Afrique: Les jeunes à l'assaut des industries culturelles et créatives, de nouveaux défis pour le 'Made in Sénégal'

Dakar — L'engouement pour les industries créatives et culturelles (ICC) au Sénégal profite de l'esprit d'innovation d'une nouvelle vague de créateurs décidés à s'ouvrir au marché international. Ces jeunes, dont l'âge est généralement compris entre 20 et 35 ans, sont à l'origine de nombreuses marques "Made in Sénégal". Ils s'inspirent du patrimoine local et du savoir-faire hérité de traditions d'une richesse parfois peu commune.

Il fait 28 degrés à l'ombre, par un après-midi assez humide, suite à une pluie matinale annonçant le début de l'hivernage.

Sur les allées menant à l'Institut français de Dakar, des jeunes participant à la cohorte 6 du programme "Téranga Tech Incub" (TTI) Dakar - un incubateur qui accompagne les projets innovants répondant à des problématiques locales -, profitent d'une opportunité unique d'exposer leurs marques et de mettre en exergue leur savoir-faire.

Certains étant encore à leurs débuts, bénéficient d'une formation de deux jours, visant à leur fournir des outils de structuration, d'accès au marché et de mise en réseau nécessaires pour s'imposer sur la scène nationale et internationale.

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El Hadj Fallou Mbacké Ngom, le créateur de la marque de vêtements "Fang", fait partie de la sixième cohorte de TTI.

Entouré de ses clients, habillé d'une veste jaune assortie d'imprimés, ce jeune créateur voit d'un bon oeil l'engouement de la jeunesse autour des ICC, convaincu que les grandes marques sont de plus en plus délaissées au profit de produits locaux.

Les personnes issues de la diaspora, en particulier, "ne veulent plus porter des vêtements de grandes marques, elles veulent surtout renouer avec leurs origines et commencent à consommer local, ce qui peut expliquer l'engouement de la jeunesse pour les ICC, car il y a de la place pour tout le monde", dit-il, tout en ajustant ses dreadlocks.

Sa marque propose tout type de vêtements, dont des habits de grande taille pas souvent valorisés par les grandes marques.

"Nous utilisons plusieurs matières comme du coton brut, des tissus à base de laine, de tissus de rideaux, pour confectionner des vêtements de luxe pour toutes les tailles", précise ce créateur.

L'engouement noté dans le secteur des industries créatives et culturelles ne concerne pas seulement la demande, il inclut également l'offre, selon El Hadj Fallou Mbacké Ngom.

Son conseil le plus précieux pour les nombreux jeunes entrepreneurs des industries créatives et culturelles, c'est de toujours persévérer et ne jamais baisser les bras à cause des difficultés.

"Nous les jeunes, nous devons être résilients et ne devons pas abandonner juste parce que nous connaissons un début difficile. Nous devons aller au bout de nos idées, quand bien même nous savons que le financement posera toujours problème", dit-il.

Ensemble veste de couleur noire sertie de fil jaune à tricoter, Joyce Makaya, une créatrice de mode de nationalité congolaise, embouche la même trompette.

L'engouement des jeunes pour les industries culturelles et créatives se justifie surtout, à ses yeux, par les opportunités offertes par ce secteur.

Cette créatrice de la marque "Amazing Revolution" propose des vêtements pour tous les âges, réalisés avec de la laine et d'autres tissus en coton.

Après trois ans d'existence, "Amazing Revolution", dont la clientèle est essentiellement sénégalaise, compte s'ouvrir davantage aux autres pays.

"Le but pour nous est d'augmenter le nombre de notre clientèle à l'échelle internationale", indique-t-elle, un crochet entre les doigts pour décorer une sandale à l'aide d'un fil violet.

Elle dit passer 12 heures sur un ensemble de crochets, sans parler du temps pris par la finition ou la réflexion nourrie par le côté créativité, des choses difficilement quantifiables, mais qui donnent une idée de toute l'énergie dépensée.

En tenue de Yaye Fall, Seynabou Fall, community manager et assistante de la créatrice de la marque "Kër Sokhna Maï Yaye Fallement", expose des sacs "makhtoum", très prisés par les fidèles mourides, ainsi que des sandales.

Faits à base du cuir, ces produits séduisent beaucoup la clientèle, en raison de leur forme et de leurs couleurs multiples.

Sur la table de son stand, l'on peut admirer des petits sacs en rose, assortis de motifs de différentes couleurs. Il y a aussi de grands "makhtoum" en marron.

"Je trouve que c'est très important pour le développement du pays que les jeunes prennent d'assaut les ICC et y investissent", confie Seynabou Fall, pour qui investir dans les ICC permet aux jeunes de mettre en valeur le consommer local et de rendre davantage accessibles le plus de produits possible aux consommateurs.

"Je pense que cette effervescence autour des ICC est une bonne chose, surtout pour la jeunesse. Ce sont des belles initiatives que l'Etat devrait encourager", ajoute-t-elle.

Voile noir sur la tête, Aïda Wathie, trouvée devant son stand, est d'avis que la montée en puissance des ICC reste une bonne nouvelle non seulement pour le Sénégal mais également pour l'Afrique.

Fondatrice de "Swala Agency", une agence de communication digitale qui accompagne les marques africaines, Aïda Wathie pense que l'Afrique "regorge d'incroyables talents" qu'il faudrait exploiter davantage.

"L'Afrique regorge d'incroyables talents avec beaucoup de créativités. Raison pour laquelle l'on constate cet engouement autour des ICC", ajoute-t-elle, non sans saluer le programme TTI, qui contribue à faire émerger de nombreuses pépites des ICC.

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