieures au salaire minimum garanti ne sont pas concernées par cette augmentation.

Selon cette interprétation, seuls les retraités dont les pensions dépassent le niveau du SMIG bénéficient effectivement de la hausse de 5 %.

Pour l'économiste, cette situation soulève une contradiction majeure avec le principe de l'État social. "Quel rôle social pour un État qui ignore ou exclut la catégorie de revenus la plus faible d'une augmentation ?", s'est-il interrogé.

Ridha Chkandali estime que les bénéficiaires des petites pensions auraient dû constituer la priorité des politiques de revalorisation, afin de leur assurer au minimum un revenu se rapprochant du salaire minimum garanti, devenu insuffisant face à l'augmentation du coût de la vie.

Cette polémique intervient alors que l'inflation continue de peser sur les ménages tunisiens. Les dépenses liées à l'alimentation, au transport, à l'énergie et aux services de base absorbent une part croissante des revenus, limitant fortement l'impact des augmentations salariales.

Retraites : l'augmentation de 5 % déjà absorbée par l'inflation

De son côté, l'expert en protection sociale Badr Semmaoui a apporté des explications techniques et juridiques concernant cette situation.

Intervenant sur les ondes d'Express, il a expliqué que la spécificité des augmentations de 2026 réside dans leur application simultanée à plusieurs régimes sociaux, contrairement aux années précédentes où les revalorisations étaient mises en oeuvre progressivement.

Cette situation a entraîné une multiplication des interrogations de la part des retraités et des bénéficiaires de faibles pensions.

Selon l'expert, une partie des petites pensions est complétée directement par l'État dans le cadre des aides sociales accordées aux familles démunies. Ainsi, l'augmentation de 5 % appliquée à la pension de base peut être compensée par une diminution de la contribution publique.

Au final, le montant global perçu par certains bénéficiaires demeure quasiment inchangé, ce qui explique l'absence d'effet visible de la revalorisation.

Badr Semmaoui reconnaît que cette situation peut se justifier d'un point de vue réglementaire, mais il considère qu'elle ne répond pas à la problématique sociale posée par la faiblesse des revenus.

L'expert appelle ainsi à la mise en place de nouveaux mécanismes permettant aux catégories les plus vulnérables de bénéficier effectivement des augmentations décidées. Il souligne également que les dates d'application des revalorisations diffèrent selon les régimes sociaux.

Les retraités affiliés à la Caisse nationale de sécurité sociale ont bénéficié de la hausse à partir de janvier 2026, avec le versement des rappels correspondants. D'autres régimes, notamment ceux des travailleurs indépendants, des artistes ou des créateurs, appliquent la revalorisation à partir d'avril 2026.

Certaines catégories, notamment les petits artisans, les agriculteurs ou encore les employés de maison, ne bénéficieront de la nouvelle augmentation qu'à partir de 2027 conformément aux textes réglementaires en vigueur.

L'expert met également en évidence plusieurs lacunes juridiques qui persistent depuis des années. Les Tunisiens résidant à l'étranger affiliés volontairement au régime de sécurité sociale attendent toujours la publication des textes d'application permettant la révision de leurs pensions selon l'évolution du niveau de vie.

La situation des victimes d'accidents du travail et des maladies professionnelles dans le secteur public demeure également en suspens, les dispositions réglementaires nécessaires n'ayant jamais été publiées.

Par ailleurs, les affiliés au régime complémentaire des pensions de la CNSS n'ont bénéficié d'aucune revalorisation récente, la valeur du point servant au calcul des pensions complémentaires n'ayant pas été révisée depuis 2019.

Au-delà des débats techniques et juridiques, les spécialistes s'accordent sur un constat : le principal défi demeure la perte du pouvoir d'achat. L'augmentation de 5 % apparaît insuffisante face à la hausse des prix des produits de base et au rythme de l'inflation. Pour de nombreux retraités, l'amélioration des revenus est rapidement absorbée par l'augmentation des dépenses quotidiennes.

Entre les critiques formulées par Ridha Chkandali et les explications apportées par Badr Semmaoui, une question continue ainsi d'alimenter le débat public : les augmentations de 2026 remplissent-elles réellement leur mission sociale ou les catégories les plus fragiles restent-elles, une nouvelle fois, à l'écart des mesures de revalorisation ?

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