Réunis hier devant le Parlement, plusieurs dirigeants syndicaux, formant la Platform Komun Syndikal, ont affiché un front commun contre la réforme des pensions annoncée dans le Budget 2026-2027. Leur revendication: un retour à la pension universelle à 60 ans, telle qu'elle existait avant les élections générales de2024. Ils dénoncent également un manque de concertation et réclament davantage de précisions sur plusieurs mesures qu'ils jugent encore floues.
Pour Haniff Peerun du Mauritius Labour Congress, de nombreuses zones d'ombre persistent autour de la création du National Pension and Provident Fund (NPPF), appelé à remplacer le système actuel. Il s'interroge notamment sur le devenir des cotisations versées sous la Contribution sociale généralisée. «Les travailleurs ont contribué. Où est passé cet argent ? Va-t-il être transféré vers la NPPF ?» questionne-t-il. Face à ce qu'il qualifie «d'anomalies», il réclame une enquête ainsi qu'un nouveau Budget afin que la voix des travailleurs soit davantage prise en considération.
Jane Ragoo, de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), partage les mêmes inquiétudes. Selon elle, les nouvelles modalités créent des inégalités entre les bénéficiaires. Elle rappelle que les personnes ayant atteint 60 ans avant 2024 perçoivent actuellement une pension plus élevée que celles qui entreront dans le nouveau dispositif. Pour la syndicaliste, la pension universelle doit rester un droit pour tous les Mauriciens âgés. Elle plaide également pour une revalorisation de la pension en fonction du salaire minimum et interpelle le gouvernement sur son absence de dialogue avec les organisations syndicales.
«Démantèlement progressif»
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Le négociateur de la General Workers Federation (GWF), Ashvin Gudday, estime que le gouvernement répète les erreurs commises lors de la précédente réforme. Selon lui, le retrait du means testing sous la pression populaire ne change pas le fond du problème. «Une personne peut certes partir plus tôt, mais avec une pension réduite. Ce sont les plus vulnérables qui seront pénalisés», affirme-t-il.
Il rappelle qu'à travers les impôts et la consommation, chaque citoyen contribue aux finances publiques, tout au long de sa vie. Dans un contexte marqué par la cherté de la vie et la pénibilité de nombreux métiers, demander aux Mauriciens de travailler jusqu'à 70 ans constitue, selon lui, une atteinte à leur dignité.
Même son de cloche chez Deepak Benydin, de la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions. Le syndicaliste estime que le gouvernement entretient la confusion autour de la réforme. Il évoque des messages contradictoires adressés aux retraités concernant le maintien de leurs prestations. Selon lui, la réforme s'apparente à un «démantèlement progressif» du système actuel. Il s'interroge également sur la place grandissante accordée au secteur des assurances dans la gestion des retraites, évoquant notamment le rôle de la SICOM. «Est-on en train de privatiser progressivement notre système de pension ?» demande-t-il, tout en annonçant la poursuite des manifestations pacifiques.
Pour Atma Shanto, de la Fédération des travailleurs unis, le retrait du means testing démontre que la mobilisation syndicale et populaire a porté ses fruits. Toutefois, il accuse le gouvernement de privilégier les recommandations d'institutions internationales plutôt que le dialogue avec les partenaires sociaux. «Il n'y a pas eu de véritable consultation avec les centrales syndicales», regrettet-il, annonçant déjà de nouvelles manifestations. Clency Bibi, de la GWF, appelle les associations de personnes âgées à rejoindre le mouvement. Il affirme que les syndicats n'ont jamais demandé le démantèlement du National Pensions Fund ni celui de la Basic Retirement Pension et réitère l'opposition de la GWF à toute forme de ciblage.
Le président de la CTSP, Reeaz Chuttoo, s'inquiète quant à lui des conséquences du futur NPPF. Selon lui, l'intégration progressive du Portable Retirement Gratuity Fund et du National Savings Fund risque de remettre en cause le versement de la gratuity à la retraite. Il estime également que les nouvelles dispositions réduiraient la contribution patronale au détriment des travailleurs. «On n'a jamais discuté de l'abolition du lump sum. Les travailleurs devront se mobiliser.»
Narendranath Gopee, de la National Trade Unions Confederation, conclut en dénonçant un déficit de dialogue social. Selon lui, la multiplication des manifestations traduit le malaise grandissant entre le gouvernement et les partenaires sociaux. Il appelle les autorités à renouer le dialogue avec les syndicats avant toute réforme d'une telle ampleur. «Il faut protéger les retraités et trouver d'autres moyens de faire entrer de l'argent dans les caisses de l'État, notamment à travers l'investissement.» Malgré les ajustements du gouvernement, le front syndical estime que le compte n'y est toujours pas. Tous les intervenants rencontrés affichent la même détermination : poursuivre la mobilisation jusqu'à l'abandon des mesures contestées et le rétablissement de la pension universelle à 60 ans.