Dans un long plaidoyer qualifié d'« acte 10 le dernier », l'analyste politique Aristide Mono dresse un bilan sans complaisance de l'élection de 2025 et propose une feuille de route stratégique pour l'opposition camerounaise, centrée sur le mot d'ordre « Biya must go d'abord ».
Il s'est tu. Il a observé. Il a analysé. Et aujourd'hui, il parle.
Aristide Mono, politologue, n'est pas un inconnu dans le paysage politique camerounais. Proche de l'opposition, il a été menacé d'arrestation et d'enlèvement . Il a vu ses proches ciblés. Il a vu la contestation de 2025 s'essouffler.
Alors il a pris la plume.
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Dans ce qu'il présente comme le « dernier acte » d'une série de réflexions stratégiques, Mono livre un diagnostic sans concession. Il pointe les erreurs. Il dénonce les ego. Il propose des solutions.
« Le peuple n'a plus besoin des illuminés pour détecter les faux opposants. La preuve, les blagueurs ont récolté les 000,01% en octobre. »
Un constat cinglant. Une mise en garde. Et sept propositions pour sortir l'opposition de l'ornière.
Bienvenue dans les coulisses de la réflexion stratégique de l'opposition camerounaise.
L'élection de 2025, un tournant manqué
Le 12 octobre 2025, les Camerounais ont été appelés aux urnes. À l'issue du scrutin, Paul Biya, 92 ans, a été réélu pour un huitième mandat consécutif avec 53,66 % des suffrages, face à Issa Tchiroma Bakary (35,19 %) .
Mais l'élection a été marquée par l'exclusion de Maurice Kamto, principal opposant, dont le recours a été rejeté par le Conseil constitutionnel . Une décision que l'analyste Aristide Mono avait qualifiée de « cynique et barbare », accusant le régime d'avoir eu deux objectifs : « éliminer Kamto de la course et empêcher un soulèvement populaire » .
La crise post-électorale a été violente. Le gouvernement a annoncé 16 morts et plus de 800 interpellations, tandis que Human Rights Watch dénonçait une répression « meurtrière » et des « arrestations massives » . Issa Tchiroma Bakary, qui revendique toujours la victoire, s'est exilé en Gambie .
Aujourd'hui, l'opposition est à la croisée des chemins. C'est dans ce contexte qu'Aristide Mono publie son « acte 10 ».
Une dynamique perdue
Mono ne mâche pas ses mots. Il estime que l'élan de 2025 s'est « lamentablement éteint ». La faute, selon lui, à des batailles d'ego, des luttes de paroisse politique et une absence de vision stratégique commune.
« Plus nous continuerons à entretenir des batailles d'ego et de paroisse politique (légitimes), plus nous diviserons davantage le peuple et plus nous ferons les affaires de Paul Biya et de ses partisans avec le "MIEUX BIYA RESTE". »
Il dénonce également les campagnes de dénigrement entre opposants, appelant chaque camp à « appeler ses loups à la retenue » et à prendre des mesures fermes contre ceux qui se livrent à des attaques personnelles contre Kamto ou Tchiroma.
Les quatre projections initiales
Mono revient sur ce qu'il avait imaginé après l'élection de 2025 :
1. Maintenir une pression continue
Il projetait d'ériger l'exigence de justice pour les victimes de la crise post-électorale en levier de contestation contre le régime, en attendant des confrontations politiques majeures comme une éventuelle révision constitutionnelle.
2. Organiser des états généraux de l'opposition radicale
Il voulait réunir partis politiques et société civile pour dresser un bilan sans complaisance de la séquence de 2025 et identifier les forces et failles systémiques.
3. Optimiser l'ancrage territorial
Il voyait une symbiose axe Nord-Sud se dessiner : le FSNC et Tchiroma dans le Grand-Nord, le MRC et Kamto dans le Grand-Sud, avec une revitalisation de la zone anglophone.
4. Matérialiser « La Troisième Voix »
Une société civile active ne se contentant plus de communiqués, mais assumant une fonction motrice dans le processus de changement.
Les sept suggestions pour aujourd'hui
Mono propose une feuille de route en sept points :
1. « Biya must go d'abord »
Il appelle à recentrer la lutte sur l'objectif exclusif de la destitution de Paul Biya. Ce mot d'ordre possède, selon lui, « une force de mobilisation immédiate, bien supérieure aux autres axes de propagande ». Il oppose une posture pragmatique à une posture idéaliste.
2. Réinvestir l'espace politique
Tant sur le plan territorial que médiatique, pour poursuivre l'éducation politique et la structuration des masses.
3. Convoquer des réunions d'évaluation au sein des partis
Pour tirer les enseignements de 2025, notamment l'inféodation des institutions électorales et judiciaires (MINAT, ELECAM, Conseil constitutionnel). « Il devient illusoire de s'en remettre encore à leur arbitrage sans combattre sérieusement leur partialité. »
4. Inciter le FSNC à reconsidérer son retrait des prochaines élections
Mono estime que le parti de Tchiroma dispose encore d'un capital de sympathie important qu'il doit capitaliser pour affaiblir l'hégémonie du RDPC, particulièrement dans le Grand-Nord.
5. Engager le MRC dans une dynamique d'apaisement
Il met en garde : l'adversaire du MRC n'est pas tant les dissidents que le régime, « prêt à s'appuyer sur n'importe quelle banalité pour le disqualifier ». Il alerte sur une possible non-participation qui exacerberait les dissensions internes.
6. Maintenir une vigilance absolue face au scénario de la succession de gré à gré
Mono estime que le régime se trouve dans « la phase finale de configuration de sa succession ». Il appelle à des réflexions communes sur la riposte à organiser.
7. Chaque camp doit appeler ses loups à la retenue
Il demande l'arrêt des campagnes de dénigrement envers Kamto ou Tchiroma, dénonçant les « illuminés » qui nuisent à l'unité.
Un appel à la maturité politique
Le texte d'Aristide Mono est bien plus qu'une simple analyse. C'est un appel à la maturité politique. Il reconnaît les ambitions légitimes de chaque camp, mais les invite à les subordonner à l'objectif commun : la chute du régime.
Il pose une question fondamentale : « Soit on cherche à mobiliser au mieux le peuple avec un thème de lutte plus rassembleur (posture pragmatique), soit on veut d'abord appliquer les théories politiques apprises dans les universités (posture idéaliste). »
Une opposition qui se déchire, c'est un régime qui se renforce. La leçon de 2025 est brutale : la division a coûté cher.
Perspective : l'avenir de l'opposition camerounaise
La publication de ce texte intervient dans un contexte de tensions accrues. L'opposition est affaiblie, fragmentée. Les élections locales et législatives de 2026 se profilent. La question de la succession de Paul Biya, 93 ans, est plus urgente que jamais .
Aristide Mono propose une boussole. Reste à savoir si les principaux intéressés Maurice Kamto, Issa Tchiroma Bakary et les autres leaders sauront l'entendre.
« Notre devoir de vérité pour taire la manipulation qui divise. »
Le dernier mot revient aux acteurs politiques. Et au peuple camerounais.