La contestation de la réforme des pensions prend de l'ampleur. Réunis hier à l'hôtel St-Georges, à Port-Louis, la plateforme syndicale, regroupant, entre autres, la Mauritius Trade Union Confederation (MTUC) et la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions (FPBOU), a lancé un appel à la mobilisation des travailleurs et des syndicalistes. Au coeur des préoccupations : le projet de création du National Pension and Provident Fund (NPPF), les transferts envisagés des fonds de pension gérés par la SICOM ainsi que le manque de consultation autour de cette réforme.
Les représentants syndicaux dénoncent une réforme élaborée sans véritable dialogue avec les parties concernées. «La résistance s'organise», lance Deepak Benydin, président de la FPBOU, qui a rappelé que le rapport des experts sur la réforme des pensions préconisait un processus transparent et participatif. «Nous demandons le retour de la pension universelle à 60 ans et nous disons non au ciblage. Les travailleurs n'ont jamais été consultés», a-t-il insisté.
Privatisation déguisée
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L'une des principales inquiétudes porte sur le devenir des fonds de pension des organismes publics et parapublics administrés par la SICOM. Pour Deepak Benydin, le projet s'apparente à une privatisation déguisée du système de pension. «Les employés des secteurs public et parapublic cotisent déjà à un fonds solide, géré par une institution qui réalise des milliards de roupies de bénéfices. Pourquoi transférer ces fonds vers le NPPF alors que plusieurs fonds de pension du secteur privé sont déficitaires ?», s'est-il interrogé, estimant qu'il serait dangereux de «dilapider» les actifs de la SICOM.
Même son de cloche chez Arvind Bhojun, secrétaire de la Federation of Education Unions, qui évoque l'angoisse et l'incertitude des cotisants. Rien ne justifie le démantèlement d'un système qui, affirme-t-il, a toujours honoré ses engagements envers les retraités. «Nous retirons un système qui fonctionne pour le remplacer par un modèle dont personne ne connaît les contours. Même les parlementaires semblent manquer d'informations. Nous avons besoin d'explications claires», rappelant les difficultés des anciens employés d'Air Mauritius après le transfert de leur fonds de pension.
Faizal Fedally, représentant des employés de la SICOM, se demande «quelles sont les motivations du gouvernement». Aucune justification n'a été avancée pour expliquer le retrait de la gestion des fonds de pension à la SICOM, institution créée en 1975, qui, affirme-t-il, n'a jamais failli à ses obligations. Il s'interroge aussi sur l'implication de certains conseillers et consultants dans l'élaboration du nouveau système, évoquant la nécessité d'une totale transparence.
Pour Dewan Gupta Quedou, président du MTUC, l'objectif reste inchangé : obtenir une révision de la réforme des pensions, notamment sur le relèvement de l'âge donnant droit à la pension de vieillesse. Il se réjouit toutefois que l'idée d'un means test ait été écartée. Enfin, Girish Gopaul de la Government Services Employees Association affirme que les fonctionnaires sont de plus en plus nombreux à s'interroger sur cette réforme, qu'ils jugent encore trop floue.
Outre des explications détaillées sur le NPPF envisagé, la plateforme syndicale maintient sa demande de démission du président du conseil d'administration de la SICOM, Ashok Prayag. Les dirigeants syndicaux estiment que celui-ci doit assumer ses responsabilités et faire toute la lumière sur le projet de transfert des fonds de pension. En parallèle, ils appellent les travailleurs à participer massivement à la manifestation du 11 juillet, qu'ils présentent comme une étape décisive dans leur mobilisation pour la défense du système de pension.