Afrique: Niger-Libye - Tiani - Haftar, l'effondrement au dessus de la crête du sud libyen

La libération de Mahmoud Sallah, chef du Front patriotique de libération (FPL), par les forces du maréchal Haftar dépasse largement le simple cadre humanitaire ou judiciaire.

Elle constitue un signal géopolitique adressé à Niamey. Après des mois de rapprochement discret entre le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) et l'Armée nationale libyenne (ANL), Benghazi rappelle qu'elle entend conserver la maîtrise du rapport de force sur la frontière saharo-libyenne. Le général Abdourahamane Tiani bande les muscles et porte l'estocade au pouvoir de l'Est libyen en livrant Barhadine Mehdoune Refi aux autorités de Tripoli. Confidentiel Afrique décrypte les luttes d'influence et les lignes de crispation entre le Niger, l'Algérie et la Libye.

C'est presque l'effrondrement sécuritaire après le dépassement de la crête sur l'axe Niamey- Benghazi. Le spectaculaire réchauffement entre le Niger et l'Algérie modifie les équilibres régionaux et introduit un nouvel élément de tension entre Alger et le camp Haftar. Dans le chaos libyen, Alger et Niamey navigue dans un triangulaire diplomatique à rebondissements.

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Le Niger se retrouve désormais au centre d'un triangle diplomatique particulièrement instable : Alger à l'ouest du jeu libyen, Benghazi à l'est, et Niamey contraint de composer avec deux partenaires dont les intérêts stratégiques ne convergent pas.

La junte nigérienne a remis à Tripoli un chef de guerre libyen, Barhadine Mehdoune Refi, opposé au camp Haftar. Le même jour, l'Armée nationale libyenne du maréchal a annoncé la libération du chef d'un groupe armé nigérien pro-Bazoum.

Le Maréchal Haftar de Libye a libéré Mahamat Mahmoud Salla, le chef du FPL (un Groupe armé pro-Bazoum). Un coup dur pour le Général Thiani.

En vérité, la lune de miel entre Niamey et Alger agaçait le Maréchal-Maître de Benghazi. Car l'Algérie soutient le Gouvernement de Tripoli. Haftar étant soutenu par les Émirats Arabes Unis, l'Égypte et la France, commentait le politologue et journaliste sénégalais Babacar Justin NDIAYE.

Pour comprendre la portée de cette libération, il faut revenir à la réalité géographique. Plus de 350 kilomètres de frontière désertique séparent le Niger de la Libye. En pratique, cette frontière est largement incontrôlable. Depuis l'effondrement de l'État libyen en 2011, elle est devenue l'un des principaux couloirs de circulation du Sahel avec les trafics d'armes en provenance des arsenaux libyens, les réseaux de migrants rejoignant la Méditerranée, les convois de carburant subventionné, les trafics de drogue et d'or, les groupes rebelles tchadiens, soudanais et nigériens, des cellules djihadistes utilisant le Fezzan comme zone logistique, etc..

À l'évidence, le contrôle du Sud libyen crispe séquentiellement les relations entre Khalifa Haftar et Abdourahamane Tiani.

Enjeux géopolitiques et sécuritaires imposent leurs tempos

Le Fezzan libyen constitue aujourd'hui une immense profondeur stratégique où se croisent intérêts criminels, militaires et politiques. Or cette région est largement contrôlée par le camp du maréchal Haftar.

Pour Niamey, aucune politique sécuritaire au nord du pays ne peut donc être menée sans un minimum de coopération avec Benghazi. C'est précisément cette logique qui avait conduit, depuis 2025, au rapprochement discret entre les autorités nigériennes et Saddam Haftar. Contrairement aux relations diplomatiques classiques, les rapports entre Niamey et Benghazi reposent moins sur l'idéologie que sur la nécessité.

Entre autres, le Niger a besoin d'informations sur les mouvements des groupes armés, d'un contrôle coordonné des passages frontaliers, de limiter les infiltrations terroristes, de sécuriser les sites pétroliers du nord, de contenir les trafics alimentant les groupes armés du Sahel.

