À l'approche de l'examen du projet de loi de finances 2027, l'Assemblée nationale dresse un constat préoccupant sur l'exécution budgétaire. Si les recettes de l'État progressent conformément aux prévisions, les investissements publics restent largement en deçà des objectifs. Les députés réclament une meilleure préparation des projets et un renforcement du suivi de leur mise en oeuvre.
À quelques mois de l'examen du budget 2027, l'Assemblée nationale du Sénégal met le gouvernement face à un défi majeur : améliorer l'exécution des investissements publics. Dans leur rapport de synthèse des auditions ministérielles organisées dans le cadre du Débat d'orientation budgétaire (DOB), les commissions permanentes relèvent un écart persistant entre les crédits inscrits en loi de finances et les réalisations sur le terrain.
Le document souligne que le contexte économique demeure marqué par un ralentissement de l'activité. Le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) 2027-2029 révise ainsi la prévision de croissance de 2026 à 3,2 %, contre 5 % initialement attendus. Cette révision reflète les effets de la hausse des coûts de l'énergie, du durcissement des conditions de financement sur les marchés internationaux et du ralentissement de l'économie mondiale.
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Sur le plan des finances publiques, les indicateurs restent néanmoins relativement maîtrisés. Le déficit budgétaire s'est établi à 1 387,5 milliards de FCFA en 2025, soit 6,44 % du PIB, un niveau inférieur à la cible révisée de 7,82 %. Au premier trimestre 2026, le déficit atteignait 343,2 milliards de FCFA, tandis que les recettes budgétaires progressaient à 1 139,5 milliards de FCFA.
Des investissements publics au ralenti
Le principal point noir demeure toutefois l'exécution des investissements publics. À fin mars 2026, les investissements directement réalisés par l'État ne représentaient que 3,3 milliards de FCFA, soit à peine 0,3 % des crédits ouverts. Un taux particulièrement faible, qui contraste avec celui des dépenses de fonctionnement et des transferts, dont les niveaux d'exécution atteignent respectivement 27,1 % et 35,4 % des prévisions annuelles.
Le rapport met également en évidence les difficultés de mobilisation des financements extérieurs. Les dons en capital n'affichaient qu'un taux d'exécution de 6,8 %, tandis que les prêts destinés aux projets plafonnaient à 10,2 % des objectifs. Les députés attribuent ces contre-performances à la lenteur des procédures administratives, aux retards dans les marchés publics et aux délais de décaissement des partenaires techniques et financiers.
Dans la plupart des secteurs, notamment l'agriculture, l'éducation, la santé et l'action sociale, les réalisations physiques demeurent en retrait par rapport aux enveloppes budgétaires programmées. À l'inverse, le secteur de l'énergie, du pétrole et des mines poursuit une dynamique favorable, portée par l'essor de la production d'hydrocarbures.
Neuf recommandations pour accélérer l'exécution
Pour inverser cette tendance, les commissions parlementaires proposent neuf mesures destinées à renforcer le contrôle budgétaire. Elles recommandent notamment la transmission trimestrielle des données d'exécution, un suivi systématique des engagements pris par les ministres, la territorialisation des investissements et la mise en oeuvre d'un plan d'accélération des projets affichant les plus faibles taux d'exécution.
Les parlementaires insistent également sur la nécessité de n'inscrire au budget que des projets suffisamment matures, tant sur les plans techniques que financier. Ils pointent, en outre, les insuffisances des informations fournies par certains ministères, qui compliquent l'évaluation de l'action publique.
Une trajectoire budgétaire sous condition
Le gouvernement ambitionne de ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB d'ici 2029, contre 4,9 % en 2027, grâce à une hausse attendue des recettes de 716 milliards de FCFA sur trois ans. Les investissements publics devraient parallèlement passer de 2 402,8 milliards à 2 912,6 milliards de FCFA.
L'Assemblée nationale prévient toutefois que cette trajectoire ne sera crédible qu'à une condition : améliorer sensiblement le taux d'exécution des investissements. D'autant que 51,8 % des investissements programmés sur la période 2027-2029, soit 4 060 milliards de FCFA, restent tributaires de financements extérieurs dont la mobilisation demeure inférieure aux objectifs fixés.
Pour les députés, le véritable enjeu du budget 2027 ne réside plus seulement dans le vote des crédits, mais dans la capacité de l'État à transformer les ressources mobilisées en projets effectivement réalisés au bénéfice des populations.