Ebel-Abanga (Moyen-Ogooué) : Ce qui devait être une simple opération de rebouchage provisoire des nids-de-poule sur la Route Nationale 2, entre Bifoun et Ndjolé, s'est progressivement transformé en une véritable crise sanitaire, économique et sociale. Chaque jour, des centaines de véhicules, principalement des poids lourds transportant des grumes et des marchandises, soulèvent d'importants nuages de poussière qui envahissent les villages d'Ebel-Abanga, Ekoredo et Affock, rendant le quotidien des populations presque invivable.
Depuis plusieurs mois, les habitants respirent cette poussière du lever au coucher du soleil. Les maisons, les écoles, les commerces, les plantations, les points d'eau et les cultures sont continuellement recouverts d'une épaisse couche de terre rouge. Les riverains dénoncent une situation devenue insupportable, avec des conséquences directes sur leur santé, leurs activités économiques et leur sécurité.
Selon les données recueillies auprès du Centre médical de Bifoun, seul établissement sanitaire de référence de cette zone, 15 cas de syndromes grippaux sévères et d'affections respiratoires liés à l'inhalation permanente de poussière ont déjà été enregistrés. Les habitants estiment néanmoins que ce chiffre est largement sous-évalué, de nombreuses personnes préférant l'automédication ou n'ayant pas les moyens de consulter.
« Après seulement quelques jours passés à Ebel-Abanga, mon asthme s'est fortement aggravé. Respirer devient extrêmement difficile. Nous vivons pratiquement enfermés dans un nuage de poussière permanent », témoigne un habitant.
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Au-delà des conséquences sanitaires, c'est toute l'économie locale qui est aujourd'hui paralysée. Dans ces villages vivant principalement de l'agriculture, de la pêche artisanale et du petit commerce, les activités tournent au ralenti. Les commerçants ne peuvent plus exposer leurs produits, immédiatement recouverts de poussière. Les récoltes sont affectées, les marchés se vident et plusieurs familles voient leurs revenus diminuer considérablement.
La sécurité routière est également devenue une source d'inquiétude majeure. La visibilité est parfois réduite à quelques mètres seulement lors du passage des convois de grumiers. Les populations rappellent qu'une femme, épouse d'un pasteur, a été violemment percutée entre Ebel-Abanga et Affock Bidzi, un accident attribué à l'épais écran de poussière qui empêchait toute visibilité.
Face à cette situation, certaines familles ont déjà quitté leurs villages pour rejoindre des campements situés à proximité des lacs, tandis que de nombreux jeunes préfèrent retourner vers les centres urbains, abandonnant leurs activités agricoles. Les anciens redoutent une aggravation de la situation avec les mois de juillet, août et septembre, généralement les plus secs de l'année.
Pour les populations, cette situation est d'autant plus préoccupante que la Route Nationale 2 constitue l'un des principaux corridors économiques du Gabon, reliant Libreville au nord et au centre du pays, tout en assurant quotidiennement le transport des produits forestiers, agricoles et des marchandises. Elles estiment qu'un axe aussi stratégique ne devrait pas exposer durablement les citoyens à de tels risques sanitaires.
Les habitants d'Ebel-Abanga, Ekoredo et Affock lancent ainsi un appel solennel au Président de la République, Chef de l'État, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, afin que des mesures urgentes soient prises. Ils sollicitent notamment un traitement durable de la chaussée, un arrosage régulier des sections les plus exposées durant la saison sèche, ainsi qu'une accélération des travaux de réhabilitation de cet axe stratégique.
Pour les populations, il ne s'agit plus seulement d'un problème de route. Il s'agit désormais d'une urgence sanitaire, économique et humaine qui mérite une réponse rapide des pouvoirs publics.