La Guinée-Bissau traverse une nouvelle séquence politique particulièrement délicate. Alors qu'une mission de haut niveau de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest est en séjour à Bissau, de nombreuses voix s'inquiètent de la tournure prise par la transition militaire en vue de précipiter un agenda électoral non inclusif et consensuellement acté. Confidentiel Afrique révèle en exclusivité les dessous de ce forcing imposé par le général Horta N'Tam et sa garde rappeochée.
Au coeur des critiques figurent la préparation du calendrier électoral, la marginalisation de l'opposition et le sort réservé à plusieurs figures politiques majeures du pays.
Dérives de la CEDEAO à Bissau
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Une importante délégation de la CEDEAO est arrivée à Bissau dans le cadre d'une mission de médiation et d'évaluation. Elle est conduite par le ministre sierra-léonais des Affaires étrangères et comprend notamment le président de la Commission de la CEDEAO, ainsi que les ministres sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Niang, et de la Défense, Yankoba Diémé.
Cette visite intervient dans un contexte de fortes tensions politiques, alors que les autorités de transition cherchent à accélérer la mise en oeuvre d'un agenda électoral qui suscite de profondes réserves au sein de l'opposition et d'une partie de la société civile.
Selon plusieurs sources politiques consultées par ConfidentielAfrique, les autorités militaires envisagent l'organisation d'un référendum constitutionnel dès septembre 2026, avant des élections présidentielle et législative couplées en décembre de la même année.
Ce calendrier est dénoncé par les opposants qui estiment qu'il n'a fait l'objet d'aucune concertation véritable avec les partis politiques ni avec les organisations de la société civile. Ils reprochent également au pouvoir d'imposer de manière unilatérale une réforme du système électoral à travers le Conseil national de transition, sans consensus national.
Pour ces acteurs, une telle démarche risque de compromettre la crédibilité des futures consultations électorales et de fragiliser davantage les institutions.
Y'a-t-il un deal entre le général Horta N'Tam et la Cedeao ?
Au sein des milieux politiques critiques du pouvoir, la mission régionale est observée avec beaucoup de scepticisme. Certains estiment que la CEDEAO se montre trop conciliante vis-à-vis des autorités militaires et ferme les yeux sur ce qu'ils qualifient de dérives autoritaires.
Ces critiques traduisent une inquiétude plus large: celle de voir la communauté régionale privilégier un retour rapide au calendrier électoral au détriment d'un véritable dialogue inclusif entre les différentes forces politiques du pays.
Au-delà du calendrier électoral, plusieurs questions demeurent sans réponse. La première concerne la situation de Domingos Simões Pereira, figure majeure de l'opposition, dont les partisans affirment qu'il demeure en résidence surveillée.
La seconde porte sur le cas de Fernando Dias da Costa, présenté par certaines sources comme le véritable vainqueur de la dernière élection présidentielle, dont le statut politique continue d'alimenter les controverses. Sa victoire sans ambages avait été confisquée par le président déchu Umaro Sissoco Embalo soutenu par un groupe d'officiers fidèles à son plan d'isoler son principal rival politique.
Ces deux dossiers restent au centre des préoccupations de l'opposition, qui y voit un obstacle majeur à toute normalisation de la vie politique.
Probable retour de Umaro Sissoco Embalo
Autre élément alimentant les spéculations : un éventuel retour de Umaro Sissoco Embaló. Des sources sécuritaires évoquent cette possibilité, estimant qu'il pourrait bénéficier du soutien des autorités militaires pour reprendre une place de premier plan dans le paysage politique.
Cette hypothèse nourrit les interrogations sur les véritables équilibres de pouvoir à Bissau et sur les relations entre les dirigeants de la transition et l'ancien chef de l'État, vadrouillant d'un pays à l'autre.
À quelques mois des échéances électorales annoncées, la Guinée-Bissau apparaît plus que jamais à la croisée des chemins. Entre volonté affichée de rétablir l'ordre constitutionnel et accusations d'exclusion politique, la réussite de la transition dépendra largement de la capacité des autorités à instaurer un dialogue crédible avec l'ensemble des acteurs nationaux.
Pour la CEDEAO, la mission actuellement en cours constitue un test important. Son aptitude à favoriser un processus consensuel et transparent sera déterminante pour préserver la stabilité d'un pays dont l'histoire politique demeure marquée par les crises institutionnelles et les interventions militaires.
