Le leader de l'opposition, Joe Lesjongard, a apporté son soutien au Domestic Abuse Bill tout en estimant que le texte devait être renforcé sur plusieurs points afin d'offrir une protection plus efficace aux victimes. Lors de son intervention à l'Assemblée nationale, il a plaidé pour des amendements qu'il juge essentiels, affirmant qu'«une loi sur papier n'arrête pas un geste violent».
En ouverture de son discours, il a regretté le temps perdu avant la présentation de ce projet de loi. Selon lui, ce texte, amorcé sous le précédent gouvernement, aurait dû figurer parmi les premières priorités du gouvernement actuel. «On a perdu du temps et malheureusement, on a aussi perdu des vies», a-t-il déclaré.
Le leader de l'opposition a ensuite dressé un constat alarmant de la violence domestique à Maurice. Citant des données des Nations unies, du ministère concerné et de Gender Links, il a rappelé que 24 % des femmes mauriciennes ont subi une forme de violence fondée sur le genre. Depuis novembre 2024, 4 127 cas de violences conjugales ont été signalés, dont 3 042 impliquant des violences physiques. Il a également souligné que le coût économique de ces violences représenterait environ 0,6 % du produit intérieur brut, tout en rappelant que moins de 40 % des victimes demandent de l'aide.
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Joe Lesjongard a rendu hommage aux victimes de féminicides et aux survivantes. «Le féminicide n'est pas un mot abstrait, c'est une réalité mauricienne», a-t-il affirmé, évoquant des femmes tuées malgré l'existence d'ordonnances de protection.
Tout en saluant plusieurs avancées du projet de loi, notamment la reconnaissance des violences économiques, psychologiques et numériques, ainsi que l'obligation faite à la police de transmettre un dossier au Directeur des poursuites publiques même lorsqu'une plainte est retirée, il a estimé que ces mesures demeurent insuffisantes sans une application efficace.
Parmi les principales propositions formulées, Joe Lesjongard a demandé que le féminicide soit reconnu comme une infraction distincte dans le Code pénal. Selon lui, lorsqu'une femme est tuée après avoir subi un cycle de contrôle et de violences, il ne s'agit pas d'un homicide comme un autre mais d'un crime fondé sur le genre qui mérite une qualification spécifique. Il a toutefois pris note des explications de la ministre, selon lesquelles cette disposition serait prévue dans un futur Criminal Code (Amendment) Bill.
Le leader de l'opposition s'est également montré préoccupé par les dispositions relatives au signalement obligatoire des cas suspects par les professionnels de santé et les travailleurs sociaux. À son avis, cette obligation pourrait avoir un effet contre-productif si elle n'est pas accompagnée de garanties suffisantes pour la sécurité des victimes. Il a proposé d'introduire le consentement de la victime lorsque cela est possible, une évaluation préalable du niveau de danger ainsi qu'une protection juridique pour les professionnels qui retarderaient un signalement afin d'éviter un risque immédiat.
Autre point critiqué : la possibilité, prévue dans certaines circonstances, de remplacer une peine par un suivi psychologique. Joe Lesjongard estime que la réhabilitation doit accompagner une condamnation et non s'y substituer. «Les violences conjugales ne sont pas un conflit de couple. C'est un crime de pouvoir et de contrôle», a-t-il insisté.
Il a aussi appelé à renforcer la gouvernance prévue par le projet de loi. Selon lui, les futurs comités de coordination ne devraient pas être composés uniquement de représentants de l'État. Il souhaite y voir siéger des ONG, des responsables de refuges et des survivantes, avec un véritable droit de vote. Il a également proposé la publication d'un rapport trimestriel sur les travaux de ces instances.
Enfin, Joe Lesjongard a plaidé pour davantage de transparence et de moyens. Il a demandé qu'un rapport annuel soit déposé au Parlement avec des statistiques détaillées sur les violences domestiques, l'application des ordonnances de protection, la capacité des refuges, l'utilisation des budgets et les recommandations formulées.
En conclusion, il a assuré que l'opposition soutiendrait la lutte contre les violences domestiques, tout en prévenant qu'elle souhaitait avant tout une loi pleinement opérationnelle. «Ce projet de loi est une fondation. Ce n'est pas une ligne d'arrivée. (...) Les femmes de ce pays ne méritent rien de moins qu'une loi qui sauve réellement des vies», a-t-il déclaré.