Le sexe tarifé ou transactionnel, défini comme l'échange de relations sexuelles contre de l'argent, de la nourriture ou des faveurs, est courant chez les jeunes en Afrique. Des études ont montré qu'environ 10 % des 15-24 ans se sont livrés à ce type d'échange en Afrique du Sud, 23 % au Nigeria et 25 % en Ouganda. Ce comportement a été associé à des conséquences négatives telles que les grossesses non désirées, les violences sexuelles et les infections par le VIH.
Les relations sexuelles transactionnelles désignent les relations sexuelles hors mariage qui ne sont pas classées comme travail du sexe. Toutefois, elles reposent sur l'attente d'une contrepartie d'avantages matériels, financiers ou autres en contrepartie de l'intimité ou de la compagnie.
Nous sommes des chercheurs en santé sexuelle et reproductive qui nous intéressons aux liens entre les données scientifiques, les politiques publiques et les réalités vécues par les adolescents en Afrique. Nous avons récemment étudié l'ampleur et les facteurs de risque des relations sexuelles transactionnelles chez les adolescentes enceintes et les jeunes mères dans trois pays africains : le Burkina Faso, le Kenya et le Malawi.
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Dans nos précédents travaux de recherche qualitative menés auprès de jeunes filles enceintes ou mères dans les quartiers informels de Nairobi, nous avons constaté que la grossesse aggravait la précarité économique. Or, le gouvernement et la plupart des ONG se concentrent principalement sur la prévention des grossesses chez les adolescentes. Peu d'attention est accordée aux difficultés et aux réalités des jeunes filles enceintes et mères.
Notre étude visait à attirer l'attention sur ces jeunes filles. Pour ce faire, nous avons examiné la prévalence et les facteurs associés aux relations sexuelles tarifées chez les adolescentes au Burkina Faso, au Kenya et au Malawi. Nous avons interrogé 2 243 jeunes filles : 980 à Ouagadougou, au Burkina Faso ; 594 à Korogocho, à Nairobi, au Kenya ; et 669 à Blantyre, au Malawi. Elles étaient toutes soit enceintes, soit déjà mères. Les plus jeunes participantes avaient 12 ans au Burkina Faso et 13 ans au Kenya et au Malawi. Les plus âgées, dans les trois pays, avaient 19 ans.
Nos résultats ont montré que la prévalence des relations sexuelles tarifées variait selon le contexte. Le fait de vivre dans des quartiers informels urbains constituait un facteur de risque. Ces résultats ont rappelé la nécessité de mettre en place des systèmes de soutien plus solides pour les adolescentes ayant des relations sexuelles tarifées dans ces trois pays, y compris celles qui sont enceintes ou mères.
Nos résultats
Notre étude a révélé que 44,3 % des jeunes filles interrogées au Kenya, 25,4 % au Burkina Faso et 13,0 % au Malawi avaient eu recours à des relations sexuelles tarifées à un moment ou à un autre. La prévalence particulièrement élevée au Kenya s'explique par le fait que l'étude a été menée dans l'un des quartiers informels densément peuplés de Nairobi.
Les adolescentes y sont confrontées à la pauvreté, à des systèmes de soutien fragiles, à des conditions de vie précaires et à des possibilités limitées d'épanouissement personnel. D'autres études ont également montré que cette pratique est moins répandue dans d'autres contextes, différents des quartiers informels.
La raison la plus fréquemment invoquée par les jeunes filles pour avoir eu des rapports sexuels transactionnels était l'argent. L'argent a été cité comme raison par 31,3 % des participantes au Kenya, 20,5 % au Burkina Faso et 7,8 % au Malawi. Mais les jeunes filles ont également indiqué avoir échangé des rapports sexuels contre de la nourriture, un loyer, un logement, des vêtements, des frais de scolarité et des serviettes hygiéniques.
Au Kenya, 13,5 % ont spécifiquement cité les serviettes hygiéniques comme motivation, contre 1,0 % au Burkina Faso et 1,8 % au Malawi. Une proportion plus faible s'est livrée à des relations sexuelles transactionnelles pour payer les frais de scolarité, acheter des téléphones ou du crédit téléphonique, ou subvenir à d'autres besoins tels que les produits pour bébés (lait, couches, vêtements).
