Madagascar: L'administration aide un colon non intégré

Au début du XXe siècle, d'innombrables drames de la colonisation se produisent dans l'île, certains avec du sang versé, d'autres sans violence excessive. C'est l'un de ces derniers qu'Yvan-G. Paillard raconte sous le titre « Les mésaventures d'un colon du dimanche ». « La scène se situe à quelque 15 kilomètres à l'ouest d'Antananarivo, à Ampangabe, dans le district d'Ambohidratrimo, tout près d'Ambohitrimanjaka. » Et le principal personnage est le colon Charles-Auguste Couesnon.

Il est arrivé de France à 29 ans, en 1898. « C'est un homme instruit, un bachelier ès-sciences. Fils de cultivateur, il a lui-même une certaine expérience de la terre. » Et plutôt que de rester dans l'administration où il a passé un court moment, il décide de faire fortune dans la culture et l'élevage et se fixe sur la rive sud de la Sisaony, là où la rivière se confond définitivement avec l'Ikopa.

La région est en partie inondable, marécageuse, mais aménageable en pâturages et rizières, sous la protection des digues. Couesnon n'est pas le seul colon de la région, plusieurs Européens s'y trouvent déjà, dont Jules Louveau, avocat d'Antananarivo venu pour mettre en valeur plusieurs centaines d'hectares. Couesnon obtient à titre définitif en mars et juillet 1906, sous la rubrique « La Brie », 30ha63a en quatre parcelles, dont il ne paiera que les 11ha77a du titre provisoire, « le reste étant octroyés à des indigènes ».

« Charles-Auguste Couesnon travaille certainement très dur à ses débuts. » Il prend bientôt femme, une jeune Malgache qui lui donnera deux enfants. Il se loge d'abord de façon rudimentaire au village d'Ampangabe. « On le voit conduire lui-même la charrue, s'évitant d'engager une main-d'oeuvre trop abondante, finalement coûteuse et souvent réticente. » Il expérimente de nouveaux procédés culturaux. Différentes éditions du Guide-Annuaire présentent, en 1901, Couesnon et Louveau se lançant dans la culture de la pomme de terre, du sarrasin ( ?) et surtout dans les pâturages artificiels en vue d'un élevage intensif.

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Mais d'après Yvan Paillard, « les illusions des débuts de l'occupation s'évanouissent bientôt ». D'abord, la première récolte de pommes de terre est anéantie par une invasion de chenilles. Ensuite, toutes entreprises tournées vers le marché souffrent durement du grave marasme commercial du tout début du XXe siècle. Et il apparait finalement « que la terre malgache est ingrate pour l'Européen », en particulier sur les Hautes-Terres.

Mais Couesnon s'accroche et multiplie les expériences. En 1903-1904, il se distingue parmi les éleveurs de la province. Ayant quelques juments locales, il tente de les croiser avec des étalons importés et fournis par la Colonie. « Celle-ci encourage, en effet, cet élevage qui permettrait de résoudre parfaitement le problème prioritaire des transports. » Il élève aussi des mulets, des ovins et, évidemment, des bovins, boeufs de travail et vaches laitières. Il essaie même de fabriquer du fromage, « façon Brie naturellement ». Devant ses difficultés et son acharnement, l'administration fait preuve de bienveillance et le propose pour diverses décorations.

Gallieni suit de près ses efforts et Couesnon sait montrer « combien la situation de colon indépendant est difficile et pénible ». Augagneur, dirait « c'est honteux...», en constatant les difficultés du colon. En 1906, ce dernier peut utiliser la main-d'oeuvre pénale (vingt prisonniers de droit commun) et en 1907, au moment des récoltes, quarante prisonniers et cinquante hommes de Manjakandriana. Il semble ainsi que les autorités l'aident à trouver des travailleurs. « Le fait prouve en tout cas que Couesnon a quelque mal à recruter de la main-d'oeuvre dans l'Ambodirano et le Marovatana qui ne sont pourtant pas des régions désertes. »

S'irritant de cette situation et encouragé par la « bienveillance de l'administration », plutôt que de recevoir d'elle en 1906 et 1907 « l'aide douteuse des prisonniers de droit commun », il aurait voulu « qu'elle obligeât en quelque sorte les villageois voisins à venir travailler pour lui puisque, sous couvert des corvées du fokonolona, on fait participer aux travaux d'entretien annuel des digues un grand nombre d'indigènes qui ne possédaient pas de rizières. Il ne serait donc pas plus injuste de les décider à aller moissonner le riz contre salaire », écrit-il à Augagneur le 25 avril 1906.

En 1907, il lui demande encore « vingt-cinq indigènes » qui pourraient travailler chez lui quatre à cinq jours par semaine pendant un mois. « Bien entendu, il ne s'agirait que d'individus n'ayant pas encore acquitté les impôts échus, sanctionnés en vertu du régime de l'indigénat. » Mais de la suggestion « émane comme un relent du système des prestations du Fanjakana officiellement abolies au 1er janvier 1901 » et Yvan Paillard conclut : « Ces difficultés laissent déjà deviner quelles sont les relations réelles du colon avec ses voisins malgaches ! »

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