Une proposition de loi portant politique d'utilisation de la langue et du droit de la langue a été adoptée par les députés, hier. Elle vise à valoriser l'utilisation du malgache au quotidien.
Une loi-cadre. C'est ainsi que le député Navalona Francky Rakotoaritiana, élu dans le 3e arrondissement d'Antananarivo, résume la portée de la proposition de loi qu'il a initiée et que l'Assemblée nationale a adoptée, hier.
En substance, cette loi portant politique d'utilisation de la langue et du droit de la langue vise à « valoriser la langue malgache et lui redonner le droit d'être une langue vivante et utilisée dans la République de Madagascar », comme l'explique le député Rakotoaritiana. Ici, il ne s'agit pas juste de parler le malgache, donc, mais d'en faire la langue administrative, ou encore la langue d'enseignement, allant de la primaire jusqu'à l'enseignement supérieur, « pour ceux qui sont régis par la loi malgache».
À l'article 20 de la proposition de loi, il est par exemple indiqué que « la maîtrise de la langue malgache fait partie des critères d'obtention d'un diplôme universitaire ». Un examen oral et écrit sera ainsi de rigueur à cet effet. Le texte prévoit aussi que les indications des produits en vente sur le marché soient en malgache ou comprennent une traduction en malgache.
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« Cette loi octroie aux citoyens malgaches le droit de bénéficier de traductions en malgache de divers services ou documents rédigés en langue étrangère qui les concernent (...) », indique par ailleurs l'article 10 du texte. L'article 24 en donne un exemple. Il dispose que « les citoyens malgaches ont le droit de recevoir une traduction en malgache avant de signer un contrat de travail avec tout employeur à Madagascar, qu'il soit public ou privé ».
Des réserves
Bien qu'ils aient adopté la proposition de loi à l'unanimité, les députés présents, hier, ont émis des réserves quant aux éventuels risques et conséquences de cette loi. « Il ne s'agit pas d'une malgachisation à outrance », soutient toutefois le député Rakotoaritiana pour rassurer ses pairs. La majorité des élus qui ont émis des observations sur le texte ont rappelé l'échec de la malgachisation appliquée au lendemain des manifestations populaires de 1972.
Néanmoins, parmi les points soulevés, hier, figure toutefois la crainte qu'à l'instar de la malgachisation, « imposer le malgache comme langue d'enseignement ne creuse l'écart de niveau entre les élèves des grandes villes, surtout d'Antananarivo, et ceux des zones rurales », ou encore : « dans le contexte de la mondialisation, cela ne risque-t-il pas de pénaliser les jeunes malgaches dans la concurrence pour entrer dans le monde du travail ? ».
Le fait que, selon l'Unesco, l'utilisation de la langue maternelle permet un meilleur apprentissage et facilite la maîtrise des langues étrangères est un des arguments soulevés durant les débats d'hier. Une statistique a notamment été martelée : « plus de 80 % des Malgaches ne connaissent que la langue malgache ».
Parmi les appréhensions figurent également le statut de « langue malgache officielle », par rapport aux différents dialectes parlés dans les différentes parties du pays, surtout pour son utilisation dans l'enseignement. Il y a également les différences de sens des mots suivant les groupes culturels. Des mots qui sont considérés comme injurieux à Antananarivo, par exemple, sont utilisés quotidiennement dans le parler courant de certaines régions.
En réponse, le professeur Jeannot Fils Ranaivoson, enseignant-chercheur, parmi ceux qui ont confectionné la proposition de loi, déclare : « Cette loi est faite pour la langue malgache avec toute sa diversité ». Il reconnaît, néanmoins, qu'il reste encore du travail pour établir une langue malgache officielle que la proposition de loi désigne par « Teny Fenitra », en ajoutant : « mais nous y parviendrons». Le député Rakotoaritiana concède que le plus dur reste à faire. L'enjeu étant de ne pas refaire les mêmes erreurs qui ont conduit à l'échec de la malgachisation.