Gabon: Union européenne - Libreville reprend la main sur ses ressources halieutiques

En laissant expirer l'accord de pêche, le Gabon de Brice Oligui Nguema transforme un dossier sectoriel en test de souveraineté économique et de renégociation des partenariats avec l'Europe.

L'accord de partenariat de pêche durable entre le Gabon et l'Union européenne (UE) arrive à son terme sans être renouvelé. Derrière cette échéance juridique se dessine une évolution beaucoup plus profonde : la volonté de Libreville de redéfinir les conditions d'exploitation de ses ressources naturelles dans une logique de souveraineté économique. Un an après avoir annoncé la dénonciation unilatérale de l'accord, le président Brice Clotaire Oligui Nguema obtient un premier résultat politique : Bruxelles reconnaît la nécessité d'ouvrir un nouveau cycle de négociations.

L'UE affirme se tenir prête à conclure un « accord de nouvelle génération », plus équilibré et mutuellement bénéfique. Pour les autorités gabonaises, les accords conclus en 2007 ne correspondent plus aux ambitions économiques du pays. Estimé à près de 17 milliards FCFA sur cinq ans, le protocole autorisait les navires européens, principalement espagnols et français, à exploiter les eaux gabonaises en contrepartie d'une compensation financière et d'un appui au secteur halieutique. Mais selon Libreville, cette rémunération reste très inférieure à la valeur réelle des captures.

Le gouvernement estime également que l'accord n'a ni favorisé la transformation locale des produits de la mer ni créé suffisamment d'emplois, ni renforcé durablement les capacités nationales de surveillance et de recherche scientifique. Au-delà de la pêche, cette décision traduit une évolution de la doctrine économique du Gabon.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Le pays cherche désormais à mieux valoriser ses ressources naturelles en développant des chaînes de valeur locales plutôt qu'en exportant uniquement des matières premières. Cette orientation s'inscrit dans la stratégie de diversification économique engagée depuis la transition politique. Sur le plan géopolitique, le dossier dépasse largement les relations entre Libreville et Bruxelles.

Depuis plusieurs années, de nombreux États africains remettent en question les anciens accords d'exploitation des ressources naturelles, qu'il s'agisse des mines, des hydrocarbures, du bois ou de la pêche. La logique consiste désormais à négocier des partenariats intégrant davantage de transfert de technologies, de création d'emplois, de transformation industrielle et de partage de la valeur. Pour l'UE, le Gabon demeure un partenaire stratégique dans le golfe de Guinée, une région essentielle tant pour la sécurité maritime que pour l'approvisionnement en ressources naturelles.

Bruxelles devra donc concilier son intérêt pour l'accès aux ressources halieutiques avec les nouvelles exigences africaines en matière de souveraineté économique. Le rapport de force reste toutefois équilibré. Le Gabon a besoin d'investissements, de financements et d'expertise technique pour développer sa filière halieutique, tandis que l'UE cherche à sécuriser des approvisionnements issus d'une pêche durable, conforme à ses engagements environnementaux.

L'expiration du protocole ne marque donc pas une rupture, mais l'ouverture d'une nouvelle séquence diplomatique. Le véritable enjeu sera de savoir si les futures négociations permettront de construire un partenariat fondé sur une meilleure répartition de la valeur ajoutée, un renforcement des capacités nationales et une gestion durable des ressources marines. Au-delà de la pêche, c'est la redéfinition des relations économiques entre l'Afrique et l'Europe qui se joue progressivement : moins fondée sur l'accès aux ressources, davantage sur la co-construction de chaînes de valeur et la recherche d'un équilibre entre souveraineté nationale et coopération internationale.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.