Tunisie: Transition énergétique - Mohamed Sadok Guellouz plaide en faveur de projets renouvelables de grande capacité et du développement de l'e-kérosène au pays

Tunis — Pour réussir sa transition énergétiqe, la Tunisie gagnerait à emprunter la piste des carburants verts, à adapter son réseau électrique aux énergies renouvelables et à renforcer la synergie entre la recherche scientifique et le monde industriel, recommande le professeur et chercheur en génie énergétique Mohamed Sadok Guellouz, dans un entretien accordé à l'agence TAP, en marge d'un atelier de haut niveau tenu récemmment,à Tunis, sur à la modélisation énergétique au service de la transition énergétique en Tunisie et en Afrique.

Entre modélisation des réseaux, solutions de stockage innovantes et production de carburants durables, l'expert, maître de conférence en génie de l'aéronautique à l'Ecole nationale d'Ingénieurs de Bizerte a dessiné les contours d'une souveraineté énergétique qui pourrait transformer le pays en un carrefour logistique régional.

Face aux retards accumulés sur les objectifs de transition, Guellouz, qui est également, membre d'une équipe de recherche du Laboratoire d'Etudes des Systèmes Thermiques et Energétiques de l'ENIM à Monastir, sur les modèles énergétiques appropriés pour accompagner la transition vers un système énergétique durable en Tunisie, souligne que le ministère a désormais trouvé la formule pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables.

Il insiste sur la nécessité de privilégier des projets de grande capacité (500 MW) tout en simplifiant drastiquement les procédures administratives. Selon lui, si la Tunisie bénéficie d'un taux de raccordement électrique exceptionnel de plus de 99 %, l'enjeu réside aujourd'hui, dans l'adaptation du modèle énergétique national et de l'architecture du réseau électrique aux spécificités d'une production électrique renouvelable qui est par essence distribuée géographiquement et variable dans le temps.

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Le stockage, clé de voûte de la sécurité énergétique

L'intermittence du solaire et de l'éolien impose, selon le professeur de génie énergétique, une stratégie de stockage différenciée pour garantir la stabilité du réseau, notamment la nuit. Pour le stockage à court terme, il a fait remarquer que les technologies de batteries ont réalisé des progrès significatifs en termes de capacité et de coûts. Toutefois, pour le stockage saisonnier à long terme, Guellouz révèle que la STEG examine la piste du pompage-turbinage (STEP) à Oued El Meleh à Jendouba pour une capacité de 400 à 600 MW.

Ce système permet de stocker l'énergie excédentaire en pompant l'eau vers un réservoir supérieur, pour la turbiner ensuite lors des pics de consommation. A travers cette technique qui sert de "gigantesque batterie à eau", l'eau est pompée vers le haut lors des surplus d'énergie et turbinée pour produire de l'électricité lors des pics de consommation.

L'e-kérosène : Une opportunité économique majeure pour la Tunisie

Le volet le plus prometteur des recherches concerne l'hydrogène vert et ses dérivés, selon Guellouz. Il cite, à titre d'exemple, une étude démontrant qu'à l'horizon 2050, la Tunisie serait capable de produire du "e-kérosène" (carburant d'aviation durable ou Sustainable Aviation Fuel (SAF) à partir d'hydrogène vert et de CO2 capté dans l'air). Ce carburant vert serait 25 % moins cher que celui produit en Europe et 20 % moins cher qu'aux États-Unis.

Cette compétitivité pourrait, selon lui, transformer la Tunisie en un relais stratégique pour les compagnies aériennes et maritimes. En proposant des carburants décarbonés dans ses ports et aéroports, le pays attirerait de nouveaux flux de marchandises, réduisant ainsi les coûts de transport pour les exportations et importations tunisiennes, qui ne dépendraient plus des hubs européens.

Une nouvelle architecture de réseau

Le passage des centrales thermiques classiques, situées sur les côtes pour le refroidissement, vers des centrales renouvelables situées au sud et à l'ouest, impose une refonte totale de l'architecture du réseau électrique, estime encore le chercheur. Les outils de modélisation utilisés par les chercheurs permettent de diriger les investissements vers les zones prioritaires. "Si le réseau actuel peut absorber la production additionnelle jusqu'en 2030, des renforcements majeurs seront indispensables dès 2035", a-t-il indiqué.

Interrogé sur l'utilité des recherches sur la modélisation énergétique et si les scénarios de simulation sont pris en compte par les décideurs et les cercles d'exécution, le chercheur souligne qu'une collaboration étroite avec le ministère de l'Industrie et la STEG est déjà établie et que celle-ci est essentielle pour transformer ces modélisations en décisions concrètes pour l'avenir énergétique du pays. Il appelle ainsi, à une synergie accrue entre la recherche scientifique, le monde industriel et les décideurs politiques, plaidant en faveur d'une "grande volonté" d'agir pour tirer meilleur profit du potentiel des énergies renouvelables existant en Tunisie.

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