Cameroun: Succession de Paul Biya - Les coulisses d'une guerre de pouvoir sans merci

3 Juillet 2026

Alors que le président Paul Biya est hospitalisé à Genève, un faux décret de nomination d'un vice-président déposé à la CRTV, des convocations judiciaires en série et une guerre ouverte entre ténors du régime révèlent les fractures profondes d'un pouvoir en quête de succession.

L'air est lourd. Pas celui de la saison des pluies qui s'installe sur la capitale camerounaise. Un autre poids, plus oppressant, étreint les couloirs du pouvoir. Celui de l'incertitude.

Début juin, un homme franchit les grilles de la CRTV, la télévision nationale. Dans une enveloppe cachetée, il dépose un document qui pourrait faire voler en éclats l'ordre établi : un décret présidentiel, signé Paul Biya, portant nomination d'un vice-président de la République.

Le document ne sera jamais diffusé à l'antenne. Mais son existence seule suffit à ouvrir une brèche. Car derrière ce papier, une question hante désormais les esprits : et si le "grand sommeil" du président était en train de précipiter le Cameroun dans une guerre de succession sans précédent ?

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Le président absent, le pouvoir suspendu

Le 7 juin 2026, Paul Biya, 93 ans, quitte Yaoundé pour Genève.Officiellement, un séjour privé. Officieusement, une hospitalisation dans une clinique de la ville suisse. Le gouvernement dément toute urgence.Pourtant, l'absence prolongée du chef de l'État, cumulée à son âge avancé, ravive une question que plus personne n'ose formuler à voix haute : qui pour succéder à l'homme qui règne sur le Cameroun depuis 1982 ?

C'est dans ce vide que l'affaire du faux décret a fait irruption.

Le décret qui n'a jamais existé... ou presque

Le 12 juin 2026, un individu se présente au siège de la CRTV à Yaoundé.Il dépose une enveloppe fermée. À l'intérieur : un décret présidentiel portant nomination d'un vice-président. Le document, daté du 8 juin, est revêtu des sceaux officiels de la présidence et d'une signature attribuée à Paul Biya.

Mais le texte ne sera jamais lu à l'antenne. Les équipes de la chaîne publique détectent l'irrégularité.L'homme est interpellé. Le gouvernement finit par briser le silence le 30 juin, qualifiant l'événement de "tentative de diffusion d'un document falsifié".

Problème ? Les zones d'ombre persistent.

Des cachets authentiques et une signature conforme

Selon des sources proches du dossier, le document original portait le nom d'Oswald Baboké, directeur adjoint du cabinet civil de la présidence et protégé de la Première Dame Chantal Biya.Le nom aurait ensuite été modifié pour y inscrire celui du porteur, Sitchom Johann.

Plus troublant encore : des analyses graphiques suggèrent que la signature et les sceaux étaient d'une authenticité troublante.

"Un individu isolé ne peut pas se procurer des sceaux officiels de la présidence et une signature imitant parfaitement celle du chef de l'État", s'interrogent des observateurs.

Baboké dans la tourmente

Pendant que le gouvernement tente d'éteindre l'incendie médiatique, Oswald Baboké est convoqué trois fois en six jours par le Tribunal criminel spécial.

Deux dossiers l'attendent :

1. Un soupçon de trafic d'or à grande échelle : entre 2021 et 2025, le Cameroun aurait produit 44 tonnes d'or, mais seulement 148 kilogrammes ont été officiellement déclarés à l'exportation.Près de quinze tonnes auraient transité par Dubaï sans laisser de traces.

2. L'affaire du faux décret présidentiel : son nom circulant comme étant le véritable bénéficiaire du document, Baboké se retrouve au coeur du scandale.

Baboké n'est pas un inconnu. Proche de Chantal Biya, originaire comme elle de l'Est du pays, il est régulièrement cité parmi les noms évoqués pour le poste de vice-président créé par la révision constitutionnelle d'avril 2026.

"Un coup d'État institutionnel"

Les analystes sont sans équivoque. Pour beaucoup, cette affaire porte tous les stigmates d'une tentative de coup d'État institutionnel.

"Paul Biya ne contrôle plus rien, donc chacun a le droit de se nommer soi-même. C'est tout un État en désintégration", peut-on lire sur les réseaux sociaux.

La thèse d'un "homme isolé et perturbé", avancée par le gouvernement, peine à convaincre.Comment un individu extérieur à la présidence aurait-il pu obtenir des documents officiels ? Pourquoi le nom de Baboké a-t-il circulé avant d'être effacé ? Existe-t-il un second décret portant formation d'un nouveau gouvernement, comme l'affirment plusieurs sources ?

Eto'o contre Owona Nguini : le football comme miroir des tensions

Pendant que le pouvoir vacille, une autre guerre fait rage. Celle qui oppose Samuel Eto'o, président de la FECAFOOT, au politologue Mathias Eric Owona Nguini.

La non-qualification des Lions Indomptables pour la Coupe du monde 2026 a servi de détonateur.Owona Nguini a accusé la fédération et son président d'être responsables de l'échec.

La réponse d'Eto'o ? Une mise en avant de son parcours exceptionnel.

La réplique d'Owona Nguini ? Sans appel : "Samuel Eto'o, tes Ballons d'Or ne peuvent suffire. Il faut te former pour gérer le football car tu es très loin d'en avoir le niveau."

Et surtout, cette phrase devenue virale : "Gérer, ce n'est pas dribbler."

Derrière cette querelle, c'est toute une classe politique qui s'affronte par procuration. Owona Nguini et Eto'o sont tous deux des soutiens affichés de Paul Biya.Leur clash révèle les fractures d'un régime où les ambitions personnelles prennent le pas sur l'intérêt collectif.

La révision constitutionnelle : la succession en ligne de mire

En avril 2026, le Parlement camerounais a adopté une révision constitutionnelle majeure : la création d'un poste de vice-président de la République.

Officiellement, pour clarifier la ligne de succession.Officieusement, pour préparer l'après-Biya. Le choix du titulaire de ce poste stratégique fait l'objet de toutes les convoitises.

L'affaire du faux décret, en nommant un vice-président fantôme, a exposé au grand jour ces luttes intestines.

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