Dakar — L'utilisation de l'eau de la Falémé pour faire de l'agriculture et approvisionner les ménages et le bétail a entraîné des dermatoses et des avortements chez plusieurs femmes, ainsi qu'une baisse des rendements agricoles, selon une enquête du Centre d'action pour le développement et la recherche (CADRE), a-t-on appris, lundi, à Dakar, du chercheur Papa Faye, son secrétaire exécutif.
Ce centre de recherche a mené "une enquête de perception" sur les conséquences de la pollution de la Falémé sur les riverains.
"Il est ressorti de cette enquête que l'élevage est fortement impacté par l'apparition de nouvelles maladies, des avortements chez les animaux et des dermatoses chez les femmes qui utilisent l'eau de la Falémé pour leurs activités ménagères", a dit M. Faye à des journalistes, lors d'un atelier du CADRE et de l'International Budget Partnership (IBP), une organisation non gouvernementale destinée à la promotion de l'inclusion budgétaire en Afrique francophone.
Les populations, la faune et le bétail vivant près de la Falémé - un affluent du fleuve Sénégal - sont victimes de la pollution de son eau, selon lui.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
"Ça affecte le bétail, la faune aussi. Il y a aussi des dermatoses chez les femmes qui lavent la vaisselle ou le linge au bord de la Falémé. Des avortements ont également été signalés chez les femmes", a déclaré le secrétaire exécutif du CADRE.
D'après Papa Faye, des études restent à faire pour savoir si la pollution du fleuve est la "cause directe" ou pas des avortements et des dermatoses signalés.
"On a vu des rendements agricoles baisser. Le pourrissement des produits agricoles en contact avec l'eau de la Falémé s'est accéléré. Effectivement, la pollution du fleuve affecte le bien-être des populations", a ajouté Papa Faye.
Docteur en sociologie et en anthropologie, il est également chercheur associé de plusieurs institutions.
Des activités minières se sont développées autour de la Falémé, ce qui engendre des défis environnementaux et sécuritaires dans les collectivités territoriales situées près de ce cours d'eau.
En octobre 2024, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a ordonné la suspension de ces activités sur un rayon de 500 mètres de la Falémé.
Des communes sénégalaises et maliennes sont en train d'élaborer un programme de coopération transfrontalière destiné à renforcer la gestion des ressources naturelles et à atténuer l'impact environnemental des activités minières menées autour de la Falémé, a annoncé Mamadou Fadé, un facilitateur de l'International Budget Partnership.
"Il s'agit du Réseau de résilience des zones transfrontalières, qui vise à mutualiser les moyens et les ressources", a-t-il expliqué lors de l'atelier de l'IBP et du CADRE, ajoutant que les auteurs de cette initiative veulent "mettre en place une intercommunalité transfrontalière, qui regroupe quatre communes maliennes et six communes sénégalaises".
Ballou, Bélé, Kidira, Gathiary, Médina Foulbé et Sadatou sont les communes concernées au Sénégal. Au Mali, l'initiative concerne les municipalités de Sadiola, Falémé, Tafasirga et Fégui.