Pour Haftar, le Niger représente également un partenaire utile. Stabiliser le sud libyen suppose d'empêcher que le Fezzan serve de sanctuaire aux rébellions tchadiennes, soudanaises ou nigériennes. Les deux parties avaient donc progressivement construit une coopération sécuritaire discrète.

La libération de Mahmoud Sallah vient brutalement rappeler que cette coopération demeure entièrement réversible car le retour d'Alger vient bouleverser les équilibres sous régionaux. Après la grave crise diplomatique née de l'affaire du drone malien, Alger et Niamey ont progressivement normalisé leurs relations. Ce rapprochement dépasse largement le simple retour des ambassadeurs. Il repose sur deux piliers.

Le premier est sécuritaire. L'Algérie considère que la stabilité du Niger conditionne directement la sécurité de son immense frontière saharienne. Les deux pays ont donc relancé les patrouilles coordonnées, les échanges de renseignements, les mécanismes de surveillance des groupes terroristes et surtout la lutte commune contre les trafics transfrontaliers.

Cette coopération constitue un retour à une doctrine ancienne d'Alger : traiter les crises sahéliennes avant qu'elles ne remontent vers son territoire. Et l'idée du gazoduc transsaharien change la donne stratégique. Un gazoduc de plusieurs milliers de kilomètres suppose une condition incontournable de stabilité. Chaque kilomètre traversant le désert devient une cible potentielle pour les groupes terroristes, les rébellions locales, les trafiquants et les réseaux criminels. Autrement dit, sécurité et énergie deviennent désormais indissociables.

Alger soutient le gouvernement de Tripoli

C'est ici que la géopolitique devient particulièrement complexe. L'Algérie soutient officiellement le gouvernement installé à Tripoli et défend depuis des années une solution politique unifiée pour la Libye. À l'inverse, le maréchal Haftar incarne le pouvoir militaire de l'Est libyen, soutenu notamment par l'Égypte et les Émirats arabes unis.

Ainsi, lorsque Niamey renforce spectaculairement sa coopération avec Alger, Benghazi peut y voir un déplacement progressif du centre de gravité diplomatique nigérien. La libération de Mahmoud Sallah peut alors être interprétée comme un rappel à l'ordre.

Haftar démontre qu'il conserve plusieurs leviers d'influence : la maîtrise de la frontière nord du Niger ; le contrôle des mouvements rebelles présents dans le Fezzan ; la capacité d'agir indirectement sur la sécurité nigérienne.

Mahmoud Sallah, est donc un message davantage qu'un prisonnier. L'essentiel réside dans le signal politique. En libérant le chef du FPL sans consultation publique avec Niamey, Haftar montre qu'il reste maître du calendrier. Il rappelle également que les groupes armés opérant entre le Niger et la Libye demeurent un levier d'influence régionale. Cette décision intervient au moment même où Niamey multiplie les signes d'ouverture envers Alger. La concomitance des événements nourrit naturellement les interrogations, même si aucune preuve publique ne permet d'établir un lien direct entre ces deux dynamiques.

Niamey est mise ainsi face à un exercice d'équilibriste. Le général Abdourahamane Tiani doit désormais préserver deux partenariats qui répondent à des logiques différentes. Avec Benghazi, il s'agit d'assurer la sécurité immédiate de la frontière nord et de contenir les groupes armés circulant dans le Fezzan. Avec Alger, l'enjeu est plus vaste : inscrire le Niger dans une architecture régionale fondée sur la coopération sécuritaire, les infrastructures énergétiques et le développement économique.

Le problème est que ces deux partenaires ne partagent ni la même vision de la Libye ni les mêmes alliances internationales. Chaque rapprochement avec l'un risque d'être interprété comme un éloignement de l'autre. Toutefois, des tentatives de rapprochement entre le général Abdourahamane Tiani et le Maréchal Haftar avaient été notées début 2023.

Des sources officielles de l'époque renseignent que le maréchal libyen Khalifa Belqasim Haftar avait envoyé une cargaison de 33 tonnes de vivres à Niamey fin juin 2024, et que cette opération avait été financée par le gouvernement libyen établi à Benghazi. Le constat est amer: l'effondrement au dessus de la crête est perceptible sur l'axe Niamey- Benghazi. À qui profitera ce chaos sécuritaire et géopolitique?

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