Facteurs individuels
Au niveau individuel, le fait d'être célibataire augmente la probabilité d'avoir des relations sexuelles transactionnelles dans les trois pays. Au Burkina Faso, 20 % des jeunes filles mariées et 46 % des jeunes filles célibataires avaient des relations sexuelles transactionnelles. Au Kenya, ce chiffre était de 28 % chez les jeunes filles mariées et de 50 % chez les jeunes filles célibataires. Au Malawi, il s'élevait à 10 % chez les jeunes filles mariées et à 16 % chez les jeunes filles célibataires.
Cela suggère qu'avoir un partenaire peut apporter un certain soutien financier, matériel et en matière de garde d'enfants. Sans ce soutien, les mères adolescentes célibataires peuvent se retrouver confrontées à une grossesse et à une maternité précoce avec des ressources très limitées. Cette situation accroît leur vulnérabilité face aux relations sexuelles transactionnelles.
L'une des conclusions surprenantes est venue de Ouagadougou, au Burkina Faso. Là-bas, 31 % des adolescentes ayant suivi un enseignement secondaire avaient eu des relations sexuelles transactionnelles, contre 21 % parmi celles n'ayant suivi que l'enseignement primaire. Ce constat remet en cause l'idée reçue selon laquelle l'éducation constitue une protection immédiate contre l'exploitation.
Il montre que le fait de rester à l'école peut en soi devenir financièrement difficile pour les adolescentes vivant dans la pauvreté et disposant de systèmes de soutien insuffisants. Pour les filles issues de milieux défavorisés et scolarisées, le besoin d'argent, de nourriture et de couvrir les frais de scolarité peut les pousser à avoir des relations sexuelles transactionnelles.
La consommation de substances psychoactives était associée à un risque plus de deux fois supérieur au Burkina Faso, chez les filles ayant déclaré avoir consommé de l'alcool ou des drogues par rapport à celles qui n'en consommaient pas. Cette association n'a toutefois pas été observée de manière significative au Kenya ni au Malawi.
Facteurs interpersonnels
Au niveau interpersonnel, le fait d'être orpheline avait une incidence, bien que celle-ci ait varié d'un pays à l'autre.
Au Malawi, les filles ayant perdu leurs deux parents présentent un risque presque deux fois plus élevé de se livrer à des relations sexuelles tarifées que celles qui n'étaient pas orphelines. Au Kenya, les filles ayant perdu un parent avaient 43 % plus de chances de se livrer à des relations sexuelles tarifées.
Au niveau interpersonnel, l'impact d'un faible soutien parental était encore plus significatif au Malawi, où les filles qui se sentaient peu soutenues par leurs parents avaient trois fois plus de chances d'avoir des relations sexuelles transactionnelles.
Facteurs au niveau communautaire
Nous avons posé des questions aux participantes afin d'évaluer leur sentiment de sécurité dans leur quartier. Au Kenya et au Burkina Faso, plus les adolescentes se sentaient en sécurité dans leur environnement, moins elles étaient susceptibles d'avoir recours à des relations sexuelles transactionnelles.
Les jeunes filles ont déclaré avoir eu des rapports sexuels en échange de sécurité et de protection. Au Malawi, le fait de se sentir en sécurité n'avait pas d'incidence sur le recours aux relations sexuelles transactionnelles.
Ce qui doit changer
L'étude démontre que les relations sexuelles transactionnelles chez les adolescentes enceintes ou mères relèvent moins d'un choix que d'une stratégie pour faire face à de graves difficultés socio-économiques. Ce phénomène résulte des facteurs de risque individuels, d'un soutien familial défaillant et de l'insécurité au sein de la communauté.
Les facteurs à l'origine des relations sexuelles transactionnelles varient d'un pays à l'autre. C'est pourquoi les programmes visant à y remédier doivent être adaptés à chaque contexte spécifique.
Les interventions doivent s'attaquer aux vulnérabilités structurelles et renforcer les systèmes de soutien familial et communautaire. Elles doivent également améliorer la sécurité des communautés afin de réduire la dépendance des mères adolescentes vis-à-vis des relations sexuelles transactionnelles et les effets néfastes qui y sont associés.
Anthony Idowu Ajayi, Research Scientist, African Population and Health Research Center
Beryl Nyatuga Machoka, Researcher, African Population and Health Research Center
Caroline W. Kabiru, Senior Research Scientist, African Population and Health Research Center