En menant 2-0 face à la Belgique en 16e de finale de la Coupe du monde 2026, le Sénégal se dirigeait paisiblement vers une qualification tranquille. Mais les atermoiements tactiques et la fébrilité de l'équipe ont mené à l'égalisation belge en trois minutes (86e, 89e), puis à une élimination dans les arrêts de jeu des prolongations (3-2). Un cauchemar qui, pourtant, pendait au nez des champions d'Afrique 2025.
Il y a quelque chose de terriblement symbolique dans la manière dont s'achève ce Mondial sénégalais. Alors qu'ils menaient de deux buts jusqu'à la 85e minute, les Lions avaient course gagnée. Puis tout s'est écroulé en l'espace de quelques minutes : un but de Lukaku, une sortie manquée de Mory Diaw exploitée par Tielemans, puis un penalty concédé par un Lamine Camara à bout de souffle en toute fin de prolongation. Entre-temps, Pape Thiaw avait fait sortir coup sur coup Iliman Ndiaye, Habib Diarra et Pape Gueye, ce qui a désossé la machine pourtant parfaitement huilée dans cette rencontre.
Ce dénouement n'est d'ailleurs pas un accident isolé. Il boucle une boucle : le Sénégal avait débuté ce Mondial par deux défaites en phase de groupes, contre la France puis contre la Norvège. D'un bout à l'autre du tournoi, le même reproche est revenu : un sélectionneur qui tâtonne, hésite, et finit par se saborder lui-même dans les moments qui comptent.
La fédération avait la tête ailleurs
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Mais il serait injuste de faire porter tout le poids de cet échec au seul Pape Thiaw. Cette élimination se prépare, ou plutôt, ne se prépare pas, bien en amont. Depuis le sacre à la CAN, la Fédération sénégalaise de football semblait avoir d'autres priorités que la mise en route du Mondial. Alors que le titre continental était contesté devant la justice sportive et que la CAF l'avait même retiré au Sénégal sur tapis vert au profit du Maroc, la FSF a choisi d'organiser une grande parade du trophée au Stade de France fin mars, concerts et artistes à l'appui. Certes il fallait célébrer le titre, mais il fallait surtout tourner la page vite pour aller vers d'autres conquêtes.
Le plus troublant, c'est le contexte dans lequel cette célébration s'est tenue : au moment même de cette fête, dix-huit supporters sénégalais condamnés pour les incidents de la finale de la CAN croupissaient toujours dans une prison près de Rabat. Ils n'ont été graciés par le roi du Maroc que fin mai, après la parade, après les concerts, à quelques semaines à peine du coup d'envoi du Mondial.
Une fédération concentrée sur le lustre d'un trophée contesté pendant que des compatriotes restent derrière les barreaux, et pendant que l'urgence sportive (reconstruire un groupe fatigué, blessé, en délicatesse en club) attendait patiemment son tour : voilà qui donne une idée assez claire des priorités du moment.
Un effectif mal géré
Sur le plan strictement sportif, l'alerte avait pourtant été donnée. Plusieurs cadres arrivaient à ce Mondial soit blessés, soit à court de rythme faute de temps de jeu en club ; un point relevé publiquement avant même le tournoi, y compris par Pape Thiaw lui-même, qui avait rappelé qu'être champion d'Afrique ne garantissait rien pour la Coupe du monde.
Mais le discours n'a pas été suivi d'actes : pas de vraie régénération du groupe, un onze souvent reconduit à l'identique malgré des signaux inquiétants. Kalidou Koulibaly, par exemple, coupable sur plusieurs buts encaissés lors des deux premières défaites du tournoi. Résultat : une équipe qui, techniquement, avait le niveau de dominer la Belgique pendant plus de 80 minutes, mais qui n'avait plus les jambes, voire le mental, pour tenir un score acquis.
C'est peut-être là le vrai scandale de ce Mondial 2026 : non pas un manque de talent. Le Sénégal a montré, par séquences, qu'il pouvait dominer une valeur sûre du football européen. Mais un manque de méthode. Une fédération occupée à défendre un trophée sur le terrain judiciaire plutôt qu'à préparer le suivant sur le terrain tout court. Et de surcroit, qui n'a pas réussi à mettre son sélectionneur dans les conditions idéales de préparation d'un tournoi majeur, avec un contrat toujours pas homologué au coup d'envoi de ce tournoi.
Un staff qui n'a pas su gérer la fatigue accumulée d'un groupe sorti exsangue d'une CAN à rallonge et de sa suite judiciaire. Et un sélectionneur qui, dans les moments décisifs, a semblé découvrir en direct les conséquences de tout cela.
Et maintenant ?
Cette élimination ouvre, à raison, une phase de bilan. La FSF doit tirer le bilan avant de penser aux prochaines échéances. Car le problème n'est pas seulement de savoir si Pape Thiaw doit rester ou partir. Il est de savoir si le Sénégal du football est capable, un jour, de traiter la préparation d'une Coupe du monde avec le sérieux qu'elle mérite. On pouvait le voir venir. On l'a vu venir. Et malgré tout, personne n'a rien changé à temps.