Réuni en session extraordinaire, le Conseil municipal de la station balnéaire a tiré la sonnette d'alarme. Avec un taux d'exécution des investissements famélique de 4,36%, la mairie dénonce l'étau des lenteurs administratives et le gel des financements du Pacasen. Derrière les chiffres, ce sont des projets de bitumage, d'assainissement et d'équipements sociaux qui sont cloués au sol, au grand dam des populations.
L'ambiance était électrique dans la salle des délibérations de la mairie de Mbour, lundi. Les élus locaux, souvent accusés par les administrés de "dormir sur leurs dossiers", ont décidé de rendre publique leur frustration. Dans un communiqué dont Sud Quotidien a obtenu copie, la majorité municipale pointe un constat amer : la commune dispose d'un matelas financier conséquent de 2,220 milliards FCFA reporté, mais elle n'arrive pas à le transformer en bitume, en écoles ou en marchés pour la ville.
Sur le papier, les finances de la commune semblent saines. Mais dans les faits, la machine est grippée. Alors que les dépenses de fonctionnement (salaires, eau, électricité, fournitures) ont déjà consommé près de la moitié des crédits (49,97 %), les projets d'envergure, eux, sont à l'arrêt. Ce taux d'exécution
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
de 4,36 % est un signal d'alarme pour une ville en pleine expansion démographique, où les besoins en infrastructures crient sous le soleil de la Petite Côte.
Pour le maire et sa coalition, le problème ne vient pas d'une mauvaise gestion interne, mais d'un "bouchon" au niveau central. Les élus pointent du doigt le Programme d'appui aux communes et agglomérations du Sénégal (PACASEN), dont les fonds, censés soutenir les projets structurants, restent bloqués. À cela s'ajoute la "lourdeur administrative" du Trésor public, qui traîne des pieds sur les procédures de décaissement.
"Nous avons des devis prêts, des marchés attribués, mais les ordres de paiement restent coincés dans les tuyaux de Dakar. Pendant ce temps, les populations voient des trous dans les routes et des caniveaux bouchés. Ce n'est pas acceptable", confie un élu sous le couvert de l'anonymat.
Dans les quartiers populaires de Nguering ou de Médina Sabakh, la grogne commence à monter. Les commerçants du marché central, qui attendaient une réhabilitation annoncée depuis deux ans, commencent à perdre patience. Les associations de jeunes dénoncent le manque d'équipements sportifs, tandis que les mères de familles s'inquiètent des inondations à venir faute de travaux d'assainissement.
La municipalité, en sortant de sa réserve, espère déminer ce terrain social miné. En informant officiellement les citoyens des causes réelles des retards, le Conseil municipal tente de retourner la pression vers l'État central. Il s'agit d'un bras de fer classique entre les collectivités territoriales, assoiffées d'autonomie, et la tutelle, souvent accusée de freiner la décentralisation par un excès de contrôle.
Face à l'impatience légitime des Mbourois, le maire a promis de jouer la carte de la "transparence totale". Le communiqué insiste sur la "détermination" de l'équipe municipale, mais les citoyens, eux, jugeront sur pièces. Les prochaines semaines seront décisives : si les blocages persistent, Mbour risque non seulement un retard de développement, mais aussi une crise de confiance entre les élus et leurs mandants.
En attendant, le Conseil municipal lance un appel solennel aux autorités compétentes - ministère des Finances, Trésor public et coordination du PACASEN - pour que les vannes financières s'ouvrent enfin. Car avec des taux d'exécution aussi bas, Mbour risque de voir ses ambitions de "ville émergente" s'effondrer plus vite que les murs de ses bâtiments administratifs vétustes.
L'affaire est désormais sur la place publique. Reste à savoir si la manne financière tant attendue arrivera avant que le déficit de réalisations ne se transforme en déficit de confiance.