La nouvelle vague de xénophobie qui secoue l'Afrique du Sud depuis le mois d'avril continue de dominer l'actualité. Aussi triste que cela puisse paraître, cette recrudescence des attaques xénophobes est entrée dans une phase décisive, avec la fin, hier mardi 30 juin 2026, de l'ultimatum lancé par les mouvements anti-immigration aux ressortissants subsahariens et asiatiques en situation irrégulière, pour quitter le pays. Alors que les manifestations xénophobes ont déjà occasionné quatre morts, cet ultimatum, fixé en dehors de tout cadre légal, a créé la psychose au sein des immigrés visés qui ont fui la Nation arc-en-ciel par milliers.
Au moins 25 000 étrangers, à majorité des citoyens malawites, ont plié bagage, laissant d'autres immigrés dans la peur et la crainte de lendemains plus sombres. La police a été déployée en masse, en vue de contenir d'éventuelles violences à la date du 30 juin, mais l'environnement n'est plus favorable aux ressortissants subsahariens et asiatiques. Accusés d'être responsables de la criminalité et du chômage en Afrique du Sud, ils sont traqués comme du gibier.
L'industrialisation de l'Afrique du Sud attire historiquement de nombreux immigrés à cause des opportunités d'emplois et des salaires attractifs. Mais les mouvements anti-immigration nuisent à son attractivité et à sa réputation. La Nation arc-en-ciel, qui traîne pourtant un lourd passé d'apartheid, système d'oppression et de domination de la minorité blanche sur la majorité noire, est devenue la risée de tout un continent, à cause des manifestations xénophobes. Le plus inquiétant est que le phénomène perdure depuis des années, avec des moments de rebondissement.
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La question qui se pose alors, c'est de savoir si le gouvernement sud-africain a les capacités de juguler ce problème dans la durée. Les réalités auxquelles l'on assiste n'apportent pas avec certitude la réponse à cette question. Même si le Président Cyril Ramaphosa a annoncé le renforcement des mesures contre l'immigration clandestine et a appelé les chefs traditionnels à contribuer à l'apaisement de la situation, on ne sent pas une ferme volonté d'amener les manifestants anti-immigration à rentrer dans les rangs, à ne pas se montrer plus royalistes que l'Etat.
Malgré les discours tendant à condamner la xénophobie, les autorités sud-africaines donnent l'impression de tolérer passivement les manifestations anti-immigration. C'est à croire que les dirigeants de ce pays, plongés dans les calculs politiques électoralistes, jouent à l'hypocrisie. L'anti-immigration est un sujet qui mobilise l'électorat en Afrique du Sud et l'on saurait passer cette vérité sous silence.
En réalité, la responsabilité des autorités sud-africaines est engagée dans les problèmes imputés aux étrangers, notamment l'insécurité et le manque d'emplois. Les échecs de leur gouvernance, caractérisée par des crises socio-économiques expliquent plus ou moins ce qui est reproché injustement aux immigrés, des boucs émissaires parfaits. Le régime Ramaphosa est interpellé à changer le fusil d'épaule, en travaillant à répondre véritablement aux aspirations du peuple sud-africain. On ne peut pas cacher le soleil avec les doigts de la main, comme on le dit souvent.