Le Groupe de la Banque africaine de développement, la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT) et les cinq États membres de l'institution régionale ont lancé officiellement en mai dernier à l'hôtel Radisson le Projet d'assistance technique à la restauration des fonctions écologiques et économiques du bassin du lac Tchad (PARFEBALT). Cette initiative est destinée à préparer les investissements nécessaires à la revitalisation durable du lac Tchad et au renforcement de la résilience des populations riveraines.
Financé à hauteur de quelque dix millions de dollars américains par le Fonds africain de développement, auxquels s'ajoute une contribution de la CBLT représentant 10% du coût global, le projet vise à renforcer les connaissances sur les ressources en eaux, améliorer leur gouvernance et préparer les investissements nécessaires à la restauration des fonctions écologiques et économiques du bassin du lac Tchad.
À l'ouverture de l'atelier, Passalet Kanabé Marcelin, ministre de l'Eau et de l'Énergie du Tchad et président en exercice du Conseil des ministres de la CBLT, a rappelé que le bassin du lac Tchad constituait un espace vital pour des millions de personnes, dont les moyens de subsistance dépendent directement de l'eau, de l'agriculture, de la pêche et de l'élevage. Face aux effets combinés du changement climatique, de la dégradation des écosystèmes et de la pression croissante exercée sur les ressources naturelles, le ministre a souligné la portée stratégique du projet :
« Le PARFEBALT est un projet d'assistance technique, mais il est surtout un projet de préparation de l'avenir : il vise à renforcer les connaissances sur les ressources en eau, améliorer la gouvernance de l'eau et des écosystèmes, et créer les conditions nécessaires à la mobilisation de financements pour un programme régional structurant d'investissement ».
Les participants à l'atelier ont examiné les principales études qui seront conduites dans le cadre du projet. Celles-ci porteront notamment sur l'amélioration de l'hydraulicité des systèmes Chari-Logone et Komadougou-Yobé, qui assurent l'essentiel des apports en eau du lac Tchad, ainsi que sur les options d'aménagement susceptibles d'augmenter durablement le niveau du lac. Les études intégreront également les dimensions environnementales, climatiques, économiques et sociales afin d'identifier les solutions les plus viables pour la revitalisation du bassin.
L'atelier a également mis en lumière la nécessité de renforcer les mécanismes d'anticipation des risques climatiques. À cet effet, le projet prévoit la mise en place d'un système régional d'alerte précoce capable d'améliorer la prévision des inondations et des sécheresses, ainsi que le déploiement d'outils modernes de modélisation et de planification des ressources en eau. Ces dispositifs permettront aux États membres de la CBLT de disposer de données plus fiables pour orienter leurs politiques de gestion de l'eau et de renforcer la résilience des communautés.
Prenant la parole au nom du Groupe de la Banque, Francis Dogo, responsable du bureau pays pour le Tchad, a rappelé l'urgence d'agir pour inverser la tendance observée depuis plusieurs décennies dans le bassin : « Le lac Tchad, qui est l'une des plus importantes eaux douces de surface en Afrique, a perdu une grande partie de sa superficie ces dernières décennies, passant de 25 000 km² en 1960 à environ 2 500 km² pendant les années et les périodes les plus sèches, même si ces données ce sont améliorées ces dernières années».
M. Dogo a souligné que les sécheresses, les inondations, la surexploitation des ressources naturelles, les conflits entre agriculteurs et éleveurs ainsi que l'insécurité continuaient d'affecter le bassin. Selon lui, une gestion concertée des ressources en eau transfrontalières est essentielle pour renforcer l'intégration régionale, la sécurité alimentaire et la résilience des populations.
Les participants à l'atelier ont mis en avant le fait que les études et outils développés grâce au PARFEBALT constitueraient le socle technique nécessaire à la mobilisation de financements à grande échelle pour la restauration du bassin. À terme, l'ambition est de soutenir un programme régional capable de restaurer les fonctions hydrauliques du lac, de renforcer les activités agricoles, pastorales et halieutiques, de réduire la vulnérabilité des populations face aux chocs climatiques et de contribuer à la stabilité d'une région où vivent plus de 40 millions de personnes.
À l'issue des travaux, les participants ont recommandé de renforcer la communication autour du projet afin de soutenir la mobilisation des partenaires financiers, d'accélérer l'opérationnalisation des structures focales nationales, de consolider le Comité technique de suivi par des expertises de haut niveau et d'améliorer les mécanismes de suivi-évaluation.
Francis Dogo a tenu à réaffirmer l'engagement de la Banque africaine de développement à accompagner durablement la CBLT et ses États membres dans cette initiative régionale : « Nous avons le devoir de réussir et nous réussirons. »