Zimbabwe: 'Le Crocodile' prolonge son bail dans la mare présidentielle

L'acte 3 et antépénultième de la prolongation du mandat du président Emmerson Mnangagwa à la tête du Zimbabwe s'est joué ce 24 mai devant le Sénat. A 75 voix pour et 4 contre, la Chambre Haute du Parlement a approuvé la loi qui modifie la Constitution du pays.

Trois points fondamentaux sont modifiés : le mandat présidentiel passe du quinquennat au septennat ; le président zimbabwéen est désormais élu par le Parlement et non plus au suffrage universel direct ; le mandat parlementaire passe de cinq à sept ans.

Il ne reste plus que le président Emmerson Mnangagwa promulgue la loi dans un délai maximum de 30 jours, acte 4, pour avoir un bonus de 2 ans sur son deuxième mandat de 5 ans. Il resterait alors au pouvoir jusqu'en 2030 et qui sait ? L'appétit venant devant le repas, il remettrait à zéro le compteur de ses mandats présidentiels pour briguer un premier septennat et pourquoi pas un deuxième septennat.

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Celui qui est arrivé au pouvoir en 2017, poussant à la sortie par un coup d'État son ancien mentor, le père de l'indépendance et premier président, Robert Mugabé, pourrait donc rester scotché au fauteuil présidentiel jusqu'en 2044, c'est à dire pendant 24 ans. A déjà 83 ans bien sonnés, on se risque à dire de l'homme, comme de bien de dirigeants africains, qu'il est tenté par la présidence à vie.

Du reste, l'opposition zimbabwéenne ne s'est pas trompée quand, dès l'acte 1, l'ébauche de ce projet de loi en février 2026, elle avait crié à la forfaiture " d'un coup d'État constitutionnel en préparation". Elle tenta alors de mobiliser la société civile et la rue, en vain. La faute au manque de moyens financiers, logistiques et médiatiques dans un pays où le parti au pouvoir est presqu'un parti État et n'hésite pas à user de l'intimidation, du harcèlement policier, des arrestations et de la violence.

Il faut dire que la ZANU/PF a gardé ses vieilles méthodes de la lutte armée pour l'indépendance et une ligue de vétérans de cette guerre de libération très active quand il s'agit de défendre le pouvoir en place. En outre, quand le parti au pouvoir est largement majoritaire à l'Assemblée nationale, les projets de loi du gouvernement y passent plus facilement qu'une lettre à la poste.

En effet, l'acte 2 de la modification intuitu personae de la Constitution s'est joué le 18 juin sans fioriture à la Chambre Basse du Parlement où 216 députés contre 42 ont donné quitus au gouvernement d'Emmerson Mnangagwa. Du reste, après ce vote d'enregistrement de l'Assemblée nationale, " Le Crocodile" est sorti de la rivière débordante des pro dadas de ses soutiens pour assener que cette modification de la loi fondamentale est pour '' renforcer la stabilité politique et la continuité des politiques afin que les programme de développement puissent être menés à bien". Pour le référendum constitutionnel et l'alternance réclamés par l'opposition, il faudra repasser.

Emmerson Mnangagwa et son parti n'ont pas inventé la roue de l'unilatéralisme des partis-État supra majoritaires dans les démocraties patrimoniales. Dans ces "royaumes" de despotes non éclairés, des patriarches restent cramponnés aux rênes du pouvoir pendant que la kirielle de courtisans corrompent ou violentent les lois et les opposants. Si non, le seul surnom de "Crocodile" que les Zimbabwéens ont donné au dauphin devenu régicide qu'est Mnangagwa, " en raison de sa cruauté" , est à lui seul un argument massue pour que la majorité des électeurs ne votent pas pour lui, même pour un seul mandat, dans un scrutin ouvert et sincère.

Hélas, au Zimbabwe comme partout ailleurs, les faiblesses du système de gouvernance, peuvent être encore plus foireuses à cause de l'immoralité de ceux qui gouvernent !

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