Afrique du Sud: Qui sont les organisations derrière les manifestations anti-migrants?

Des milliers de Sud-Africains ont marché dans plusieurs grandes villes du pays mardi 30 juin pour protester contre l'immigration illégale : Johannesburg, Pretoria, Durban... Le pays connaît une résurgence de violence xénophobe, ciblant les migrants africains, qu'ils soient dans le pays légalement ou non, et qui a culminé par l'ultimatum du 30 juin, lancé par différentes organisations anti-migrants et qui appellent les étrangers en situation irrégulière à quitter le pays.

Cela fait plus de vingt ans que l'Afrique du Sud connait des vagues de violence xénophobe. La plus mortelle, en 2008, avait causé la mort d'une soixantaine de personnes. Mais cette fois-ci, ces mouvements sont beaucoup plus structurés et organisés.

Mouvements de la société civile et partis

Parmi les principales organisations qui appellent à manifester contre les étrangers figure l'Opération Dudula, un mouvement de la société civile né à Soweto en 2021-2022, et qui s'est fait connaître en 2025 en bloquant aux étrangers l'accès aux hôpitaux et aux écoles. Ses membres, souvent habillés en tenue paramilitaire, étaient vus chassant ceux perçus comme des « étrangers » des services publics.

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Le mouvement très urbain semblait proche de l'ancien maire de Johannesburg, Herman Mashaba, qui, lors de son mandat à la tête de la ville, disait vouloir « nettoyer » Johannesburg des migrants illégaux. Dirigée aujourd'hui par Zandile Dabula, Opération Dudula est devenue une formation politique.

Autre organisation qui s'est imposée ces derniers mois comme le principal mouvement derrière les manifestations anti-migrants : March and March (« Marcher et Marcher », en français). Son leader est une ancienne présentatrice radio, Jacinta Ngobese Zuma, originaire de la province du KwaZulu-Natal, où se sont concentrées ses actions, avant qu'elles ne prennent une ampleur nationale.

Plusieurs partis politiques, dont MK Party, la formation de l'ancien président de la République Jacob Zuma, se sont d'ailleurs joints à plusieurs manifestations dans la ville de Durban. Jacob Zuma soutient et finance très certainement March and March, affirment plusieurs chercheurs.

Autre figure de cette vague xénophobe : Nkosikhona Ndabandaba. Ce natif de la région du KwaZulu-Natal se présente comme un chef traditionnel zoulou. Il dit être à la tête d'un « régiment zoulou » qui veut « nettoyer » le centre historique de la monarchie zouloue, et défile en tenue traditionnelle de guerrier.

Discours anti-étrangers

Officiellement, leur discours porte sur l'immigration illégale. Ces organisations demandent au gouvernement sud-africain d'expulser les migrants illégaux du pays. L'Afrique du Sud compte environ 60 millions d'habitants, dont cinq millions d'étrangers, la plupart provenant des pays voisins d'Afrique australe: Zimbabwe, Mozambique, Malawi...

Le problème est que le nombre de ces migrants illégaux fait l'objet de tous les fantasmes, explique Cécile Perrot, chercheuse à l'université de Rennes II. « Par définition, les chiffres sont sujets à caution, avertit-elle. On voit des estimations osciller entre 4 millions et 15 millions de personnes. Des migrants illégaux qui "voleraient des emplois" et "profiteraient" d'une protection sociale très développée en Afrique du Sud au détriment des locaux. »

Dans les faits, ces organisations s'en prennent à tous les étrangers, souligne Cécile Perrot. « Les attaques touchent tous les migrants, quel que soit leur statut. » Par ailleurs, « cette idée que les migrants voleraient les emplois apparaît infondée au vu des emplois occupés par les migrants, ajoute-t-elle. Très souvent, ce sont des petits commerces ou tout ce qui concerne les services à la personne, comme faire des heures de ménage dans les maisons. »

Ambition et financement de ces mouvements

Ces organisations anti-migrants sont très structurées et dotées de moyens financiers conséquents. Elles tiennent des conférences de presse, interviennent à la télévision, impriment des T-shirts, déplacent leurs militants par bus... Mais leurs sources de financement restent obscures. Officiellement, ces organisations se financent par des levées de fonds en direct, explique Cécile Perrot. « Si on va sur le site de March and March, il y a des appels aux dons. »

Reste que la façon dont ces organisations dépensent leur argent, ajoute Loren Landau, de l'université de Wits, à Johannesburg, « montre très clairement qu'elles ne sont pas de simples mouvements populaires, soutenus par des Sud-Africains au chômage ». « Il y a des financements extérieurs, insiste le Pr. Landau, venant d'individus, d'hommes politiques, de formations politiques. »

ActionSA de Herman Mashaba, l'ancien maire de Johannesburg, Umkhonto we Sizwe, MK de l'ancien président Jacob Zuma, ou bien l'Inkatha Freedom Party de Velenkosini Hlabisa, tous ces partis politiques ont, à un moment ou un autre, apporté leur soutien à ces manifestations antimigrants. Et leur apportent très probablement un soutien financier.

Instrumentalisation politique

Dans le passé, ces mouvements de violence xénophobe n'ont jamais été spontanés, explique Loren Landau. « Ils ont toujours été organisés au niveau local, par un chef, un conseiller local, qui veut acquérir un peu de pouvoir. Ce que nous voyons aujourd'hui, c'est la même chose mais au niveau national. Certaines personnes utilisent la violence et cette rhétorique anti-migrants pour gagner de l'influence personnelle ou politique et du pouvoir. »

Pour ces différents chercheurs, ces mouvements antimigrants suivent un agenda politique. « Lorsqu'ils parlent de restaurer l'ordre, de se débarrasser des migrants illégaux dans les townships, explique le Pr. Landau, ces mouvements ont un autre objectif, celui de se positionner en amont des élections locales de novembre. » « Ils ne proposent rien de concret. Ils font pression sur le gouvernement, en montrant qu'ils peuvent rassembler beaucoup de gens durant ces manifestations, afin qu'on leur propose quelque chose. »

Un agenda politique, à quelques mois des élections locales prévues début novembre 2026, que confirme la chercheuse Liesl Low Vaudran. « En Afrique du Sud, ajoute-t-elle, il est très facile de mobiliser les gens autour de cette question d'immigration pour créer un mouvement politique. »

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