Le professeur David Khayat , oncologue et professeur à l'Université Pierre et Marie Curie en France, est intervenu lors de Technovation Rabat 2026, un événement organisé par Philip Morris International (PMI) consacré aux innovations visant à réduire les risques liés au tabagisme.
Invité d'un panel consacré à la compréhension de la nicotine, le spécialiste, engagé de longue date dans la lutte contre le cancer, a plaidé pour une meilleure information sur cette substance, qu'il considère comme un enjeu majeur des stratégies de réduction des risques. « La meilleure lutte contre ce fléau reste la prévention », a-t-il affirmé. En parallèle des échanges, PMI présentait ses produits sans combustion comme alternatives à la cigarette traditionnelle.
Le professeur Khayat a rappelé que le tabagisme demeure, selon lui, la première cause évitable de cancer dans le monde. Il a indiqué qu'il toucherait près d'un homme sur deux et une femme sur trois et a estimé que les systèmes de santé auront de plus en plus de difficultés à supporter le coût des maladies chroniques liées au tabac.
Les spécificités de l'Afrique
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Le spécialiste a souligné qu'en Afrique, le tabac serait responsable d'environ 30 % des cancers. Selon lui, cette proportion s'explique notamment par le poids encore important des cancers liés aux maladies infectieuses, qui restent insuffisamment prévenus et pris en charge sur le continent.
Il a également insisté sur l'impact de la démographie. Prenant l'exemple du Nigeria, dont l'âge médian est très faible et qui pourrait devenir le troisième pays le plus peuplé du monde dans les prochaines années, il a expliqué que le cancer demeure une maladie touchant principalement les populations plus âgées, ce qui influence les statistiques actuelles.
Pour autant, le professeur estime que le nombre de cancers continuera d'augmenter en Afrique sous l'effet de plusieurs facteurs : la progression du tabagisme avec le vieillissement de la population, l'augmentation de l'obésité liée à la consommation croissante de produits ultra-transformés, ainsi que le manque d'équipements de radiothérapie et l'accès limité à certains traitements en raison de leur coût.
Une confusion persistante autour de la nicotine
L'oncologue a également évoqué ce qu'il considère comme une confusion persistante autour de la nicotine, aussi bien dans le grand public que chez certains professionnels de santé.
Selon lui, la nicotine n'est pas cancérigène en elle-même. À l'appui de son argumentation, il a rappelé que les substituts nicotiniques, tels que les patchs, sont prescrits depuis plusieurs décennies dans le cadre du sevrage tabagique.
« Penseriez-vous vraiment que les médecins auraient prescrit pendant trente ans une substance reconnue comme cancérigène à leurs patients ? », a-t-il lancé.
Il a expliqué que, selon les connaissances scientifiques actuelles, ce sont principalement les milliers de substances toxiques produites par la combustion du tabac qui sont responsables des cancers liés au tabagisme. Il a ajouté que ce principe s'applique également à d'autres formes de combustion, qu'il s'agisse de la chicha, du cannabis ou des cigarettes classiques.
Le professeur est également revenu sur le rôle de la génétique. Selon lui, les prédispositions héréditaires ne représenteraient qu'environ 5 % des cancers, la grande majorité étant liée aux comportements, à l'environnement et à l'exposition aux facteurs de risque.
La réduction des risques comme piste
Pour David Khayat , la prévention demeure le principal levier de lutte contre le cancer. Dans cette perspective, il estime que les produits alternatifs à la cigarette développés par PMI peuvent constituer une option pour les fumeurs adultes qui ne parviennent pas à arrêter complètement de fumer.
Selon lui, si ces produits restent encore peu répandus en Afrique, cela s'explique notamment par un manque d'investissements dans les politiques de prévention. Il considère que les gouvernements, confrontés à des échéances électorales relativement courtes, privilégient souvent le financement des soins plutôt que celui de stratégies de prévention dont les bénéfices ne sont visibles qu'après plusieurs décennies.
Interrogé sur les effets à long terme de ces produits, encore relativement récents, le professeur Khayat a reconnu que le recul scientifique demeure limité. Il a néanmoins cité l'exemple de la Suède, où la diminution de la consommation de cigarettes au profit du snus — un sachet de nicotine pouvant contenir ou non du tabac selon les produits — aurait été associée, selon lui, à une baisse des cancers liés au tabagisme chez les hommes. Il a également évoqué le Japon comme un autre pays où les stratégies de réduction des risques auraient produit des résultats encourageants.
En conclusion, le professeur Khayat a réaffirmé que, selon lui, « la nicotine n'est pas le tabac » et qu'elle ne présente pas les mêmes risques que la combustion des cigarettes. « Arrêter de fumer demande un effort considérable. Les produits alternatifs peuvent constituer une solution à envisager pour les fumeurs adultes qui n'y parviennent pas », a-t-il conclu, plaidant pour une information qu'il juge « plus claire et plus honnête » sur les facteurs de risque liés au tabagisme.