Afrique: Technovation Rabat 2026 : Le Dr Samba Cor Sarr plaide pour une souveraineté sanitaire fondée sur la science africaine

30 Juin 2026

À l'occasion de Technovation Rabat 2026, organisé par Philip Morris International (PMI), le Dr Samba Cor Sarr , expert sénégalais en recherche et santé publique, a défendu une vision ambitieuse de la souveraineté sanitaire du continent. Lors d'un panel consacré à la souveraineté africaine dans les politiques de santé, il a plaidé pour une recherche scientifique portée, financée et pilotée par les Africains afin de répondre aux réalités locales.  

« Pas de souveraineté en santé sans souveraineté scientifique »  

Pour le Dr Samba Cor Sarr , l'autonomie sanitaire de l'Afrique passe avant tout par la maîtrise de sa production scientifique.

« Il ne peut y avoir de souveraineté en santé sans souveraineté scientifique », a-t-il affirmé, estimant que plusieurs pays africains, notamment le Sénégal, le Maroc, l'Afrique du Sud et l'Égypte, commencent à renforcer leurs capacités dans ce domaine.

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Selon lui, la pandémie de Covid-19 a mis en évidence les limites de la dépendance du continent aux connaissances et aux solutions développées ailleurs.

« Les pays qui ont pu mobiliser rapidement leur potentiel scientifique ont mieux répondu à la crise. L'Afrique doit désormais investir davantage dans ses propres capacités de recherche », a-t-il déclaré.

Un financement africain pour des priorités africaines  

Le spécialiste a identifié le financement comme l'un des principaux défis de la recherche sur le continent.

Selon lui, la dépendance à l'égard des bailleurs internationaux ou du secteur privé peut influencer les priorités de recherche et limiter la prise en compte des besoins spécifiques des populations africaines.

À cet égard, il a cité le Rwanda comme exemple, soulignant la création d'un fonds national destiné à soutenir des projets de recherche répondant aux enjeux locaux.

« Sans financement domestique, nos besoins risquent de rester secondaires », a-t-il averti.

Adapter les recommandations internationales aux réalités africaines  

Le Dr Sarr a également appelé les décideurs africains à développer une lecture critique des recommandations internationales en matière de santé publique.

Selon lui, celles-ci doivent être analysées et adaptées aux contextes nationaux plutôt qu'appliquées de manière uniforme.

Au cours de son intervention, il a également estimé que différents acteurs internationaux, y compris des organisations internationales et des groupes industriels, cherchent à influencer les débats scientifiques. Il a plaidé pour une recherche indépendante, capable de produire des données nationales servant avant tout les intérêts des populations africaines.

Une science produite par les Africains pour les Africains  

L'expert sénégalais a insisté sur la nécessité de produire des données scientifiques locales afin d'éclairer les politiques publiques.

Prenant l'exemple de la législation sénégalaise de lutte contre le tabagisme, il a indiqué que plusieurs dispositions avaient été élaborées à partir d'études nationales destinées à protéger les populations les plus vulnérables, notamment les mineurs.

Pour lui, la recherche doit également être davantage participative.

« Lorsque les communautés sont associées à la production des connaissances, elles s'approprient plus facilement les résultats et les politiques qui en découlent », a-t-il expliqué.

Le tabagisme et les produits sans combustion au cœur des enjeux de santé publique  

S'appuyant sur son expérience dans la recherche sur le tabagisme, le Dr Samba Cor Sarr a rappelé que le tabac demeure l'un des principaux défis de santé publique en Afrique. Selon lui, les politiques de lutte contre le tabagisme doivent tenir compte des réalités sociales, culturelles, économiques et réglementaires propres à chaque pays afin d'être pleinement efficaces. Il a notamment souligné que la prévention de l'initiation au tabac, en particulier chez les jeunes, ainsi que le renforcement des dispositifs d'aide au sevrage doivent rester des priorités absolues des politiques publiques.

Abordant l'évolution du paysage des produits contenant de la nicotine, le Dr Sarr a indiqué que les produits sans combustion suscitent un intérêt croissant dans plusieurs régions du monde, tout en faisant encore l'objet de nombreux débats scientifiques et réglementaires.

Selon lui, ces produits ne doivent être ni rejetés ni adoptés sans examen rigoureux, mais évalués sur la base de données scientifiques solides, transparentes et indépendantes. Il a plaidé pour que les pays africains développent leurs propres capacités de recherche afin de produire des données locales sur ces alternatives, notamment en matière d'impact sur la santé, de comportement des consommateurs et de pertinence dans les stratégies de réduction des risques pour les fumeurs adultes qui ne parviennent pas à arrêter de fumer.

Pour lui, les décisions publiques doivent avant tout s'appuyer sur des preuves scientifiques adaptées aux réalités africaines plutôt que sur des approches uniformes élaborées dans d'autres contextes.

Le Dr Sarr a également estimé que les consommateurs, les chercheurs, les professionnels de santé et les autorités de régulation devraient être davantage associés aux réflexions sur ces nouvelles catégories de produits. À ses yeux, un dialogue ouvert, fondé sur la science et intégrant l'ensemble des parties prenantes, permettrait de construire des politiques de santé publique plus équilibrées, conciliant la protection des non-fumeurs, la prévention de l'initiation chez les jeunes et l'accompagnement des fumeurs adultes vers les solutions les moins nocives.

Vers une harmonisation des réglementations africaines  

Le Dr Samba Cor Sarr a enfin plaidé pour une harmonisation des normes sanitaires et pharmaceutiques entre les pays africains.

À ses yeux, l'existence de standards communs faciliterait la production locale de médicaments, renforcerait les échanges régionaux et contribuerait à bâtir une véritable autonomie pharmaceutique sur le continent.

En conclusion, il a appelé à une transformation profonde de la recherche africaine, fondée sur des financements locaux, des priorités définies par les États africains et une production scientifique adaptée aux réalités du continent.

« Sans renaissance scientifique ancrée dans nos valeurs et nos besoins, nous ne transformerons pas durablement l'Afrique », a conclu le Dr Samba Cor Sarr.

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