Afrique: Les enfants lésés dans la préparation de nouveaux antibiotiques

30 Juin 2026

Londres — Selon une nouvelle analyse, la production d'antibiotiques par les grandes entreprises pharmaceutiques a considérablement ralenti au cours des cinq dernières années. Laissant les enfants des pays à revenu faible et intermédiaire particulièrement exposés aux infections difficiles à traiter.

Le rapport, produit par la Fondation pour l'accès aux médicaments, a paru dans un contexte de crise mondiale croissante de la résistance aux antimicrobiens (RAM), où les médicaments utilisés pour traiter des infections mortelles deviennent inefficaces.

Des recherches antérieures montrent que la RAM est responsable de plus de quatre millions de décès chaque année et que ce nombre devrait dépasser les huit millions d'ici 2050.

"Le sous-investissement chronique, la faiblesse des programmes de développement et le désintérêt croissant du secteur privé font souffrir les communautés touchées par les infections résistantes aux médicaments"John-Arne Røttingen, Wellcome

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Malgré cette menace croissante, le nombre de médicaments antimicrobiens en développement chez les grandes sociétés pharmaceutiques axées sur la recherche a diminué de 35 % depuis 2021, selon ce rapport publié en mars 2026.

Le rapport souligne en particulier le manque criant d'antibiotiques destinés aux enfants. Seuls 14 % des médicaments en développement par les entreprises évaluées sont destinés aux enfants de moins de cinq ans. D'ailleurs, en Afrique subsaharienne, 17 pays ne disposent d'aucun antibiotique pédiatrique provenant de ces entreprises.

« Le sous-investissement chronique, la faiblesse des programmes de développement et le désintérêt croissant du secteur privé font souffrir les communautés touchées par les infections résistantes aux médicaments », a déclaré John-Arne Røttingen, directeur général de la fondation caritative Wellcome, qui cofinance le programme de lutte contre la résistance aux antimicrobiens de la Fondation pour l'accès aux médicaments.

Bien que de grandes entreprises pharmaceutiques comme GSK prévoient de commercialiser quelques nouveaux médicaments dans les années à venir, leur disponibilité et leur accessibilité financière pourraient être limitées dans les régions à faibles revenus, redoute le rapport.

Le rapport a examiné la situation de 25 entreprises et a constaté que sept médicaments en phase finale de développement promettent de traiter des infections qui ont démontré une résistance à d'autres antibiotiques existants, allant de la gonorrhée aux infections des voies urinaires (IVU) en passant par la tuberculose résistante aux médicaments.

Le géant pharmaceutique britannique GSK est impliqué dans trois d'entre eux, dont l'antibiotique contre les infections urinaires déjà approuvé, la gépotidacine, tandis que les autres médicaments proviendront de sociétés plus petites comme Venatorx et Innoviva.

Le rapport ajoute que toutes les entreprises impliquées dans le développement de ces nouveaux antimicrobiens prévoient de faire enregistrer leurs médicaments, de mettre en oeuvre des programmes d'accès précoce et de veiller à ce que les patients participant aux essais cliniques puissent accéder aux médicaments à la fin des études.

Parmi ces sept antimicrobiens en développement, seuls deux, en l'occurrence ceux d'Innoviva et d'Otsuka, devraient être disponibles à un prix abordable dans les pays à revenu faible et intermédiaire, selon l'analyse de la Fondation pour l'accès aux médicaments. Celle-ci a examiné la manière dont les entreprises ont géré les questions relatives à la disponibilité, l'accessibilité financière et l'approvisionnement continu des médicaments dans ces pays.

« Alors que ces traitements sont sur le point d'être commercialisés, les lacunes actuelles dans la planification de l'accès pourraient entraîner des retards de traitement -- voire un accès impossible -- pour des millions de personnes dans les pays à revenu faible ou intermédiaire », indique le rapport.

Incitations

Martijn Van Gerven, responsable du programme de recherche sur la résistance aux antimicrobiens (RAM) à la Fondation pour l'accès aux médicaments, a déclaré à SciDev.Net que les entreprises ont besoin d'incitations externes pour rendre leurs médicaments largement disponibles.

Par exemple un soutien des gouvernements à la recherche et au développement ou alors des systèmes de garantie de revenus, tels que ceux mis en place au Royaume-Uni.

Les antibiotiques sont coûteux à produire et ne sont pas utilisés en continu, ce qui en fait un investissement peu attractif pour de nombreuses entreprises, a expliqué Van Gerven.

