Le 30 juin 1975, à l'âge de 42 ans, Paul Biya est nommé Premier ministre par le président Ahmadou Ahidjo, marquant le début d'une ascension politique qui le conduira, sept ans plus tard, à la tête de l'État camerounais.
Il est 30 juin 1975. Les rues de Yaoundé ignorent encore qu'elles viennent de vivre un tournant. Ce jour-là, un homme de 42 ans, formé à la Sorbonne et à Sciences Po, entre dans l'histoire du Cameroun.
Paul Biya, secrétaire général de la présidence depuis 1968, est nommé Premier ministre par le président Ahmadou Ahidjo, réélu quelques semaines plus tôt, le 5 avril.
À ce moment, personne ne sait que ce technocrate discret, originaire du sud du pays, va devenir le chef d'un gouvernement de 26 ministres. Personne ne sait qu'il va occuper ce poste pendant sept ans, avant de succéder à Ahidjo le 6 novembre 1982.
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Et surtout, personne ne sait qu'il est encore là, 51 ans plus tard.
Aujourd'hui, le 30 juin 2026, le Cameroun célèbre ou interroge cette date fondatrice. Retour sur une nomination qui allait façonner des décennies d'histoire.
Le Cameroun des années 1970
En 1975, le Cameroun est une République unie, née de la fusion du Cameroun oriental et du Cameroun occidental en 1972. Le président Ahmadou Ahidjo, au pouvoir depuis l'indépendance en 1960, règne sur un pays en pleine construction.
Le 5 avril 1975, Ahidjo est réélu président. Mais il veut réorganiser l'exécutif. Il décide de créer un poste de Premier ministre, une fonction qui n'existait pas encore dans le système politique camerounais.
Son choix se porte sur un homme de confiance : Paul Biya.
Un parcours exemplaire avant 1975
Né le 13 février 1933 à Mvomeka'a, dans le sud du Cameroun, Paul Biya a un parcours brillant. Après des études au séminaire et au lycée général Leclerc de Yaoundé, il part en France grâce à une bourse.
À Paris, il fréquente le lycée Louis-le-Grand, l'université de la Sorbonne et l'Institut d'études politiques (Sciences Po), où il obtient une licence en droit public en 1961.
L'année suivante, il fait son entrée en politique en tant que chargé de mission à la présidence de la République sous Ahidjo. En 1968, il est nommé secrétaire général à la présidence. Un poste stratégique qui le place au coeur du pouvoir.
La nomination du 30 juin 1975
Le 30 juin 1975, Ahidjo nomme Paul Biya à la tête du gouvernement de la République unie du Cameroun. À 42 ans, Biya devient le premier Premier ministre du Cameroun.
Il forme immédiatement son gouvernement, composé de 26 ministres, dont deux ministres chargés de mission. Parmi eux figurent des figures qui marqueront la politique camerounaise : Philémon Yang à l'Administration territoriale, Adamou Ndam Njoya aux Affaires étrangères, ou encore Hamadou à l'Économie et aux Finances.
Les années de Premier ministre (1975-1982)
Pendant sept ans, Paul Biya occupe la fonction de Premier ministre. Il gère les affaires courantes du gouvernement tout en restant dans l'ombre d'Ahidjo.
Cette période est déterminante. Biya apprend les rouages de l'État, tisse des alliances et prépare sa succession. Il s'impose comme un technocrate compétent et loyal, tout en cultivant une image de discrétion qui lui vaudra plus tard le surnom de « sphinx d'Étoudi ».
La succession de 1982
Le 4 novembre 1982, Ahmadou Ahidjo, à la tête de l'exécutif depuis 1958, se retire soudainement. Il cède le pouvoir à son successeur constitutionnel : le Premier ministre, Paul Biya.
Le 6 novembre 1982, Biya devient officiellement président de la République du Cameroun. Il a 49 ans.
Depuis, il n'a jamais quitté le pouvoir.
51 ans plus tard : une longévité exceptionnelle
Aujourd'hui, le 30 juin 2026, cela fait exactement 51 ans que Paul Biya a été nommé Premier ministre. Et 44 ans qu'il est président.
Au Cameroun, 75 % de la population a moins de 25 ans et n'a donc connu qu'un seul chef d'État : Paul Biya. Une longévité exceptionnelle qui interroge, fascine et divise.
Analyse : une nomination qui a tout changé
La nomination du 30 juin 1975 n'est pas un simple fait divers historique. Elle est le point de départ d'une ère politique qui dure encore aujourd'hui.
Sur le plan institutionnel : La création du poste de Premier ministre a modifié l'équilibre des pouvoirs au Cameroun. Elle a permis une transition en douceur en 1982, évitant une crise de succession.
Sur le plan politique : Biya, originaire du sud (chrétien), a succédé à Ahidjo, originaire du nord (musulman). Cette alternance régionale a contribué à l'équilibre du pays, même si elle a aussi généré des tensions.
Sur le plan symbolique : La nomination de 1975 est le premier acte d'une carrière politique qui a vu Biya traverser plusieurs décennies, des coups d'État aux transitions démocratiques.
Perspective : un héritage en débat
À l'heure où le Cameroun se prépare pour l'avenir, la question de la succession se pose avec acuité. La nomination du 30 juin 1975, il y a 51 ans, reste un moment fondateur mais aussi le symbole d'un système politique qui peine à se renouveler.