Ile Maurice: Les campagnes ne suffisent plus, les écoles réclament des actes

Depuis plusieurs années, les cas de violence et de harcèlement scolaire se multiplient, touchant désormais aussi bien les écoles primaires que les collèges. La récente dénonciation de parents d'élèves d'une école primaire confessionnelle de Curepipe, qui affirment que leurs enfants subissent des violences de la part de trois camarades depuis près de quatre ans, vient une nouvelle fois rappeler l'urgence d'agir. Alors que le gouvernement vient d'allouer Rs 10 millions du Budget 2026-2027 pour financer une campagne nationale de lutte contre le bullying, les syndicats, les établissements scolaires et les professionnels de l'éducation s'accordent sur un point: la sensibilisation est indispensable mais ne suffit pas.

Ces nouvelles allégations s'ajoutent à une série d'affaires, qui ont récemment marqué l'actualité. Il y a quelques semaines, un collégien de 14 ans a porté plainte pour harcèlement et acte de nature indécente contre un autre élève dans un établissement confessionnel de Curepipe. Les faits, qui se sont déroulés en classe pendant la récréation, ont été filmés et la police a enquêté. L'élève mis en cause a été suspendu. Avant cela, deux élèves de huit et neuf ans d'une école primaire de Saint-Pierre ont également fait parler d'eux. Ils auraient instauré un climat de terreur dans leur établissement pendant près de trois ans et ont été suspendus par le ministère de l'Éducation. Ce qui a poussé le gouvernement à instituer un comité interministériel pour trouver des solutions durables.

Rs 10 millions pour la lutte

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Face à cette succession d'affaires, le Budget 2026-2027 prévoit ainsi une enveloppe de Rs 10 millions destinée à une campagne nationale contre le harcèlement scolaire. Cette initiative vient renforcer les actions de sensibilisation déjà entreprises par le ministère de l'Éducation depuis l'année dernière. Plusieurs propositions formulées par les enseignants, éducateurs et organisations syndicales sont actuellement à l'étude afin de définir la meilleure utilisation de ces fonds. L'objectif est de bâtir une stratégie plus efficace, misant sur la prévention comme sur l'accompagnement des victimes et des auteurs de violences, ainsi que leurs familles.

Le ministre de l'Éducation, Mahend Gungapersad, a également insisté sur le rôle essentiel des parents dans cette lutte car l'école ne peut agir seule face à un phénomène qui dépasse souvent le cadre scolaire.

Une annonce bien accueillie, mais...

L'annonce budgétaire a été favorablement accueillie par le Primary School Teachers' Cultural and Co-operative Union (PSTCCU). Pour son secrétaire, Suttyhudeo Tengur, l'enveloppe traduit une réelle prise de conscience des autorités. Mais pour le syndicat, ce n'est qu'une première étape. Il rappelle que plusieurs pays ont adopté des législations définissant précisément les actes de harcèlement, imposant le signalement et prévoyant des sanctions adaptées.

Le syndicat plaide ainsi pour l'introduction d'un cadre juridique spécifique pour Maurice. Il réclame également la formation continue pour les enseignants afin qu'ils puissent mieux détecter et gérer ces situations.

Le Service diocésain de l'Éducation catholique (SeDEC) estime qu'il est essentiel de bien définir le terme bullying. Pour Clive Anseline, son responsable de communication, il ne faut pas confondre bagarre ponctuelle entre élèves avec une situation de harcèlement qui correspond à une violence répétée dans le temps, physique ou psychologique, où un enfant est continuellement stigmatisé et pris pour cible par un ou plusieurs camarades.

Il rappelle qu'une Child Safeguarding Policy est déjà appliquée dans l'ensemble des établissements du SeDEC. Lorsqu'un cas est signalé, les parents sont informés, de même que les autorités et des médiations sont organisées avec les familles tandis que des psychologues, des travailleurs sociaux du ministère et l'équipe Konekte assurent un accompagnement auprès de la victime comme de l'agresseur.

Pour le SeDEC, il ne faut pas perdre de vue que certains enfants auteurs de violences vivent des difficultés familiales. Cette instance accueille favorablement l'allocation mais veut savoir comment ces Rs 10 millions seront répartis.

Un plan d'action concret réclamé

Yugeshwur Kisto, président du Government Secondary School Teachers' Union (GSSTU) pense que les Rs 10 millions sont un signal positif, mais s'interroge sur leur réelle portée. «On ne combat pas un mal systémique avec des mesures purement symboliques.» Le syndicat attend désormais un plan d'action clair, transparent et mesurable. Parmi ses principales propositions figurent le recrutement urgent de psychologues scolaires à plein temps dans chaque établissement, la formation des enseignants à la détection précoce du harcèlement, la mise en place de protocoles uniformes de signalement et de suivi, une responsabilisation accrue des parents.

Pour ce syndicat, ce harcèlement scolaire se poursuit aujourd'hui sur les réseaux sociaux, rendant indispensable une approche adaptée aux réalités numériques. De fait, l'enveloppe de Rs 10 millions constitue ainsi un premier pas.

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