Le modèle d'abonnement fonctionne lorsque les gouvernements paient un abonnement pour les médicaments, afin de garantir leur disponibilité quelles que soient les fluctuations du marché. Mais pour être efficace, ce modèle doit être mis en oeuvre à l'échelle mondiale, avait déclaré John-Arne Røttingen, de Wellcome, lors d'une conférence de presse à Londres en mars 2026.

Bien que la plupart des entreprises étudiées dans le rapport prévoient de rendre leurs produits accessibles, le problème réside dans le manque de précision de ces plans, avait souligné Claudia Martinez, directrice de la recherche à la Fondation pour l'accès aux médicaments, lors de cette conférence de presse.

« Ce que nous souhaitons, c'est qu'il n'y ait pas un délai important entre l'inscription et la disponibilité », a-t-elle affirmé.

La plupart des antibiotiques vendus dans le monde proviennent de fabricants de génériques, des entreprises qui produisent des médicaments génériques, moins chers. Ce sont ces médicaments qui sont principalement vendus dans les pays à revenu faible et intermédiaire.

Le rapport de Benchmark a analysé la situation de dix fabricants de médicaments génériques, dont Abbott, Hikma et Sandoz, et a constaté que six d'entre eux suivaient le nombre de patients bénéficiant de leurs produits dans les pays à revenu faible et intermédiaire.

Sandoz et Viatris étaient les seules entreprises à effectuer ce suivi pour l'ensemble de leurs médicaments. Fresenius Kabi et Alkem ne divulguent pas les détails de leurs méthodes de suivi des patients, selon le rapport.

Pour Ayodele Majekodunmi, épidémiologiste nigérian spécialiste de l'approche « Une seule santé » et directeur exécutif de la société de données Ajisefini Consulting, le véritable facteur décisif pour atteindre les pays à revenu faible et intermédiaire est de s'assurer qu'au moins une partie de la production ait lieu dans ces pays pour faire baisser les prix.

Partenariats

Cela peut se faire lorsque les grandes entreprises pharmaceutiques nouent des partenariats et transfèrent leurs connaissances à d'autres entreprises des pays du Sud, ou lorsqu'elles implantent des usines dans des régions à faibles revenus, explique Ayodele Majekodunmi.

Cette dernière qui dirige également le Programme de sécurité sanitaire de l'Organisation mondiale de la santé animale pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre, ajoute que dans le premier cas, ces pays sont moins vulnérables face à une éventuelle décision des grandes entreprises pharmaceutiques de quitter un marché donné.

« Lorsque des entreprises locales appartiennent à des opérateurs nationaux, elles ne peuvent pas partir. La propriété et l'investissement locaux sont donc absolument nécessaires », soutient Majekodunmi dans un entretien avec SciDev.Net .

Anand Anandkumar, fondateur de la société biopharmaceutique indienne Bugworks, a confié à SciDev.Net qu'il met en oeuvre une stratégie visant à garantir que les nouveaux antibiotiques de sa société -- qui n'ont pas encore fait l'objet d'essais cliniques -- atteignent le plus grand nombre de personnes possible dans le monde une fois qu'ils seront prêts à être commercialisés.

Selon ce dernier, Bugworks collabore avec le Partenariat mondial pour la recherche et le développement d'antibiotiques (connu sous le nom de GARDP) afin de rendre ses produits abordables.

Sous réserve des approbations réglementaires, Anandkumar prévoit que ses antibiotiques seront fabriqués en Inde et que GARDP contribuera à leur stockage en vue de leur distribution en Amérique latine et en Afrique.

« Je pense que si l'on garantit des volumes suffisants, les fabricants indiens peuvent produire une tonne de produits pour la majeure partie du monde en développement », a-t-il déclaré.

Dans un communiqué de presse, Tony Wood, directeur scientifique de GSK, a déclaré que l'entreprise utilise des technologies de pointe pour apporter des innovations indispensables aux patients, notamment un nouvel antibiotique novateur lancé l'an dernier.

« Bien que ces progrès soient encourageants, ils ne suffisent pas et le rapport publié aujourd'hui souligne la nécessité pour les gouvernements et l'industrie de collaborer afin d'améliorer les incitations économiques à la R&D et de mettre en oeuvre de meilleurs modèles d'accès et de gestion des médicaments », précise le communiqué.

La version originale de cet article a été produite par l'édition mondiale de SciDev.Net.

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