Représentant au Sénégal du cabinet suédois Sweco et expert en biomasse, Dr Lamine Ndiaye plaide pour une intégration du biogaz industriel dans la stratégie énergétique nationale. Selon lui, cette filière peut contribuer à la gestion des déchets, à la production d'énergie, au développement agricole et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
En quoi le biogaz complète-t-il les investissements réalisés dans la transition énergétique ?
Nous parlons depuis plusieurs années de transition énergétique. Celle-ci se traduit notamment par le développement des énergies renouvelables telles que le solaire, l'éolien et la biomasse. Le biogaz fait justement partie de cette dernière catégorie.
Comme le solaire et l'éolien, le biogaz permet de produire de l'électricité. Mais il va bien au-delà. Il répond simultanément à quatre enjeux majeurs.
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Le premier est environnemental, avec la gestion des déchets organiques. Ces déchets émettent du méthane, un gaz à effet de serre dont l'impact sur le réchauffement climatique est beaucoup plus important que celui du dioxyde de carbone.
Le deuxième enjeu concerne l'accès à l'énergie. Le biogaz peut contribuer à l'atteinte des objectifs du Sénégal en matière d'énergies renouvelables.
Le troisième volet touche à l'agriculture. Le biogaz produit du digestat, un fertilisant naturel qui constitue, à mes yeux, un coproduit extrêmement important.
Enfin, il contribue à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Nous sommes donc dans une logique d'économie circulaire où rien ne se perd et tout se transforme. Le biogaz complète ainsi les investissements du Jetp dans le solaire et l'éolien.
Quel est le potentiel du Sénégal dans ce domaine ?
Nous pensons qu'après le développement du solaire photovoltaïque et l'exploitation du gaz naturel et du pétrole, la prochaine grande stratégie énergétique du Sénégal devrait être celle du biogaz industriel.
Le pays génère environ 3.000 tonnes de déchets par jour, dont une part importante est constituée de matières organiques. Cela représente un gisement considérable. À cela s'ajoutent les volumes accumulés dans les décharges.
Ces déchets constituent une ressource qui pourrait être valorisée pour produire de l'énergie. Le Sénégal gagnerait beaucoup à les transformer en gaz de cuisson, en électricité ou encore en carburants verts destinés à la mobilité durable.
Le biogaz peut-il jouer un rôle dans le secteur des transports ?
Absolument. L'État a déjà engagé plusieurs programmes dans le domaine des transports. Certains projets prévoient notamment le recours au gaz naturel pour alimenter les bus.
Le biogaz peut parfaitement s'inscrire dans cette dynamique grâce au biométhane qui en est issu. Le gaz naturel est principalement composé de méthane. Le biogaz contient lui aussi du méthane. Une fois épuré et comprimé, il devient du biométhane qui peut être utilisé comme carburant sous forme de Biognv (bio-gaz naturel véhicule).
Quels financements sont nécessaires pour développer cette filière ?
Tous les financements destinés aux infrastructures peuvent contribuer au développement du biogaz.
Cependant, compte tenu de son impact positif sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, les mécanismes de finance carbone ont un rôle central à jouer. Je pense notamment aux fonds climat, aux fonds verts et à tous les dispositifs de financement liés à la lutte contre le changement climatique.
Le partenariat public-privé constitue également un modèle pertinent pour financer ce type d'investissements.
Quelles mesures faut-il encore prendre pour accélérer le développement du biogaz industriel ?
L'État a déjà réalisé des avancées importantes sur le plan réglementaire. Le principal défi concerne désormais l'accès à la ressource.
Les déchets existent en quantité importante, mais ils sont dispersés sur le territoire. Il faudra mieux organiser leur collecte, améliorer le partage des données et mettre en place une véritable plateforme nationale des déchets.
Des mesures d'incitation à l'investissement seront également nécessaires. Les projets de méthanisation exigent des investissements conséquents. Un accompagnement adapté permettra d'attirer davantage d'investisseurs.
Enfin, il faudra définir des normes précises pour le biométhane et les carburants verts issus du biogaz. Comme nous l'avons rappelé durant nos échanges : si l'État veut, l'État peut.
Comment intégrer davantage le biogaz dans la stratégie énergétique nationale ?
Je pense qu'il faut faire du biogaz une véritable priorité nationale. Aujourd'hui, la politique énergétique repose principalement sur le solaire et les énergies conventionnelles. L'éolien est également présent, mais son développement reste essentiellement lié au réseau électrique.
Le biogaz mérite la même attention. Il peut apporter des bénéfices considérables sur les plans énergétique, environnemental, agricole et économique.
L'objectif de porter la part des énergies renouvelables à 30 % ou 40 % d'ici à 2030 est-il atteignable ?
Oui, cet objectif est atteignable. L'État continue de mobiliser des financements internationaux pour accélérer l'accès à l'électricité et renforcer la transition énergétique.
Le biogaz peut accompagner cet effort. Le biogaz domestique est utile, mais le véritable changement viendra du biogaz industriel développé à grande échelle.
C'est cette dimension industrielle qui permettra de contribuer significativement à l'accès universel à l'électricité et à l'atteinte des objectifs énergétiques du Sénégal dans les années à venir.