Mali: Le procureur s'oppose à la libération provisoire du journaliste Chahana Takiou, délibéré le 6 juillet

Le journaliste malien Chahana Takiou comparaissait lundi 29 juin devant le pôle judiciaire spécialisé contre la cybercriminalité, à Bamako. Emprisonné depuis le 9 juin, le directeur du journal 22 Septembre est accusé d'« atteinte au crédit de l'État à travers l'institution judiciaire » pour avoir dénoncé publiquement le détournement du droit de la presse par la justice malienne et par ce pôle anti-cybercriminalité devant lequel il sera jugé le 27 juillet. Dans l'attente du procès, les avocats du journaliste ont demandé sa libération provisoire pour raisons de santé. Le procureur s'y est opposé.

L'audience, publique, a duré environ 1h30. Selon plusieurs personnes présentes dans le tribunal, il n'a pas été question du fond - les propos de Chahana Takiou sur la justice malienne - mais uniquement de sa demande de libération provisoire.

Ses avocats et le journaliste lui-même ont expliqué les raisons qui, selon eux, la justifiaient. Chahana Takiou, qui souffre de diabète et de problèmes cardiovasculaires, a rappelé son opération chirurgicale en 2023, et le suivi rigoureux auquel il est soumis depuis pour éviter une crise cardiaque, documents médicaux à l'appui.

Risque de fuite

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Les représentants du contentieux de l'État et le procureur du pôle anti-cybercriminalité ont quant à eux clairement exprimé leur opposition à cette demande de libération. Sollicité par RFI, le procureur Adama Coulibaly n'a pas donné suite, mais l'entourage de Chahana Takiou estime que le procureur a tenté de « banaliser » les pathologies dont souffre le journaliste. Surtout, le procureur du pôle anti-cybercriminalité a invoqué un risque de fuite.

Garanties

Les avocats du journaliste ont réfuté cette intention et avancé que le soutien affiché par la Maison de la presse constituait même une garantie supplémentaire. La Maison de la presse, qui représente les associations maliennes de journalistes, a publiquement dénoncé l'emprisonnement de Chahana Takiou ainsi que de deux autres journalistes actuellement détenus, et prôné « les échanges institutionnels » pour obtenir leur libération.

Proche des autorités de Transition, son président Bandiougou Danté a assisté à l'audience, sans prendre la parole. « Nous allons continuer dignement nos démarches », a simplement commenté un dirigeant de la Maison de la presse, sans en dire davantage sur les initiatives en cours.

Le tribunal rendra sa décision sur la libération provisoire de Chahana Takiou lundi 6 juillet prochain. Le procès du journaliste, pour « atteinte au crédit de l'État à travers l'institution judiciaire », doit avoir lieu le 27 juillet.

L'association Reporters sans frontières (RSF) estime que Chahana Takiou et les autres journalistes maliens emprisonnés sont victimes de « détentions arbitraires » et estime qu'« en près de six ans de transition, le régime d'Assimi Goïta a profondément dégradé les conditions d'exercice de la presse, en instrumentalisant la justice contre les médias ».

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